Critiques de films

[Critique] Looper – Rian Johnson – Critique du film

Dans un futur proche, la Mafia a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les « Loopers ») les éliminent. Un jour, l’un d’entre eux, Joe, découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 20 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…

Looper rentre dans la catégorie des films dont le buzz entourant la sortie avait de quoi inquiéter et quand je dis cela, je parle du genre de celui qui peut s’avérer contre-productif et bruler les ailes. Surfant sur un face à face d’acteurs pour le moins intrigant et une base jouant sur le voyage dans le temps, le film avait tout pour exploser en vol. La bonne surprise est que dans l’ensemble, il réussit largement à surprendre vu que pour une fois le marketing du film à été très intelligent, le cœur de l’histoire n’étant pas du tout dans les trailers. Oui Looper n’est pas un gros film bourrin fantastique, loin de là même. On est plutôt dans un drame fantastique prenant le prétexte des voyages dans le temps pour se risquer à créer une histoire pour le moins déstabilisante. Pourquoi ? Tout simplement pour la simple et bonne raison qu’elle ne cesse de danser d’un pied sur l’autre et de réussir à faire voler en éclats les appréciations que l’on peut avoir sur les personnages principaux. On les prend pour des monstres, mais l’on comprend les raisons de ces actes et l’on se met soudain à douter. Qu’aurions-nous fait ? On s’identifie et pire que cela on s’attache. Mais surtout et c’est là la force du scénario, on réfléchit à toutes les possibilités et l’on se met alors à réaliser o combien le film de Rian Johnson, non sans éviter quelques écueils, réussit malgré tout à offrir une expérience assez brillante.

Car, même si effectivement le film souffre de quelques menus frustrations concernant des aspects de sa mythologie qu’il n’aborde qu’en surface, il faut bien reconnaître qu’il corrige brillamment le tir en s’accordant à développer assez intelligemment le personnage de Joseph Gordon Levitt qui ici se paye le luxe de continuer une ascension assez impressionnante. Acteur caméléon, il se glisse dans la peau de Bruce Willis et livre une performance de mimétisme qui n’est pas sans rappeler celle accomplie par John Travolta et Nicolas Cage dans Face Off, on oublie l’acteur sous les prothèses et l’on s’attache à ce Joe et son parcours qui fondent une des parties centrales narratives du film. Face à soi-même peut-on changer et évoluer. Les choses ne sont jamais comme on croit qu’elles sont. Rian Johnson s’amuse dans le face à face des deux Joe ( Willis et Levitt) à sans cesse brouiller les pistes faisant évoluer les deux  personnages vers des trajectoires diamétralement différentes, ce sous les yeux de spectateurs qui finissent par ne plus savoir à quel timeline se vouer. Les paradoxes du film sont en fait légion et c’est au final quand on arrive à celui représentant le nœud caché de l’histoire que celle-ci s’emballe. Son interaction et impact avec l’histoire des Joe et la confrontation qui en découle façonne l’histoire d’une manière assez fascinante. En soi, ce qui se passe dans le film n’est pas révolutionnaire et le réalisateur se prend parfois les pieds dans certains de ses aléas temporels, mais l’histoire du grand méchant du film est ce qui fait à vrai dire son identité.

Et c’est comme le dit la légende quand un méchant est bon que l’histoire gagne en puissance. Ce qui est le cas ici , car non content d’être bon, ce dernier est humain. Tout comme l’un des Joe, ce qui le motivera à commettre des atrocités part d’un sentiment presque noble. C’est en jouant sur ce concept que Rian Johnson s’amuse à pervertir la notion/ conception que l’on se fait du héros, et ce, jusqu’à la fin du film. Looper est une expérimentation, le genre de celle qui prenne le genre fantastique et s’en servent pour tout sauf en mettre plein la vue, mais bel et bien créer une histoire qui sorte du lot. Un peu comme dans les univers que créait Philip K Dick ou tant d’autres, le genre est un accessoire, mais les personnages sont quant à eux le moteur principal de la chose et c’est le cas ici. Looper est surprenant sur ce point d’ailleurs, celui de réussir à aller là où on ne l’attend pas forcément. Ce ne sont pas les théories sur le voyage dans le temps qui sont fascinantes, mais bien la confrontation entre les deux Joe et les raisons à plusieurs années d’écarts qui les font se ressembler et être si différent à la fois. Pris dans la spirale du chaos de ce personnage principal, le spectateur se retrouve en plein milieu de l’œil du cyclone et c’est au final le meilleur poste d’observation qui soit. Sans être le Matrix de cette décennie comme le disaient les critiques américains, Looper n’en reste pas moins un film brillant et sans nul doute, l’un des films fantastiques les plus intéressants de ces dernières années. À voir définitivement !

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