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[Critique] Man of Tai-Chi- Keanu Reeves- Critique du film

Keanu Reeves est un acteur pour le moins difficile à définir et il en va de même quant on en vient à la case du Reeves réalisateur. Surfant d’un style à l’autre, du documentaire, vers le film d’action sauce HK, il devient ardu de savoir ce qui le motive vraiment. D’une certaine façon c’est ce côté imprévisible qui rend le personnage attachant et même s’il n’est pas parfait en soi aussi bien au niveau du jeu d’acteur que du scénario, ce Man of Tai-Chi est mine de rien assez intéressant de par le parti pris de Reeves que ce dernier tient malgré tout du début à la fin. Loin de n’être qu’un film de combat, Man of Tai-chi s’attache de façon un peu naive et parfois très démonstrative à illustrer l’esprit du Tai-chi et tout le symbolisme entourant cet art. Est-ce que cela passe malgré tout ? La réponse est dans l’ensemble oui, grâce surtout à l’étonnant respect dont Reeves fait d’une part pour cet art, mais aussi et surtout pour le cinéma dit de genre asiatique. Des acteurs au style en passant par les lieux de tournages, ce Man of Tai Chi a une particularité dans son style, celle de justement donner la forte impression qu’il a été mise en boite par un réalisateur de cette partie du monde. Reeves se fond dans la culture qu’il aborde, cela ne se fait pas forcément sans heurts à tous les étages, mais la volonté de ne pas américaniser bêtement le propos est salvatrice et porte du coup ce film vers un côté Ovni pas forcément désagréable.

La base du film est au final assez simple : suivre l’évolution d’un jeune maître de Tai-chi en devenir et sa confrontation à la tentation, au pouvoir et à l’absence de contrôle de sa force intérieure le tout pour des raisons que l’enseignement qu’il suit réprouve. Reeves s’offre littéralement le rôle du « diable » en jouant ce méchant aussi charismatique qu’un poil cliché par instant. Interprétation à double sens d’une certaine forme de mysticisme asiatique, le film risque de laisser une partie du public occidental…à la rue. C’est dans cette acceptation jusqu’au-boutiste de son postulat de départ que Reeves tire la force et la faiblesse majeures de son film. Mais s’arrêter à cela serait prendre le risque de passer à côté des nombreuses autres qualités de réalisation de ce petit film. Prenant l’action à bras le corps, Reeves place le spectateur côté à côte avec les combattants. En résulte des affrontements d’une violence sèche assez réjouissante. Sans jamais atteindre le degré de sauvagerie d’un “The Raid” le film de Reeves, s’amuse à prendre les combattants les plus atypiques pour les faire s’affronter. On pourra critiquer le fait que les combats s’enchaînent trop et du coup monopolisent d’une certaine façon le développement possible qui aurait pu être offert aux personnages. C’est un fait, mais c’est aussi au travers de ces affrontements que le chemin du personnage et sa “descente en enfer” se dessine.

Reeves choisit là où beaucoup d’autres réalisateurs auraient pris le parti de “trop” se mettre en avant de s’effacer et de n’apparaître qu’avec parcimonie. Tout à la manière d’un boss de fin de niveau, il passe le film a provoquer, jauger et tirer les ficelles dans l’ombre pour amener le héros vers ce point de rupture qu’il espère tant le voir franchir. Imbriquant cette narration directement dans le cadre d’une histoire au demeurant basique, Reeves réussit malgré tout à développer un canevas scénaristique au final assez intéressant. Le plus intéressant restant au fond la démarche de réalisateur. L’idée même de Reeves de se fondre derrière l’histoire qu’il raconte et par extensions dans les codes cinématographiques et culturels de la culture qu’il explore témoigne d’une véritable humilité. Chose qui mit en parallèle d’une certaine forme de maladresse/naïveté plombant le film par instants dans certains de ses choix finit quand même par le rendre au final assez attachant. À mi-chemin entre le film de genre a la bloodsport et le film d’expérience “mystique” ce film de Keanu Reeves fait office d’Ovni difficilement classable, car mordant quelque peu dans tous les domaines. Le résultat en laissera surement plus d’un sur le carreau, mais réussit malgré tout à offrir dans un premier temps un spectacle assez jouissif et tenter de donner un minimum de fond “différent” à l’ensemble. La perfection n’est pas atteinte, mais l’effort est suffisamment marqué pour rendre le tout au final intéressant. La question est désormais de savoir ce que cela donnera pour la suite avec le Keanu Reeves réalisateur. L’essai est au final assez concluant pour moi.

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