Critiques de films

[Critique] Maniac – Franck Khalfoun- Critique du film

Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d’une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée – celle qui le pousse à traquer pour tuer.

Franck Khalfoun  tente de faire un film sur un psychopathe et ses névroses et se heurte au dilemme du remake « casse-gueule ». L’une des raisons pour laquelle l’aventure est tendue reste que dans le domaine, beaucoup de choses ont déjà été faites. Résultat des courses innovées dans ce genre précis est un défi peu commun. Certains y arrivent, d’autres par excès de styles se heurtent à un mur. Maniac marche sur des œufs dans le domaine et se casse les dents en bout de courses sous une avalanche de choix plus ou moins discutables. De par la nature même de l’histoire et par la volonté de créer un véritable malaise constant chez le spectateur, il est assez bizarre de voir le film commettre une première erreur de taille, celle de troquer l’esthétique que l’on attendait sale et poisseuse de l’univers de ce tueur pour celle d’un clip assez banal dopé aux effets de styles assez ennuyeux à la longue. Le film n’est pas dénué d’idées et arrive parfois à créer justement cette tension que l’on aurait voulu voir durer. Mais malheureusement très vite ce qui aurait pu être une sorte de remake/reboot intéressant et permettant a ceux qui comme moi ne connaissent pas l’original, d’avoir une approche fraîche et nouvelle de l’histoire s’enfonce dans les limbes du n’importe quoi. Pour au final culminer dans un final aussi grandiloquent que ridicule qui finit définitivement de tuer dans l’œuf le potentiel de ce film.

Le psychopathe au fil des années est devenu le personnage parfait pour la littérature et le cinéma, personnage multi facettes symbole de toutes nos déviances cachées. Au fil des plumes des auteurs, sa personnalité s’affine pour nous faire rentrer dans un univers de cauchemar. Mais pour que ce voyage fonctionne, il faut que les fondations de ce personnage s’avèrent solides et réussissent à éveiller quelque chose chez nous. Se blottir dans nos névroses pour réveiller ce je ne sais quoi qui fout la trouille, dérange et crée la tension voulue par ce genre de films. Le hic est que Maniac dans son domaine à quelques problèmes assez ennuyeux. Le premier est le script et la caractérisation même du personnage principal de Maniac, sérial Killer dont le trauma de départ est au final assez caduc. Pas que les fondations soient mauvaises (car au demeurant fort classique) mais tellement mal utilisé que dès que les moments marquants de l’histoire arrivent, on a un mal de chien à y croire. Le film prend le parti pris de rapidement construire sa structure sur une violence aussi creuse que gratuite. Les moments où lesdites séquences fondatrices du personnage arrivent à l’écran, la première chose qui frappe toutes personnes rationnelles est l’anachronisme des situations et surtout la bêtise assez consternante du tueur. Ce dernier se rangeant au final assez rapidement au rang des tueurs les plus négligents et con de l’histoire des serial killer. Mais pire encore certaines séquences où par lui-même il laisse s’exprimer ses névroses maternelles face à ses victimes culminent dans le ridicule le plus grand qui soit.

La faute au scénario, à la réalisation et en bout de course à Elijah Wood qui pour moi correspond assez mal au rôle. Pour un tel personnage, on attend quelqu’un de plus massif, imposant ou à défaut moins propre que Wood, c’est un des premiers points faisant sortir de l’histoire, le tout rehaussé par ces choix très clipesques ou faussement artistique rangeant le film dans la lignée d’un Drive version Hipster pour Serial Killer. Un peu comme si Rob Zombie faisait un épisode de Kooples avec un sérial killer désireux de rencontrer la femme se de sa vie à présenter à sa mère. Oscillant pendant une bonne moitié du film sur un fil fin surplombant un océan de clichés, le film alterne des bonnes idées mises à mal par une suite de mauvais choix. Mais c’est quand arrive le dernier tiers du film que l’impression que le navire part à la dérive se fait malheureusement plus forte. Le tout allant culminer dans un final guignolesque au possible et malheureusement totalement gratuit dont ni le film ni Elijah Wood ne sort grandit. Le film en bout de course ressemble fortement à la première grosse production d’Aja quand il était sous l’égide de Besson. Maniac est un peu comme « Haute Tension » assez ridicule dans son fondement, gratuit et en roue libre bien souvent. On dénote un potentiel certain (bien que mal utilisé) chez ce jeune réalisateur et l’on ne peut que s’empêcher de sourire en voyant que des années plus tard le schéma se répète. Alexandre Aja remplaçant Besson à la production et Franck Khalfoun jouant justement le rôle d’Aja derrière la caméra. Je lui souhaite de très vite faire sa « colline à des yeux » à lui, car tout comme ce fut le cas avec son mentor, son premier film ressemble malheureusement beaucoup trop à un exercice de style mal contrôlé qu’a un vrai film. Dommage.

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