Critiques de films

[Critique] Les marches du pouvoir- George Clooney- Critique du film

Stephen Meyers est le jeune mais déjà très expérimenté conseiller de campagne du gouverneur Morris, qui se prépare pour les élections à la présidence américaine. Idéaliste et décidé à faire honnêtement tout ce qu’il peut pour faire gagner celui qu’il considère sincèrement comme le meilleur candidat, Stephen s’engage totalement. Pourtant, face aux manipulations et aux coups tordus qui se multiplient vite, Stephen va devoir faire évoluer sa façon de travailler et de voir les choses. Entre tentations et désillusions, les arcanes du pouvoir le transforment…

La chose que je trouve fascinante avec George Clooney est de la voir évoluer avec le temps. Son style s’affine, son aura de réalisateur grandit à l’unisson avec celle d’acteur, le tout formant un Clooney que l’on ne cesse de prendre plaisir à découvrir ou redécouvrir. Vient ensuite la façon dont il aborde ses sujets et s’y engage sans arrière pensé, il s’en imprègne et fait en sorte de les magnifier à l’écran. Quand il porte un projet, on sent que ce dernier n’est pas qu’une simple affaire commerciale. George Clooney au-delà de son aspect gagman dans la vie de tous les jours est un auteur de talent et un réalisateur brillant. Les marches du pouvoir, sa dernière réalisation en date est une fois de plus là pour appuyer sa courbe de croissance artistique. Oui les marches du pouvoir est une nouvelle pierre à l’édifice de sa brillante carrière.

La 1ere chose qui frappe ici est le ton du film. Vous savez les petites choses qui se lisent entre les lignes. À la fois très critique contre les politiques de son pays et le discours préfabriqué qu’ils débitent avant les élections, Clooney dresse ici un tableau assez sombre de son pays. Ancien fan d’Obama à l’époque de son élection, on en vient presque à se demander si la critique larvée de l’establishement politique américain ne peut s’étendre jusqu’à l’actuel président des États-Unis. Comme réalisateur, Clooney décide d’étudier dans les moindres rouages le déroulement d’une campagne. Qu’est-ce que cela implique et coute aux hommes qui y participent ? Que se cache-t-il derrière l’appareil et l’image médiatique ? Autant de questions que l’on ne se pose pas forcément. Pourquoi ? Juste à cause du fait que nous sommes au spectacle. Ces hommes nous écoutent activement, nous les adorons passivement, ils se servent de nos attentes et désirs pour tirer les cordes sensibles de chacun. Le tout dans le seul but de gravir ces marches du pouvoir. Une lutte permanente pour y accéder le premier, quitte à tuer quiconque se mettra en travers de son chemin.

C’est ici que le personnage de Ryan Gosling intervient. Idéaliste et naïf autant qu’arrogant, il pense pourtant avoir découvert en la personne du candidat qu’incarne Clooney une sorte d’échappatoire au cynisme ambiant. Un adepte du parler vrai, le genre de type capable de motiver un pays à aller de l’avant. La naïveté qui caractérise ce personnage va vite se heurter à la dure réalité du métier et du monde qui l’entoure. Plus le temps passe et plus les derniers reliquats d’idéaux de changements résidants dans le personnage de Gosling s’effacent. La chose encore plus tragique à voir est l’évolution de ce personnage. De gentil salaud, il devient une pure ordure sans pitié par la force des choses. Manger ou être mangé. Clooney dresse ici un portrait aussi réaliste que glaçant des dessous d’une campagne. La force de son film est de toujours rester dans une zone rouge du réalisme qui rend le cœur de l’histoire encore plus glaçante. Jouant sur la force du scénario et le brio de son casting, les marches du pouvoir finit très vite par décrocher avec brio le statut de film politico réaliste de la fin de l’année. Là où la conquête sombrait dans le n’importe quoi en naviguant dans les mêmes eaux, le film de Clooney ne perd jamais de vue sa ligne de conduite.

S’améliorant de film en film, Clooney signe ici définitivement son meilleur film. À la fois, brillant sur le fond et très intelligent sur la forme, les marches du pouvoir sont une charge violente en filigranes contre la politique de son pays. Est-ce que Clooney a perdu tout espoir en ses dirigeants ? On peut le croire si l’on lit entre les lignes, où cherche-t-il à ouvrir les esprits sur des carences encore en vigueur dans le jeu de la politique. L’œil du public a besoin de quitter le stade passéiste dans lequel les médias l’enlisent, les marches du pouvoir montrent les coulisses de ce petit monde sous la forme d’un appel à ouvrir les yeux. La réalité la plus évidente est bien souvent celle que l’on cache sous le tapis pour ne plus la voir. Froid, réaliste et passionnant de bout en bout, le dernier film de George Clooney assoit définitivement son statut de réalisateur indépendant et brillant. Une belle réussite.

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