Critiques de films

[Critique] Tirez la langue mademoiselle- Axelle Ropert- Critique du film

Boris et Dimitri Pizarnik sont médecins dans le quartier chinois à Paris. Ils sont frères et c’est ensemble qu’ils pratiquent leur métier, consacrant tout leur temps à leurs patients.
Une nuit, ils sont amenés à soigner une petite fille diabétique que sa mère, Judith, élève seule. Ils tombent tous deux amoureux de Judith. Bientôt, tout sera bouleversé…

Le film d’Axelle Ropert est pour le moins particulier. Le terme est fourre-tout et peut faire peur, mais ici l’étrangeté de la chose est surtout que cette « particularité » est de regarder vers le passé. « Tirez la langue mademoiselle » est bizarrement passéiste dans la forme et un peu dans le fond. J’entends par là qu’à plus d’un égard, il est bizarre de voir un film de 2013, qui semble tout droit sortie de la nouvelle vague. Comme si ce dernier avait fait un bond dans le temps en zappant pas mal d’années. L’effet immédiat sur le public est pour le moins déstabilisant. Axelle Ropert aime une certaine forme de cinéma et s’y accroche, je respecte toujours le point de vue d’un ou d’une réalisatrice qui décide d’aller au bout de son histoire et de l’angle qu’elle a voulu prendre pour le traiter, même si cela implique de se couper d’une certaine façon d’emblée d’une grande marge du public. Car oui et c’est là pour moi qu’est la faiblesse du film « Tirez la langue mademoiselle » n’est pas très « ouvert ». Certains pourront le taxer arbitrairement de films de bobos parisiens, mais cela serait faire un raccourci assez simple et peut-être trop rapide. Le film ne cherche jamais à aller plus vite que la musique et c’est dans cet exercice pour le moins inhabituel désormais pour le spectateur moderne que se joue le véritable challenge, celui de décider de se laisser emporter ou non par cette histoire d’amour romanesque sans glamour et parfois déprimante sur le miroir sans teint qu’elle renvoie de ce qu’est « le jeu de la séduction » aujourd’hui. On n’a rien, si l’on ne prend pas de risques, mais encore faut-il trouver la personne avec qui les prendre et croire qu’elle en fera de même…

Le challenge de cette histoire était de rendre crédible le coup de foudre de ces deux frères pour une femme aussi belle que fragile et pas forcément logique dans ses choix de vie. Le résultat même s’il se paye le droit de nous offrir quelques beaux moments de simplicité touchante entre Cedric Khan et une Louise Bourgoin étonnante de retenue n’est pas exempt de défauts. Le problème du film est que la construction du rapport de force entre les deux frères tourne très vite au désavantage narratif de l’un et a une certaine forme de sous développement presque volontaire de son rôle dans l’histoire. Je parle ici de Laurent Stocker qui très vite s’efface au profit de Cedrick Khan. Le rapport entre les deux frères n’est pas à son avantage et la réalisatrice démontre que c’est dans l’éloignement qu’ils auront une chance de se retrouver. A vivre en vase clos, les deux personnages se perdent de vue et n’ont plus de point commun, d’où le rôle perturbateur de cette femme dernier espoir de normalité pour l’un et danger de perte de repère familial pour l’autre. Le personnage de Laurent Stocker n’entre dans ce rapport de séduction que pour mieux se prouver à lui-même qu’il peut-être comme son frère et au-delà de cela ne pas perdre pied face à ses problèmes. Le hic est que tous ces non-dits et grands axes narratifs sous-jacents ne sont pas difficiles a deviner ou bien même comprendre. La réalisatrice semble à la fois consciente et peu inquiète de la finesse narrative de la matière où repose son histoire et c’est ici que l’ennui pourra gagner plus d’une personne. Cela ajouté à une certaine forme de ridicule dans certaines dépictions des rapports humains entre les deux frères. Cedrick Khan envahit l’écran tandis que Stocker ne se voit pas offrir beaucoup pour briller. Mais au-delà de ce fait, la réalisatrice ne fait jamais vraiment grand-chose pour que l’on s’attache aux personnages et c’est ce qui rend la chose parfois incompréhensible.

Les deux frères représentent le cœur de l’histoire et l’obstacle qu’est Louise Bourgoing caractérise le renouveau qu’elle et ils attendaient. Mais cette lente traversée de l’ombre à l’aube…que devient le film est fait sous un angle directeur ou plein de choses restent en suspens. Ces non-dits, ce futur qu’on imagine, ces raisons qui poussent au départ ou au retour et l’utilité de certains personnages dans l’avancée humaine des deux frères. Il y a tant de choses que l’on aimerait avoir vu se développer plus sous nos yeux et qui en bout de course restent avec au mieux un simple début de réponse. En se basant sur une construction oscillant entre Théâtre et film d’auteur un poil obtus, Axelle Ropert ne fait rien pour s’attirer les faveurs du public. Universel de par les thèmes qu’il aborde, le film n’en reste pas moins incroyablement daté de par certains de ses choix de mise en scène. Reste la lumineuse présence de Louise Bourgoin qui toute en simplicité amène un brin d’espoir dans la vie de ces deux hommes en brisant en partie le lien qui les unit. Difficile de reprocher à un auteur d’aller au fond de son point de vue en assumant ses références et son style, mais il en va de même pour le point de vue d’un spectateur qui restera sur sa faim par rapport au goût un peu trop daté de la chose en fin de parcours. Mitigé…

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