Critiques de films

[Critique] Sharknado- Asylum – Critique du film

Il y a des films que l’on sait d’avance au-delà du mauvais et que l’on s’apprête à regarder avec le second degré de rigueur, mais qui par je ne sais quel miracle réussissent à faire que votre cerveau se rebelle contre la logique filmique qui se mettait en place. Résultat des courses, on se retrouve face à un rejet complet de la chose pour au final des raisons aussi basiques que l’incompatibilité épidermique avec les faux raccords, les mauvais acteurs et surtout le scénario qui en terme de structure pousse le vice jusqu’à rendre l’ensemble de ses 1h25 totalement inintéressantes au possible. On dépasse ici le cadre du cliché pour emmener le spectateur vers un nouveau « level » de nanardise. Un constat se met en place assez rapidement, et ce, dès le 3e quasi-œdème cérébral qui vous frappera, ce film à été fait pour repousser les règles de la tolérance humaine envers les navets et quand je dis cela ici je reste encore poli. Sharknado avait tout pour être mauvais, mais drôle, le film est au final pénible et intolérablement sans intérêts et défiant toutes les attentes pour en bout de course devenir le nanar ultime. Les producteurs ont voulu pousser le concept le plus loin possible en se disant que ce qui passait comme une lettre à la poste avec Samuel L Jackson dans un avion…pourrait rendre cette tornade aux requins presque « crédible », seulement pour cela, il aurait fallu des acteurs, un brin de quinzième degré, un réal et surtout autre chose que l’ambition de dire aux spectateurs « hey regarde c’est de la merde, mais c’est cool ».

Sharknado est à peu près ce qui a mes yeux se fait, de pire en termes de réalisations. Asylum ne cherche pas à faire du cinéma, Asylum est presque au final une magnifique agence de communication créant un buzz autour d’un produit pour le vendre en attendant qu’il s’écrase…pour ensuite passer au suivant sans états d’âme. La qualité n’a pas lieu d’être dans une production de cette compagnie et ce film le prouve encore une fois de plus. Premier arrêt sur cette route vers l’apocalypse : le scénario…dire qu’il est encore plus fait de briques et de brocs que la créature de Frankenstein est un euphémisme. La logique se trouve mise en pièce d’un plan à l’autre, les personnages n’ont pas le moindre développement, tout ce que l’on découvre ici en terme narratif ferait passer le pire film de la Trauma pour du Orson Welles. Cela donne une idée du niveau. Je m’attarde sur cette partie, car malgré la débilité du pitch de base, c’est justement en structurant un minimum cette zone que le film aurait pu se permettre d’entrer dans des délires assez fun ( ex : Deep Blue Sea ou Des serpents dans l’avion…). Mais ici c’est malheureusement le contraire qui se passe, la production donnant l’impression de ne  tout simplement pas savoir quoi faire de son concept, ni de son film. Le tout aboutissant à la pire réalisation en complète roue libre que je n’ai jamais vue de ma vie.  Les acteurs cachetonnent et d’un plan à l’autre dans la même séquence donne l’impression de s’auto parodier, la production réutilise plusieurs fois le même plan, filme des soi-disant plans larges de foules dans le même cadre, alterne avec des stocks shots ne collant pas avec le plan d’avant…Sharknado est un cas d’école assez impressionnant de tout ce que représente l’anticinéma ou ce que la production peut avoir de pire quand elle avoue ouvertement n’avoir rien à faire de son public.

Redéfinissant les limites d’une certaine forme de médiocrité volontaire, Sharknado montre aussi à quel point sous prétexte de franches rigolades et de faire de l’argent sans effort, beaucoup de petites productions torpillent les places que d’autres pourraient prendre pour exposer leurs travaux. La production de films est une jungle, savoir y survivre un véritable art de la guerre. Sharknado ne cherche pas à faire de détail, il cherche a …oui tel est la question en fait : que cherche-t-il ? Je doute que les réalisateurs, scénari « lolistes » et acteurs le savaient aussi ( à part prendre un chèque…). Au final la seule personne à qui Sharknado rend hommage c’est Ed Wood en créant le pendant aquatique de « Plan 9 from Outer Space ». Oui ce film aurait dû avoir comme sous titre « Plan 9 from Outer Sharks », cela aurait été comme de mettre « Fumer tue » sur les paquets de cigarettes. Inutile, mais préventif…

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1 Comment

  • Reply
    barzabouque
    mars 15, 2015 at 2:52

    Par rapport aux titres d’Asylum, tous plus farfelus les uns que les autres, je m’interroge quand même sur la pertinence de ce film (Sharknado), en tant que fan de nanar j’ai eu l’impression que le film recrachait l’abécédaire lié au public recherché (qui forme à présent une communauté) et n’offrait par là-même qu’un trop sérieux nanar, oubliant que le nanar, loin de recopier des règles à la lettre, s’offre la liberté de jouer sans cesse avec toutes celles qui lui passent par la main.

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