Critiques de films

[Critique] Les infidèles- Jean Dujardin – Critique du film

Les infidèles avait le potentiel d’être un pétard mouillé. Il est vrai que les films à sketchs sont la plupart du temps inégaux. Alternance entre le meilleur et le plus banale, on est rarement ultra satisfait en sortant de ce genre de productions. Ajoutons à cela que le marketing du film le vendant comme une très grosse comédie, chose vendeur en pleine frénésie Jean Dujardin, le film pouvait effectivement décevoir ceux qui comme moi s’attendaient à autre chose. Car autant être honnête, le film n’est pas forcément ce que je pensais découvrir, cynique, tendre et voir même par moments franchement hardcore dans sa dépiction de la misère sexuelle de certaines personnes, il y a une sorte d’hommage volontaire ou non au mordant de Bertrand Blier. J’entends par là que l’ensemble peut sembler diablement vulgaire, cru ou creux, mais que si l’on fait l’effort d’aller au-delà des apparences, on se rend compte que sur plus d’un point le film touche un peu certaines cordes sensibles.

Alternance entre humours graveleux et prévisible, le film contient aussi des petites perles. Duo assez improbable, Dujardin et Lelouche doté du même potentiel comique réussissent à former une osmose à l’écran assez efficace. Mais c’est surtout au travers du regard des différents réalisateurs que les deux compères brillent de mille feux. Traiter de l’infidélité au cinéma sans se prendre les pieds dans le tapis et tomber dans le grivois basique et sans intérêts n’est pas forcément simple. Bon nombre de réalisateurs ont pris la décision de jouer sur ce terrain sans en avoir étudier correctement la topographie, résultat des courses, ils errent encore et nous autres spectateurs avons toutes les peines du monde à se souvenir encore ne serait-ce même que vaguement de leurs films. Conscient de ce risque, les Infidèles joue une carte dangereuse, jusqu’à l’extrême. Celle du mélange des genres. C’est à la fois la force et la faiblesse du film. Le rythme en pâtit et l’on peut se retrouver un peu à la rue par moment. Encore faut-il bien souvent avoir la patience de laisser l’histoire se dérouler pour arriver jusqu’à son climax.Moment nous laissant voir o combien il était nécessaire d’attendre pour prendre en frontal l’ensemble du petit manège. Le segment où l’ont retrouve Dujardin en VRP minable prêt à tout pour avoir une relation sexuelle est aussi froid et dérangeant que dramatiquement drôles dans son approche de la chose.

C’est une des marques de fabrique de ce film à sketches, ne pas faire de détails avec le bon sens. La morale est un fardeau, les convenances un boulet. Du coup s’en défaire est la seule alternative et les réalisateurs qui se suivent aux commandes l’ont compris. Certes le sketch de fin fait par Dujardin est une gigantesque blague potache, mais cela n’empêche pas le film d’avoir quelques pépites qui donneraient presque lieu à des films vraiment bon. L’un d’eux racontant l’erreur de parcours d’un dentiste avec une jeune ado et le 2e mettant en scène Dujardin et sa femme Alexandra Lamy dans une dispute sans pareille autour du thème de…l’infidélité. La force ultime de ce segment tient dans le malaise que le fait de les savoir en couple dans la vraie vie ainsi que la sobriété du jeu appuie encore plus là où cela fait mal. Homme ou femme, le malaise est perceptible et compréhensible d’un côté comme de l’autre. C’est lorsqu’il se fait plus doux que le film arbore une deuxième couche de sentiments que je ne pensais pas vraiment trouver chez lui. Cela ne l’empêche pas pour autant de donner dans l’humour gras qui tâche. Manu Payet trouve encore ici une occasion en or de montrer son potentiel comique avec un personnage haut en couleur.

À la fois très fidèle à la grivoiserie française old school et capable de sortie de routes beaucoup plus fines, les Infidèles surprend et déstabilise. Exemple parfait d’un film avec un marketing vendant une chose que l’on ne trouve pas forcément en salle, cette théorie de la tromperie est d’une certaine façon assez bénéfique. Déstabiliser le spectateur, lui faire perdre ses repères et l’amener à se laisser emmener dans une farandole cynique. Voilà un programme que je n’avais pas prévu et qui pourtant porte ses fruits. On réfléchit et analyse plus souvent qu’on ne rit. On compare parfois avec sa vie et au final on sort un peu entre deux rives. Spectateur du combat se déroulant dans notre tête entre notre nous et le cinéphile passif. Les deux débattant sans cesse encore et encore de la limite entre vrai et faux au niveau de l’inspiration face à ce qu’ils ont vu. Non tous les hommes ne sont pas ainsi, mais l’on est jamais à l’abri d’une sortie de route. Homme ou femme d’ailleurs.

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