Critiques de films

[Critique] The Lone Ranger- Gore Verbinski- Critique du film

Tonto, guerrier indien, raconte l’histoire méconnue qui a transformé John Reid, un ancien défenseur de la loi, en un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption

The Lone Ranger rentre dans cette catégorie des films que l’on a parfois trop vite mis dans la case « film maudit ». La faute en grande partie a un plan communication totalement parti en sucette par la faute du studio, budget pharaonique, arrêt de tournage, rewrite du scénario de multiples fois et j’en passe. Il n’en fallait pas vraiment plus pour que le public en lisant ces lignes dans les médias enterre bien souvent à tort le film. Pourquoi ? pour la raison au final assez simple que sous sa structure de soit disant « blockbuster » le film amène un sous texte assez étonnant pour une production Disney. Bruckheimer avait déjà accompli ce tour de passe-passe avec Bad Boys 2 en accouchant d’une production complètement ahurissante. Cette fois-ci en compagnie de Verbinski, la chose gagne en profondeur et se paye le luxe d’afficher une violente charge sur l’histoire des Etats-Unis et des Indiens en particulier. Car bien que le personnage de Depp aux premiers abords puisse donner l’impression de faire du Jack Sparrow « light » c’est de par le traitement que le scénario lui accorde et son placement dans l’histoire que la surprise se déroule. Éminemment, critique sur ce que les Indiens ont du subir et la place que la société leur réserve encore aujourd’hui : de véritable blockbuster a priori bas de plafond, le film se transforme alors en quelque chose de bizarrement plus intéressant.

Car une fois de plus et les spectateurs s’en rendent très vite compte, le vrai héros de l’histoire est Tonto. Le Lone Ranger lui-même est handicapé par deux facteurs, la place que lui réserve d’emblée le scénario « une sorte d’icône » un poster boy comme dirait certains. Incarnant toutes les valeurs et clichés de l’Amérique, il ne dépasse jamais vraiment le stade du héros américain comme on en a déjà tant vu. S’ajoute à cela le fait qu’ Armie Hammer très bon chez Fincher, s’avère au final assez inodore chez Verbinski. Chacune de ses actions ne fait qu’appuyer en grande partie le désespoir que Tonto et par extension le peuple indien pouvaient avoir face à l’homme blanc soi-disant synonyme de progrès.Buddy Movie sans en être vraiment un, le film de Verbinski rend un hommage vibrant au Western pour aussi vite d’un coup de passe-passe en démontrer la part sombre. « L’incroyable » parti pris du début du film et le positionnement dans lequel se retrouve Tonto montrent très bien dès les premières minutes ce que le réalisateur et Depp par extensions ( je n’en doute pas…) pense de l’Amérique face au problème indien. Dépouillés de ses terres et de ses racines au profit d’une culture de l’argent qui n’était pas la leur, ces enfants de l’Amérique ont vite pris les pires travers de celle-ci pour au final aujourd’hui y être assimilés de la pire façon qui soit. Le seul moyen de faire perdurer d’une façon ou d’une autre les traditions que le soi-disant progrès vola a leurs ancêtres. L’arc narratif central de Tonto établit bien ce problème dans la relation aussi naïve de prime abord que destructive sur le long terme entre l’homme blanc et les Indiens.

Jouant avec les codes du Blockbuster, Verbinski s’amuse à lentement mais surement et toujours de façon intelligente retourner les attentes du public pour mieux « le manipuler » en bout de course. Que reste-t-il de la légende en bout de course ? Et par extensions de ce sur quoi repose l’histoire de ce si beau pays. Des récits pour les enfants dits par les vaincus pour faire perdurer le mythe ? C’est en voyant cette approche au final diablement mélancolique que l’on replace le film dans un contexte au final assez lointain de celui du blockbuster basique. C’est justement grâce à ce genre de petites touches que Verbinski se place comme étant un auteur plutôt qu’un faiseur. Non, The Lone Ranger n’est pas parfait, loin de là, il souffre même de quelques violents problèmes de rythmes, mais son approche sans concessions avec une violence sèche digne des vieux Western et un regard pas vraiment polissé sur les coulisses de l’histoire américaine offre à cette production un surplus de valeur sur le fond que je n’attendais pas une seconde. Loin de l’exubérance alcoolisée de Jack Sparrow, Johnny Depp signe avec Tonto la naissance non pas d’un héros, mais celle d’un personnage à la mélancolie et à l’héroïsme par obligation qui touche au but. Héros malgré lui et témoin d’un passage d’un monde à l’autre menant vers l’extinction de ce qu’il fut. Loin d’être aussi superficiel que je ne le pensais, ce Lone Ranger s’avère bien plus intéressant sur le fond que prévu. Une sympathique surprise.

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