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[Critique] The Place Beyond The Pines – Critique du film

Cascadeur à moto, Luke est réputé pour son spectaculaire numéro du «globe de la mort». Quand son spectacle itinérant revient à Schenectady, dans l’État de New York, il découvre que Romina, avec qui il avait eu une aventure, vient de donner naissance à son fils… Pour subvenir aux besoins de ceux qui sont désormais sa famille, Luke quitte le spectacle et commet une série de braquages. Chaque fois, ses talents de pilote hors pair lui permettent de s’échapper. Mais Luke va bientôt croiser la route d’un policier ambitieux, Avery Cross, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrenée par la corruption. Quinze ans plus tard, le fils de Luke et celui d’Avery se retrouvent face à face, hantés par un passé mystérieux dont ils sont loin de tout savoir…

Le sujet de départ de ce film et son potentiel émotionnel autour de la filiation et du poids des erreurs de nos pères et l’impact que cela peut avoir sur les enfants étaient magnifiques. Le résultat l’est malheureusement un peu moins. The place beyond the pines au-delà de son casting quasi parfait écope d’un problème assez énorme qui au fur et à mesure que le film se déroule devient de plus en plus pesant jusqu’à finir par devenir en partie indigeste. Mélangeant sur une timeline parfois discordante les destins de deux hommes que tout séparait, le film prend alors le temps d’analyser souvent avec lourdeur l’impact que ces petits choix peuvent avoir encore des années après sur les familles survivant aux drames. Créer un point de croisement intelligent entre ces deux destins était un véritable challenge narratif et sur ce fait en particulier le film s’en sort à merveille, liant avec finesse l’histoire de Ryan Gosling et celle de Bradley Cooper jusqu’à ce point de non-retour. C’est ensuite que la machine s’emballe. La vision « artistique » de ce drame par Derek Cianfrance est au mieux caduque de par sa lourdeur par moment et au pire juste profondément insupportable de par son côté poseur dans la première partie et brouillon dans la seconde. Un constat assez alarmant qui malgré l’accumulation d’éléments négatifs laisse le spectateur dans un statut assez fluctuant, car en bout de course, le problème est le suivant : on ne déteste pas complètement cet objet étrange qu’est « The Place Beyond The Pines ».

Est-ce que cela veut pour autant dire que le film est au dessus de tout reproche ? Non, le 1er d’entre eux est sans nul doute le déséquilibre narratif ou du moins la qualité de ce dernier quand on passe d’un personnage à l’autre. Prenons le cas de Ryan Gosling qui durant le premier tiers du film voit son personnage traverser les affres d’une réalisation à l’assurance plus ou moins incertaine, qui ne sait jamais vraiment à quel public elle s’adresse, oscillant du grand public, vers l’indépendant dans un pas de deux assez agaçant. Le développement du personnage en pâtit, pour la simple raison que la mise en scène finit par ne mettre en exergue par son côté artificiel, les failles présentent dans l’écriture du personnage. Un défaut que partage aussi celui de Bradley Cooper. Le point de jonction entre les deux est bien entendu le développement. Chose qui étonne vu la durée parfois très longue du film. On se prend à espérer que les personnages vont avoir droit à un développement intéressant, mais l’ellipse et les sauts dans le temps font office de poudre aux yeux pour tenter de faire passer la pilule. Autant dire que le choix n’est pas très bon. La différence de ton quand on passe d’un héros à l’autre fait illusion quelques minutes, mais même le talent de Bradley Cooper n’y peut rien. On a du mal à pouvoir éprouver de l’empathie par rapport à ses tourments ou son ascension. La faute a ce côté un peu trop artificiel dans l’ensemble.

Mélangeant drame familial, rôle du père et des péchés qui le hantent et l’impact que cela a sur les enfants au fil des années « The Place Beyond the Pines » tente d’être parfois beaucoup trop de choses à la fois. Patchwork tantôt brillant et parfois agaçant dans ses ratages face à la somme des talents devant la caméra, le film de Derek Cianfrance ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et se perd bien trop souvent dans les méandres des effets de styles insupportables du cinéma indépendant. La palme du bizarre revenant au dernier tiers ou au travers de quelques séquences le jeune Dane DeHaan  ( qui ne cesse de grimper) amène une humanité assez impressionnante a un personnage dont l’arc narratif reste pourtant assez convenu. Un problème plombant le film a de nombreux endroits et pour aussi bien la partie de Gosling que Cooper. Ce sentiment persistant de savoir ce qui va se passer avant même les personnages principaux et de voir que bien souvent, on ne se trompe pas déçoit énormément. Le talent des acteurs devant la caméra sauve a plus d’une occasion le film du naufrage en masquant temporairement les faiblesses du scénario, mais pas assez pour ne pas dire que « The Place beyond the Pines » reste malgré tout un film terriblement bâtard. Dommage.

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