Critiques de films

[Critique] The Raven- John Cusack- Critique du film

Edgar Allan Poe n’aurait jamais imaginé qu’un de ses « admirateurs » serait assez fou pour recréer les horribles crimes nés de ses délires littéraires ; assez pervers pour l’obliger à devenir son biographe et à narrer par le menu ses sanglants exploits, mis en scène avec une précision diabolique ; assez cruel pour lui enlever la femme de sa vie et l’ensevelir en lui laissant tout juste quelques heures pour la sauver… Pour un écrivain, rien n’est plus troublant que de voir ses fictions prises au pied de la lettre, et ses personnages de fiction s’incarner dans le monde réel. Mais pour l’auteur des « Histoires extraordinaires », l’enjeu est de retrouver au plus vite son « double » démoniaque pour éviter de sombrer lui-même dans une folie sans retour…

Il y a des moments où même avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de prendre au sérieux certains films. Pourquoi ? Tout simplement pour le manque d’attention qu’il apporte à la mise en scène, à la gestion du jeu d’acteur et j’en passe, et ce, dès le premier quart d’heure. Oui The Raven enchaîne les faux pas à la pelle. Réalisation clipé ou impersonnelle. Le réalisateur multiplie les effets de styles pour créer une soi-disant atmosphère étouffante, inquiétante. Le genre de celle que l’on s’attend à trouver avec une histoire de ce style. Le problème est qu’il n’en ressort que du toc. Tous les décors se ressemblent et l’on à l’impression que le pauvre réalisateur bat l’air du bout de ses bras, comme un homme a deux doigts de se noyer. Le film ensuite continue sous de relativement mauvais augures dès l’apparition rapide du héros John Cusack. D’ordinaire bon acteur, il livre ici une performance catastrophique digne du pire des cabotins. Le gros problème est simple, ne penser pas une seconde au nom de Nicolas Cage en le voyant…car après cela vous serez foutus. En effet l’inception portera ses fruits et vous ne verrez alors plus que le visage de Cage sur la tête de Cusack. C’est un peu comme si des années plus tard on avait droit à un spin off de Face-off chez Allan Poe. Ce qui n’aurait pas le moindre sens. Comme ce film d’ailleurs.

Ce qui est dommage au final, car même si l’ensemble manque cruellement d’originalité, le film avait le potentiel d’être au minimum une série B agréable. Chose qu’il ne réussit malheureusement tant le scénario ne cesse de se jeter dans les bras du ridicule avec une volonté assez dramatique. Que ce soit au travers du duo que Poe fait avec le policier aussi ténébreux que creux, que de l’histoire d’amour avec la demoiselle en détresse…qui ne sert à rien et pire que tout de cette magnifique confrontation de fin avec le tueur qui…hmmm enfin non-rien. La faiblesse absolue du film est qu’il ne réussit malgré son casting pas une seule fois à créer un véritable électrochoc pour sortir le spectateur de sa léthargie. On s’y enfonce comme dans la brume envahissant Londres et la vie de Poe. Prendre un personnage mythique comme Poe et vouloir transformer sa vie en un thriller glauque était une option tout à fait logique, mais encore aurait-il fallu que l’édifice ne prenne pas l’eau de toutes part. C’est un constat aussi désolant qu’implacable qui se dresse devant nos yeux.

James Mc Teigue avait presque fait illusion avec son V pour Vendetta, m’avait fait rire avec Ninja Assassin et m’aura donc fait bien dormir avec The Raven. Là où il y a encore quelques années j’aurai pris plaisir à défendre le personnage, il faut reconnaître que désormais la tâche est difficile. Voir même impossible. Vide d’envie et de désir, The Raven est l’archétype du film à la dérive. Du scénariste au réalisateur en passant par les acteurs personne n’y croit une seconde. Maintenant vu l’histoire de production un peu chaotique du film, j’aimerai juste savoir s’il existe une director’s cut ou quelque chose s’en rapprochant. Un bien vague espoir utopique pour me persuader que quelque part, il existe une version de ce film, qui ressemble justement à un film. Pas à un clip de poseur tentant de se faire passer pour un réalisateur. Inintéressant, sans vie, prévisible et soporifique a plus d’un titre, The Raven est une bien belle déception. Si vous aimez les histoires de corbeau, allez plutôt voir son cousin « The Crow »…

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