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[Critique] Virunga – Orlando von Einsiedel- Critique du film

Virunga est un documentaire dont pour des raisons pro, j’entendais parler déjà depuis quelque temps. Mais rechignant à mélanger pro et perso et parler de sujets « boulot » sur ce blog, je trainais des pieds pour le voir. C’est désormais chose faite et je me rends compte à quel point j’avais tort. À force de jouer une certaine forme de désintéressement face à certains sujets, on perd le fil des choses, de la réalité du terrain. J’ai beau travailler dans une organisation qui bosse sur ce sujet « Virunga », je n’avais vu que ce que je voulais voir, ou du moins une version très aseptisée de la réalité. Pour toucher le public parfois la meilleure des solutions n’est pas de le prendre dans le sens du poil, mais plus de le prendre par le bras et le jeter à l’eau pour qu’il voit de lui-même ce qu’il en est sur le terrain. Au-delà des belles images que l’on peut voir de Virunga, des effets d’annonces et de tout ce qui en découle, il y a pourtant tellement que l’on occulte. Le congo est un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Ravagé par la guerre et le lot de destructions que cela amène dans son sillage, le pays peine à voir le bout du tunnel. D’ailleurs, ce ne sera pas grâce aux compagnies pétrolières que les choses s’amélioreront avec le temps. La raison est simple, au-delà d’être un sanctuaire pour les Gorilles ou juste pour la nature, le parc Naturelle de Virunga est aussi un paradis pour l’exploitation pétrolière. Une mine d’or que Soco n’a nullement l’intention de laisser intacte.

Virunga sous la direction d’Orlando von Einsiedel, ne cherche pas le moins du monde à tourner autour du pot. Le parc de Virunga n’a pas qu’un ennemi, il en a plusieurs, le gouvernement qui ferme les yeux, les rebelles du m23 qui profitent du fait de contrôler le secteur pour toucher de l’argent…de Soco et en bout de chaine, la fameuse Soco. Compagnie qui pour pouvoir exploiter sans danger n’hésite pas à corrompre les rangers du parc de Virunga, mais aussi les rebelles du m23. Quoi que dans le cas de ces derniers, il soit difficile de parler de corruption vu qu’ils touchent une partie de l’exploitation ( o,oo1%) chose qui comme le mentionne l’un d’eux laisse rentrer dans leurs poches des sommes non négligeables. Mais, là où l’action de Soco est d’autant plus criminelle et clairement mise en lumière dans le film est qu’elle impacte directement la vie animalière du parc. Le tout en faisant passer le braconnage d’un niveau « artisanal » a quelque chose de beaucoup plus militaire. Les rangers sur le terrain reconnaissant que certaines attaques sont l’œuvre de militaire…que l’on imagine sans mal être les rebelles du M23. L’équation est simple, le parc naturel de Virunga et ses rangers ainsi que le directeur Emmanuel de Merode défendent les animaux du parc…mais si ces derniers ne sont plus là…il n’y aura plus rien à défendre. Leurs présences ne se justifiera plus, tout comme le statut du parc.

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Le film d’Orlando von Einsiedel montre avec les armes dont il dispose le vrai visage de Soco sur le terrain. Via deux personnages, un ranger de Virunga et la journaliste française Melanie Gouby qui utilisent une caméra cachée en itw, on découvre le vrai visage de la corruption. Le ranger montrant comment les officiels du congo militent pour que Soco hérite du terrain quitte à donner des pots de vin, graisser des pattes et soutirer des informations directement via des membres du parc naturel. Tandis que Mélanie Gouby montre de son côté une facette qui est à mes yeux la plus triste, celle d’un français bossant pour Soco sur le terrain et qui laisse transpirer dans chacune de ses paroles celle d’un colonialisme à l’ancienne, un racisme tout sauf déguisé nageant dans une volonté sans failles de faire du profit. Quelque qu’en soit le résultat sur le terrain, aussi bien pour la nature, le pays, les animaux et les habitants. La scène la plus surréaliste du film se passe justement en caméra cachée entre ce protagoniste, Mélanie Gouby ainsi que le mercenaire chargé de la sécurité des deux. La discussion autour de cette table aurait sa place dans un film hollywoodien, sauf qu’ici elle est véridique, le racisme froid côtoie la corruption latente, tout cela en buvant tranquillement une bière et en finissant son plat.

Virunga est un film militant dans le bon sens du terme. C’est un vrai travail de journalistes allant au front, jouant avec la narration dans un but précis, celui de faire réaliser sans angélisme malsain ce qui se passe sur le terrain. Le montage du début du film à base d’images d’archives sur l’histoire de l’Afrique et la relation néfaste avec les compagnies pétrolières est sans équivoques, l’Afrique, berceau de l’humanité est une poche de sang xxl sur laquelle des hordes de vampires s’échinent depuis des décennies…loin d’être encore vide, elle n’en reste pas moins mal en point. La question est désormais de savoir combien de temps tout cela pourra encore durer. La guerre civile réveille l’avidité des gens et Soco comme tant d’autres ne font que jeter encore un peu plus d’essence sur le feu. L’argent n’a pas d’odeur comme on dit. Mais les images au-delà des mots amènent souvent plus de poids à un discours. C’est la force de ce documentaire Virunga, être capable de tirer la sonnette d’alarme sur une situation qui depuis longtemps est rentrée dans le dernier carré tolérable de la zone rouge. L’approche ici est frontale, le spectateur se retrouve face à la réalité sans véritables détours. Cela fait froid dans le dos, c’est aussi révoltant que déprimant. On se sent totalement inutile en bout de course, mais là encore, c’est dans cette absence d’angélisme stupide que le film de d’Orlando von Einsiedel prend toute sa force. Virunga est une œuvre définitivement brillante et à voir pour ouvrir ses yeux sur la situation pendant qu’il en est encore tant. La réponse de Soco au film dans le générique de fin ne vous en apparaîtra que plus encore emplie de cynisme qu’autre chose.

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