Critiques de films

[Critique] The East- Zal Batmanglij- Critique du film

Ancien agent du FBI, Sarah Moss travaille désormais pour une agence de renseignement privée qui protège les intérêts de puissants hommes d’affaires. Elle reçoit pour mission d’infiltrer The East, un mystérieux groupuscule éco-terroriste qui s’attaque aux multinationales coupables de dissimuler leurs agissements criminels. Déterminée, ultra entraînée, Sarah parvient à s’intégrer au groupe malgré leur méfiance, et doit même participer à leur prochaine action. Mais plus elle vit avec les membres passionnés de The East, en particulier Benji, l’anarchiste, plus elle se sent écartelée entre les deux mondes et s’interroge sur elle-même…

Zal Batmanglij et Brit Marling après l’étrange, mais totalement maîtrisé « The Sound of my voice » continue d’étonner en touchant à tout et encore une fois à un sujet casse-gueule : l’éco terrorisme . La facilité aurait été de tomber dans un pathos de mauvais goût en mettant en avant la gentille agent du FBI et les méchants terroristes, mais ce n’est pas le cas ici. Au contraire, The East prend un malin plaisir à plonger très loin dans les recoins de votre conscience avec le simple et unique but de vous la mettre en pièce. Reprendre une à une vos convictions, vous confronter avec ces dernières et vous laisser ensuite seul avec votre nouvelle vision du monde. Celle qui se trouve de l’autre côté du miroir, loin du discours marketing et démontre clairement et de façon limpide qu’effectivement beaucoup de corporations et de médias se foutent ouvertement de vous. Maintenant la question est de savoir si le fait de réaliser ce statut pour le moins dérangeant justifie un passage aux armes. Chose qui ne se fait jamais en douceur. Ni pour la victime comme pour le redresseur de torts. Il y a toujours des dommages collatéraux et personne n’en sort forcément grandi. Pervers jusque dans les moindres recoins de son être, The East n’en reste pas moins brillant, car il s’inscrit définitivement dans son époque en remettant en face à face avec sa conscience « politique, humaine… » le spectateur. Éveiller la conscience au travers d’une fiction. Pari intéressant, casse-gueule, mais dans le cas présent réussi.

Là où « The Sound of My Voice » privilégiait le style au profit de la substance, The East ne commet pas la même erreur. Le duo Zal Batmanglij et Brit Marling maîtrise le sujet du début à la fin et même si ce dernier flirte souvent avec une ambition et une production bien plus large que le précèdent film ne perdent jamais de vue ce qui fait l’histoire : mettre le public face à son hypocrisie. The East réveille le passif qui est en vous. Sur le fond, l’approche sans foi ni loi des corporations présentes dans le film n’est pas nouvelle. Tout à chacun sait au fond de lui qu’au-delà du mur de mensonges que dressent les services marketing, il y a autre chose, bien souvent peu reluisant qui sommeille dans l’ombre. La question est de savoir si l’on accepte de dormir sur cette connaissance et continuer sa vie comme si de rien n’était, où faire en sorte de se rebeller contre l’état de fait qui s’impose devant nos yeux ? Le double effet pervers résidant alors dans la caractérisation de ces activistes, héros des temps modernes ou fous furieux que la société doit contenir. Zal Batmanglij et Brit Marling d’une certaine façon « s’amusent » des conventions et d’une certaine forme de morale en rendant ce groupe « The East »  profondément « humain » avec tout ce que cela implique comme nuance dérangeante quand il s’agit de juger leurs actions.

Et c’est ce qui fait la force et sûrement pour certains la faiblesse de ce film. Assumant jusqu’au bout ses positions et son statut d’expérimentation et accessoirement de véritable films d’auteur, The East dérange nos petites convictions. C’est ce rôle de poil à gratter qui dans les fondations de notre jugement le rend aussi particulier. Pourquoi ? Peut-être pour la simple et bonne raison qu’en fin de course c’est assez malsain ( a la vue de la situation actuelle…) de se retrouver dans le camp des méchants allant contre la loi et les intérêts des corporations…Retors, mais brillant.

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