Critiques de films

[Critique] Magic Mike- Steven Soderbergh- Critique du film

Mike a trente ans et multiplie les petits boulots : maçon, fabricant de meubles, etc…Il se rêve entrepreneur. Il est surtout strip-teaseur.Chaque soir, sur scène, dans un club de Floride, il devient Magic Mike.Lorsqu’il croise Adam, il se retrouve en lui, l’intègre au club et décide d’en faire le Kid.Mais le Kid a une sœur, qui n’est pas prête à trouver Mike irrésistible…

Il y a des films de Soderbergh comme Magic Mike, qui dès le début de la promotion souffrent d’un seul et unique problème…celui des idées toutes faites que vous avez les concernant. Dans mon cas, je pensais que ce Magic Mike était un rince l’œil parfait pour demoiselles cherchant à voir du mal imberbe en passe de leur faire une danse lascive sur les genoux. Dans l’ensemble, il y’a un peu de cela, mais vraiment pas que et croire que le dernier film de Soderbergh n’est qu’un rince l’œil serait commettre une belle et magnifique erreur. Pourquoi ? Car contre toute attente, le film se révèle être une formidable et intéressante étude humaine et une mise en avant de notre rapport a la séduction, sexe et le pouvoir qui en découle. Reste à savoir l’utilisation que l’on décide d’en faire par la suite. Dans le cas de ce film, le constat sous son apparent clinquant est loin d’être aussi glamour que l’on puisse le penser. D’ailleurs, je me demande ce qu’aurait pu donner le film avec comme point de vue, celui d’une strip-teaseuse. Le changement de point de vue, de regard et de ton aurait-il enlevé au film tout son mordant ? Bonne question qui pour l’instant n’est pas forcément à l’ordre du jour.

Sous l’aspect frivole du film Soderbergh réussit le pari de montrer qu’en prenant un point de vue masculin aussi bien que féminin, il n’éprouve pas vraiment de difficultés particulières à mettre en avant le côté misérabiliste de ce « job » et d’une certaine forme de dépravation passive dans laquelle elle s’enfonce. Objet passif et parfois volontaire d’un système qui l’amuse autant qu’il le dépasse le personnage réussit à évoluer d’un point à l’autre du film et c’est au travers de ce point monstrueusement classique que se joue tout le piquant du récit. En parallèle de l’épiphanie de son protégé qui lui vole de plus en plus la vedette, c’est le retour sur le plancher des vaches et la sortie d’un univers totalement toxique qui finit de rendre ses ailes à ce personnage qui depuis si longtemps était prisonnier de sa propre lacheté. De plus en plus à l’aise avec les différents rôles qui arrivent sur le pas de sa porte Channing Tatum apporte une jolie courbe d’évolution à son personnage. De tête à claques jusqu’à humain prenant en charge son destin, il fait preuve d’un jeu d’acteurs tout en finesses qui colle à merveille à l’univers que Soderbergh met en place. Pas simple de créer l’émotion au milieu d’un univers qui ne prête pas forcément à cela. Rire de tout, mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui. Le réalisateur retient la leçon et alterne avec brio la balance entre humour et émotion pour faire en sorte que son film touche le public le plus large possible et dans l’ensemble c’est bel et bien ce qui se produit.

Le film marque aussi un passage définitif dans la case des acteurs grands publics qui compte pour Channing Tatum. Jouant plutôt habilement de son image de beau gosse pour faire en sorte d’y ajouter une seconde couche qui jusque-là n’était pas exploitée, le jeune Tatum capitalise sur son second passage sous la caméra de Soderbergh pour confirmer un potentiel que jusque-là trop peu de mondes avait vu. Définitivement meilleur et plus fin que prévu, sexy sans jamais être vulgaire, ce Magic Mike réussit un exploit assez fabuleux en regard du sujet qu’il aborde, celui d’avoir mis en place aussi bien le fond que la forme tout en valorisant « les formes ». Plaisir des yeux et de la tête, car il n’est jamais vraiment superficiel, ce dernier film de Steven Soderbergh confirme la capacité de toucher à tous les sujets du monsieur. Maintenant j’aimerai bien le voir faire le même film, mais au travers d’un personnage de stripteaseuse. La chose deviendrait surement plus glauque, mais apparaîtrait comme un complément parfait de ce dyptique improbable. Soderbergh étudie l’anatomie de ces personnages aussi bien qu’il sonde la noirceur de leurs âmes et le tourment qui va avec. Chapeau bas.

 

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