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[Critique] Lou,journal infime- Julian Neel- critique du film

Lou est une jeune fille créative et rêveuse d’une douzaine d’années. Elle vit seule avec sa mère, Emma, qui a mis de côté sa vie de femme ces dernières années pour se consacrer à l’épanouissement de sa fille. Leur cocon confortable cache malgré tout quelques failles : Emma stagne et glisse doucement vers la mélancolie alors que Lou est obnubilée par Tristan son petit voisin, délaissant sa bande de copains… Leur bulle éclate alors qu’Emma entame une renaissance amoureuse et qu’un premier baiser fait rentrer Lou dans les années enivrantes de l’adolescence.

Parfois, il m’arrive de partir voir un film sans strictement rien savoir de l’univers dont il provient. Dans le cas de Lou, journal infime, je savais vaguement qu’il s’agissait d’une bd, mais guère plus. En gros, je n’avais pas d’idées précises sur ce qui m’attendait. Un statu quo au final des plus appréciables, car on part l’esprit léger. Et c’est bien ce mot qui définit le mieux l’esprit de Lou, journal infime. Très proche des anime japonais d’antan dans sa façon d’être et de mélanger les genres, styles et ambiance, le film de Julian Neel est un véritable Ovni dans le bon sens du terme. Complètement barré et souvent inclassable, il surfe sur les attentes du public pour faire voler rapidement en éclats l’ombre envahissante d’une pluie de clichés. Jouer avec des ados et tenter de décrire leur univers sans se prendre un mur en plein vol n’est pas simple, sauf dans le cas Julian Neel qui en agrémentant l’univers de Lou, d’adultes aussi farfelues et attachant qu’elle rend encore plus solide son point de vue. Humaine et réaliste dans son jugement de ceux qui l’entourent et surtout sa mère, la jeune Lou a pourtant du mal a faire preuve d’autant de bons sens quand on en vient à son cas. C’est d’ailleurs sur cela que se tisse le cœur du film. Cette volonté délibérée de cette gamine de reconstruire les autres et par ricochet l’univers qui l’entoure pour se donner en bout de course le courage de fixer le sien.

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Au milieu du très bon casting de Lou, journal infime, la jeune Lola Lasseron apporte un petit plus non négligeable, celui de porter sur ses frêles épaules le film. Narratrice et point d’ancrage de toutes les vies d’adultes et d’ados gravitant autour d’elle, il fallait que cela fonctionne quoiqu’il arrive. Drôle, naïve, tête à claques et profondément mature par d’autres instants, elle balaye un spectre des sentiments assez large. Le script la pousse dans ses retranchements en ne cessant de jouer la carte des différentes couches de lectures. Car c’est en effet un des points forts de cet étrange petit film qu’est Lou, journal infime. Portrait d’ados en mal de repères, d’enfants devenant adultes et se cherchant tout comme d’adultes refusant de grandir et décidant de s’assumer au contact de ces enfants… Lou, journal infime explore l’écosystème de la famille sous le prisme déformant de l’enfant et des parents. Comment les deux cohabitent et s’observent pour mieux apprendre l’un de l’autre et par la même occasion juste se comprendre.

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Ludivine Sagnier et Kyan Khojandi dans ce rôle des amoureux improbables fonctionnent bien mieux que je ne le pensais. Au travers d’eux et de l’élément « destructeur » que représente Nathalie Baye dans le rôle de la grand-mère de Lou, ces adultes apportent une véritable profondeur supplémentaire au récit. Chose importante permettant d’élever le récit au-delà du simple statut d’histoire pour ados. La difficulté d’être adulte comme ados est ici mise en face à face via le portrait de cette mère et de cette fille, dont bien souvent on vient à penser que les rôles sont toujours inversés. Kyan Khojandi apporte une fraicheur et maladresse rafraichissante dans l’histoire. Développant un sens de l’émotion assez fort malgré son économie de paroles ou d’actions, il offre au quota adulte du film un relief assez plaisant. Ovni totalement assumé, le film de Julian Neel se déguste comme un bon vin, on en découvre les saveurs au fur et à mesure qu’on se laisse entrainer. C’est inattendu et savamment délicieux. La presque parfaite recette de la bonne surprise en quelque sorte.

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