Critiques de films

[Critique] Oz- Sam Raimi- Critique du film

Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?

Revisiter un mythe et le rendre accessible au plus grand nombre sans pour autant le dénaturer est une gageure que sous l’empire Disney, beaucoup de réalisateurs n’ont pas forcément bien réussi à rendre viable. Je garde en tête le raté de Tim Burton avec son Alice au pays des merveilles pas vraiment fou. J’avais du coup une petite crainte que le film de Raimi sur le magicien d’Oz ne suivent la même route. La surprise n’est que meilleure en découvrant qu’on est loin, voire même très loin des craintes que l’on pouvait avoir. Oui Sam Raimi retrouve un sens de la féerie aussi simple que diablement efficace, on sent que le monsieur n’est pas pied et poing lié face à des obligations qui le désespèrent. Au contraire, ce voyage au pays d’Oz se fait dans une bonne humeur assez communicative. Raimi se libère de certaines conventions pour laisser libre court et surtout « libre parole » à l’enfant qui sommeille en lui. Dès le début, la cible du film n’est pas un mystère. Mais là où d’autres réalisateurs auraient infantilisé le propos quitte à dénaturer le potentiel du film, Raimi lui prend un pari simple, faire « grand public », mais le faire bien. Jouant sur les attentes classiques aussi bien que sur ses goûts personnels, il dresse une histoire rendant hommage à l’imaginaire collectif, au cinéma, celui qui le fait rêver et nous fait rêver, mais surtout aussi à l’humour. Car Oz version Raimi n’en manque pas. Le tout bien souvent contrebalancé par une émotion bien sentie qui donne un relief certain à l’ensemble de l’histoire.

Dans le passé, Sam Raimi avait un acteur fétiche. Véritable précurseur de Jim Carrey avant l’heure Bruce Campbell était et restera un mythe dans la filmographie de Raimi. Mais sans pour autant essayer de le copier, James Franco établi une nouvelle marque blanche sur le mur de Sam Raimi montrant son amour pour les personnages différents. Définir son rôle, reviendrait à s’arrêter sur la dénomination suivante « le cousin fou de Robert Downey Jr et de Jim Carrey ». Conscient d’avoir une latitude assez folle offerte dans cet univers, Franco s’en donne à cœur joie pour faire en sorte que son personnage redonne une certaine forme de noblesse à ses fous inventifs que l’on a malheureusement plus assez l’habitude de voir à l’écran. À la fois, roublard, courageux, escroc et j’en passe, la palette d’émotions qu’il met en place pour donner une stature plausible et surtout plaisante à ce Oz que l’on prend un malin plaisir à aimer autant qu’à détester est juste délicieuse. Mais ce n’est rien en comparaison de ces petits et grands moments que l’on passe en compagnie des seconds rôles, deux en particulier : le singe ( Zach braff) sidekick aussi immense par le talent que petit par la taille. Mais la véritable « petite » trouvaille du film est cette enfant de porcelaine. Son personnage faisant miroir a certains passages de l’histoire d’Oz dans l’autre monde offre un passage d’une belle émotion lors de sa rencontre avec Oz et son compagnon d’infortune qu’est le singe porte bagage…

Laissant la piteuse création de Tim Burton a des années lumières ( Alice aux pays des merveilles) Raimi utilise la 3D avec une certaine intelligence pour réussir à créer un univers ou féerie n’est pas synonyme de toc. La palette de couleur aussi féerique que criarde se justifie dans l’histoire, tout comme les fondations mêmes de ce monde merveilleux. C’est là d’ailleurs que Raimi développe un véritable sens de l’imaginaire, la mise en scène n’a d’égal que la folie de ce qu’il met en œuvre et place pour nous faire rêver. On accepte non sans plaisir de se replacer dans les chaussures de l’enfant que l’on était. Voir un autre monde sans la barrière froide de notre réalisme cynique fait un bien fou. Un sentiment définissant à merveille le film de Raimi. Servi par un casting trois étoiles, James Franco en tête et d’un univers aussi solide que féerique, ce Oz dans son genre est une petite réussite faisant oublier l’horrible fumisterie que fut « Alice » chez Disney. Monsieur Raimi, faites plus souvent des films de ce genre, c’est un plaisir !

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