Critiques de films

[Critique] L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet -Jean Pierre Jeunet -Critique du film

T.S. Spivet, vit dans un ranch isolé du Montana avec ses parents, sa soeur Gracie et son frère Layton. Petit garçon surdoué et passionné de science, il a inventé la machine à mouvement perpétuel, ce qui lui vaut de recevoir le très prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington. Sans rien dire à sa famille, il part, seul, chercher sa récompense et traverse les Etats-Unis sur un train de marchandises. Mais personne là-bas n’imagine que l’heureux lauréat n’a que dix ans et qu’il porte un bien lourd secret…

S’engager dans l’univers de Jean Pierre Jeunet, c’est s’attendre à être surpris, émerveillé et ressortir avec un sourire de la taille du Nevada sur le visage. Ces derniers temps et surtout avec son dernier opus « Micmac… » autant dire que la déception avait été présente. Je n’attendais rien de « Ts Spivet » et d’une certaine façon c’était une bonne chose. Naviguant sur la vague de la 3d et des films réussissant à magnifier cette dernière pour mieux l’utiliser comme outil narratif que technique, j’attendais de voir avec curiosité le résultat dans les mains de Jeunet. Je dois dire que le résultat est assez difficile à définir et de ce point de vue je tempère mes propos vu que la 3D de Jeunet si on la compare a ce que d’autres ont fait est certes belle et pas trop agressive, mais j’avoue n’avoir pas forcément été toujours émerveillé. Le réalisateur réussit le tour de force de la faire oublier très rapidement pour que l’on ne se focalise plus que sur l’histoire du jeune garçon. Techniquement parlant, il n’est pas question de minimisé le tour de force qu’est de réaliser un film en 3D, mais si l’on met sur un pied d’égalité Ang Lee et Jeunet dans la façon de traiter la 3D comme outil narratif, Lee en fait un usage beaucoup plus fantasmagorique et merveilleux. Jeunet lui magnifie son décor pour transposer la vision d’un monde presque de carte postale, comme le verrait le jeune T.S Spivet. L’utilisation fonctionne à merveille le premier tiers du film, mais devient beaucoup plus en retrait dès que l’action prend vie.

Mes propos semblent tailler en pièce la partie artistique du film, ce n’est pas le cas. D’une certaine façon Jeunet à fait parfois à mes yeux mieux en cinéma traditionnel, cela ne change pas le fait que TS SPIVET reste un film très sympathique. La raison majeure au-delà de son histoire simple et efficace et de ses dialogues ciselés résident dans son jeune acteur Kyle Catlett. Laisser un acteur aussi jeune porter sur ses épaules un film aussi large n’est pas une chose simple, cela nécessite que le récit repose sur des fondations en béton, mais surtout que le talent du jeune garçon soit énorme et c’est le cas. Gueule d’ange comme Hollywood sait en produire pour aussi vite les digérer quand ils essayent de durer Kyle Catlett illumine le film de bout en bout. Alors oui d’une certaine façon on pourra mettre en avant que de par son ciblage très jeune public, le dernier Jeunet est peut-être parfois trop simple, mais ce serait nier l’émotion sans faux pas qui se dégage de cet acteur et du récit qui l’entoure et c’est ici que le film joue sa plus belle carte. Mettant en image ce récit initiatique avec une certaine folie et douceur qu’on lui connaît bien, Jean Pierre Jeunet revient à quelque chose de plus simple, peut-être moins ambitieux que d’habitude, mais pas forcément moins poétique.

Maintenant la question est de savoir 3D ou pas ? L’avis évoluera d’une personne à l’autre et la notion d’utilité narrative aussi. Dans mon cas, j’ai plus été touché par le fond que par la forme. Les acteurs, l’univers et le petit plus que Jeunet insuffle pour donner vie à l’ensemble m’ont parler. Mais est-ce que mon avis aurait été différent si je l’avais vu en 2D ? Franchement, j’avoue ne pas forcément savoir, mais est-ce un vrai drame ? Le film réussit à avoir du fond et qui plus est s’avère solide. Ce qui en soit est une excellente chose vu l’incroyable nombre de ses congénères qui s’enfonce dans la 3D pour palier la maigreur du script. Ce n’est pas le cas ici et tant mieux. Un Jeunet mineur, mais très sympathique malgré tout.

1 Comment

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    feufol
    octobre 21, 2013 at 4:40

    Je l’ai vu dimanche.
    Et sans refaire l’éternel débat « le bouquin était mieux que le film », j’ai trouvé ca très mignon, mais sans plus.
    Le bouquin était un foisonnement d’inventivité (truffé de notes en marge, de cartes de plans et de dessins, à l’image des carnets utilisé par le héros) et j’ai trouvé que Jeunet avait vraiment omis d’exploiter ces idées, qui auraient pu l’amener à faire un film plus riche.
    Il en reste une jolie adaptation, malheureusement pas inoubliable.

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