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[Critique] The Voices-Marjane Satrapi- Critique du film

Loin de Persepolis, « The Voices » le nouveau film de Marjane Satrapi apparaîtra comme un immense OVNI survolant votre paysage cinématographique. Oui, The Voices est un pétage de plomb mêlant avec une habilité assez désarmante l’humour et l’effroi. La surprise est totale tant on ne s’attendait pas à cela venant de Marjane Satrapi dont l’univers semble a des années lumières de celui froid et glauque qu’incarne ici le personnage de Ryan Reynolds. L’humour dont Ryan Reynolds et Marjane Satrapi font usage sert tant bien que mal à désamorcer le malaise qui s’installe lentement. Plongée malsaine dans l’esprit d’une personne qui ne l’est pas moins, The Voices porte bien son nom tant les fameuses voix “Bosco le chien” et “mister moustache” le chat sont en quelque sorte le cœur du film et son côté le plus maléfique.

Aborder l’angle narratif d’un film en tentant de rendre sympathique l’indéfendable est assez difficile, voire même casse-gueule. Pourtant parfois quelques personnes tentent l’aventure et arrivent presque à leurs fins. Je dis presque car ici pour ce qui est de l’histoire, il ne faut pas non plus oublier que l’on parle d’un serial killer. Ryan Reynolds sous la direction de Marjane Satrapi dresse le portrait de ce dernier d’une façon aussi drôle que dérangeante. Jouant dans le film un triple rôle, le héros, le chat et le chien…il s’en donne à coeur joie pour une presque forme de cabotinage qui est véritablement jouissif. Mais, ce qui au départ avait l’allure de l’humour finit très vite par se noircir pour devenir presque joliment malsain. Virage a 180 degrés en terme de style pour Marjane Satrapi ici, The Voices garde une couleur européenne dans son mélange de style, mais c’est bien de l’horreur sombre dont il se nourrit. Noyé dans l’humour et le second degré de ces voix, cela n’enlève pourtant pas au récit son côté un peu dérangeant.

Un sentiment qui trouve son meilleure porte-parole en la personne de Ryan Reynolds. Loin des rôles de comiques de ses débuts, il n’a eu de cesse de tenter des choses différentes. Parfois avec succès, parfois beaucoup moins. Mais ici, on reste assez admiratif devant la palette d’émotions qu’il déploie pour donner vie à son personnage. Une sorte de presque seriak killer malgré lui. Je dis bien presque, car en grattant un peu, l’on découvre vite que les apparences sont totalement trompeuses. C’est ce qui fait le sel de ce film d’ailleurs, la découverte des faux-semblants et illusions qui tapissent l’univers du personnage de Ryan Reynolds. En l’opposant à ses voix, Marjane Satrapi donne à Ryan Reynolds l’occasion d’offrir a The Voices une aura aussi particulière que sympathique. Conte horrifique en gore presque majeur, le film évite pourtant de s’enfoncer trop dans les clichés du genre. La bombe est en partie désamorcée justement par les fameuses voies. Le chat psychopathe et le chien débonnaire amènent au film une soupape de sécurité. Le genre de celle pourtant que l’on ne sait pas forcément par quel bout prendre tant elle semble capable de nous exploser à la tronche en plein vol. Chose qui mine de rien finit de nous replacer facilement dans les bottes de ce pauvre type pas forcément méchant, mais pourtant définitivement psychotique qui ne demandait qu’à être tranquille.

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Est-ce que « The Voices » est exempt de défauts? À force de naviguer d’un extrême à l’autre, il se peut que certains spectateurs restent sur le carreau peu réceptif à l’ambiance très cartoon sous acide qui peut parfois envahir le film. Mais se braquer uniquement sur ce détail mineur serait passer à côté de l’espèce de poésie un poil morbide qui se dégage de l’ensemble. Ce n’est pas forcément conventionnel, cela n’en reste pas moins intrigant. Sortant de sa zone de confort Marjane Satrapi emmène avec elle Ryan Reynolds dans le voyage. Le résultat est aussi barré qu’agréable. Un trip. Un ovni complet et dépaysant.

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