Critiques de films

[Critique] Machine Gun Preacher- Gerard Butler- Critique du film

Est-ce que Machine Gun Preacher en soi est un film qui révolutionne le cinéma ? Non. Est-ce que c’est un film qui dans le fond ouvre les yeux sur un sujet grave et amène à réfléchir un peu sur soi même au travers de l’évolution d’un personnage qu’on aurait pu qualifier de salaud ? La réponse est oui. L’histoire de Sam Childers est peu commune, dealer et gangster notoire, son avenir était pour le moins tout tracé dans le domaine de la criminalité. Ce du moins jusqu’à ce que sa femme et la religion le remettent dans le droit chemin. Dit comme cela l’ensemble peut paraître pour le moins inintéressant et banal, mais c’est dans les recoins de cette soi-disant normalité que se cache tout l’intérêt du film. Lors d’un voyage au Soudan pour aider les gens s’y trouvant, Childers se retrouve confronté à l’horreur de la situation inhérente à la guerre civile déchirant ce pays. Dans ce genre de cas précis, il n’y a pas beaucoup d’alternatives, la première serait de faire l’autruche et de passer son chemin comme si de rien n’était, la seconde serait d’essayer d’agir en tant que bénévoles, la dernière serait de mélanger la 2e avec une version plus musclée. Tout aussi chrétien qu’il soit devenu, Childers n’en oublie pas son passée de gangsters, sa connaissance des armes aussi. Une donnée hybride donnant naissance à celui que les locaux ont très vite nommé le « White Preacher »

Un tel personnage avait tout pour voir sa vie, prendre forme sur grand écran. Incroyable de par sa métamorphose et prise de conscience de ce qu’il peut se passer loin de son pays, Childers est un vrai personnage dramatique assez fort. Le film joue sur ce point sans jamais vraiment en faire un pur héros. Il a des parts sombres et pas qu’une…il tue, il se montre violent. Mais, comme la suite du récit le montre, il évolue aussi, s’humanise et réussit à canaliser la haine qui coule en lui pour l’utiliser à bon escient. Tout ce terreau narratif est pris en compte par le réalisateur Marc Forster qui trouve ici un moyen assez habile de mixer drama et film d’utilité publique d’une certaine façon. Le drame qui se passe loin des yeux du monde du côté du Soudan passe totalement inaperçu. Ces dernières semaines avant que la vidéo sur Kony et les massacres de civils et autres ne fassent le tour du web, j’étais comme beaucoup, une sorte d’ignorant volontaire face à cette situation catastrophique. La force de ce film est qu’au travers de l’utilisation de code cinématographique classique, il réussit à retranscrire de façon assez sobre et parfois sèche, la violence monstrueuse qui se déroule là bas. L’ensemble finissant par rendre encore plus logique et compréhensible la mutation du personnage principale. L’autre point fort est que le réalisateur prend le temps de mettre en face de nous un personnage qui face à l’énormité de la tâche se dressant devant lui se montre faillible à plus d’une reprise, loin des clichés Hollywoodiens basiques que l’on aurait pu craindre, l’évolution se fait de façon croissante tout en servant l’histoire et notre ouverture d’esprit à ce monde si proche du notre au final….

Gerard Butler malgré mon appréhension de départ réussi à donner au personnage toute l’animalité dont il a besoin pour exister sur l’écran. Car, malgré les bonnes actions dont il se rend « coupable » le personnage de Childers garde au fond de lui une bestialité assez inquiétante qui ne demande qu’à exploser. Sa foi lui permet de la canaliser, mais pas de l’effacer. Elle reste bien vivace et désormais uniquement diriger contre ceux se mettant entre lui et l’accomplissement de sa mission. Paradoxe humain, à la fois prédicateur et bras armé d’une foi peu commune, l’acteur réussi à naviguer sans cesse d’un extrême à l’autre. Aussi détestable que fascinant, ce personnage et ce qu’il accomplit ( aller récupérer des enfants kidnappés ) pour sauver des enfants laisse pantois dans le fond. Sortie dans une indifférence assez flagrante et ne bénéficiant pas forcément de la couverture qu’il mérite pour sa sortie en dvd Uk, le film de Marc Forster se montre définitivement utile. Un bel exemple de cinéma utile qui dépasse le simple statut de film à mettre dans la case « biopic ». À voir.

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