Critiques de films

[Critique] Polisse – Maïwenn – Critique du film

Synopsis : Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Je faisais partie des fans du « Bal des actrices » 1er film de Maiwenn, même si je lui trouvais pas mal de défauts, il était porteur de très bonnes choses. Les deux majeures étant l’émergence d’une réalisatrice avec une plume, un œil et un univers aussi particulier qu’intéressant à découvrir. La deuxième était, l’apparition en tant qu’acteur de Joey Starr, j’entends par là dans le cadre d’un personnage qui ne soit pas un Bad Boy. Les bases étaient là dès le premier film et pour ce deuxième elles finissent par éclore d’une façon tout simplement brillante. Maiwenn affiche ici une certaine maturité, beaucoup moins m’as-tu-vue qu’à l’époque du bal des actrices. D’un certain point de vue son étude humaine de cette brigade de flics pas comme les autres se placent assez près du regard documentaliste que Raymond Depardon peut porter sur certains de ses sujets. Sans jamais se départir d’un humour bien souvent salvateur, la réalisatrice tout comme l’actrice s’efface au profit de son sujet. Elle n’agit ici que comme élément déclencheur ou perturbateur. Elle aide des gens à se révéler et le spectateur à avancer. L’œil de ce dernier étant guidé par le sien et évoluant en synchro avec cette photographe au fur et à mesure de sa plongée en eaux troubles.

Et pour être trouble, la plongée l’est. Sans jamais vraiment amoindrir les sujets qu’elles abordent Maiwenn emmène le spectateur vers ce que l’on peut considérer comme le summum du glauque réaliste. Le film se joue sur deux axes, la froideur de la réalité des faits et l’étude psychologique de ces hommes et femmes qui tentent de rester malgré tout humain jour après jour au contact de ce que l’humanité a de pire. Mélangeant les genres, le film se ménage des petites plages de lumières au milieu d’un véritable océan de noirceur. La rencontre/fusion entre la photographe et le flic chacun à la dérive pour des raisons diverses, chacun dans une sphère différente est assez touchant. Le regard que Maiwenn pose sur Joey Starr est ici passionnant, car elle lui offre un rôle vraiment magnifique.  Tout en gardant l’identité du personnage, elle l’aide à se révéler. On redécouvre vraiment un autre homme et tout simplement un acteur. À la fois brute et complètement à contre emploie, ce personnage de flic aussi abimé qu’humain est dans le lot une des plus belles « révélations » du film. En espérant que d’autres réalisateurs se donnent la peine de lui donner d’aussi beaux rôles.

Le film sans jamais prendre la moindre pincette offre des saynètes assez froides et sans pitié sur l’état de notre société et les déviances qui l’accompagnent. Je ne cache pas que d’une certaine façon en sortant, une sensation bizarre vous accompagne, on passe à côté de certaines choses en les regardant d’un autre œil et c’est ici que le nœud dramatique du film se joue. Jusqu’à quel degré de résistance des hommes comme ceux de cette brigade peuvent aller sans sombrer ? Que peuvent-ils faire pour aider à préserver notre si bénéfique ignorance de ce genre de situations ? Nous savons qu’elles existent, sans pour autant jamais vraiment en définir clairement les contours, on les voit au loin et l’on prend le parti de tourner la tête. Polisse nous colle nez à nez avec une certaine forme de réalité. Le regard de cette photographe est un peu le nôtre. On doit apprendre à voir entre les lignes, ouvrir les yeux aux bons moments et ne pas faire en sorte que de les axer sur le cliché ou le sensationnel. C’est aussi au travers de cette problématique que se développe la base de la relation entre Maiwenn et Joey Starr dans le film. À la fois touchante et réaliste, cette romance offre une lueur d’espoir dans cette exploration de la noirceur humaine.

En prenant le parti de ne pas se mettre en scène plus que cela et de n’apparaître qu’a des moments clés de la narration, aussi bien dans la sphère publique ( le travail avec la brigade) que privé ( sa vie de famille basée sur le mensonge), Maiwenn laisse le temps à son film de se développer tranquillement et sans jamais influencer le spectateur. Les faits sont devant lui, il est libre de les prendre en compte ou de les nier. La politique de l’autruche est parfois bénéfique, le reality check aussi. La chose à garder en tête au-delà du sujet et de la justesse avec laquelle il est abordé est l’incroyable courbe de croissance artistique de Maiwenn en tant que réalisatrice, scénariste et directrice d’acteur. Aussi drôle, qu’émouvant voir prenant par moment, pour son 2e film Maiwenn joue la touche à touche funambule. On aurait cru que l’on allait assister à la chute d’une outsider, c’est le contraire qui se passe. Reste à voir si elle concrétise à nouveau pour son 3e film. On dit jamais deux sans trois. J’attends donc désormais avec impatience la suite des aventures de Maiwenn réalisatrice aussi iconoclaste qu’attachante. Polisse est une excellente surprise.

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