Critiques de films

[Critique] Les derniers jours- David et Alex Pastor- Critique du film

Depuis la propagation d’un étrange et foudroyant virus, le monde est devenu terrifiant : sortir est désormais impossible. Dans leurs maisons, leurs bureaux, les gares, les gens sont condamnés à vivre cloitrés et doivent se battre pour leur survie. A Barcelone, Marc, piégé dans son bureau, se retrouve séparé de sa femme Julia. Contraint de faire équipe avec Enrique, son pire ennemi, il part à sa recherche dans les entrailles de la ville …

Le cinéma Espagnol est pour moi un des derniers en Europe à garder une foi débordante dans le 7e art et le pouvoir que ce dernier a encore de surprendre, terrifié, intrigué. Malgré un système de production bien plus malade que le notre, le cinéma espagnol réussit dans le domaine du fantastique et du social à tailler des croupières à bon nombre de ses concurrents. Les frères Pastor avec leur nouveau film fait pour un budget au final assez faible réussissent à donner naissance à quelque chose d’assez touchant dans le fond. Humaniste sur l’avenir et pessimiste sur les reliques du présent, le film des deux frères n’est pas dans sa grande majorité, l’œuvre la plus joyeuse qu’il vous sera donné de voir. Mais, s’arrêter au premier ressenti serait une faute grave vous poussant du coup par la suite à passer à côté de toute la beauté se cachant dans les recoins de ce petit film.

Le regard des frères Pastor sur notre société au travers de ce film est en grande partie lucide et à la fois déprimant. Pris au travers du prisme du monde du travail, ils cristallisent les non-dits et autres dégâts inconscients que la vie professionnelle et par extensions nous même nous infligeons. Distanciation avec le monde tel qu’il est, éloignement avec nos proches. On les perd de vue en espérant les protéger ou du moins leur mode de vie via ce travail qui nous aliène. La ville n’apparaît alors plus que comme un ensemble aseptisé et froid que l’on finit par ne même plus regarder. Ce du moins jusqu’à ce que ce comportement se transforme en quelque chose de nouveau, une phobie, une peur du dehors. Coupée du monde et ne vivant plus qu’au travers d’écran pour le travail, cette population a perdu son âme et son humanité. Utilisant ce point de départ pour jouer sur le tableau de la romance légère et du social un peu plus lourdement, les frères Pastor n’oublient pas pour autant de faire en cela en rendant hommage au cinéma de bricoleur. Car quand on sait que le film n’a été fait que pour 5 millions d’euros ( ce qui pour le résultat est peu) on s’avère pour le moins sous le charme. Mais au-delà de la réalisation et du scénario, c’est justement la façon de dépeindre cette déchéance de notre société perdant les repères les plus élémentaires que le film tire une partie de sa force.

Jonglant avec un budget pour le moins restreint rapport à la taille des ambitions du récit, les frères Pastor empruntent les chemins de traverse et reconnectent l’humanité perdue de ces personnages au travers d’une quête révélatrice. La chose amusante est de voir au travers de cette dernière la tournure pour le moins ironique qu’elle prend. Les moindres éléments de notre quotidien et icône de notre société ( centre commercial, église, métro) deviennent des passages via lesquels les deux héros réussissent à retrouver vaguement morceau par morceau des bribes d’humanité. Le tout culminant vers un final à la fois désabusé sur notre époque et humaniste sur la suivante. Imparfait au regard des standards hollywoodiens que peut attendre une partie du public, le film des frères Pastor mélange les influences pour mieux au final offrir au spectateur une sorte d’expérience un poil bâtarde, mais pas dénuée d’intérêts. Mais au-delà de ces qualités et défauts, ce film ainsi que les autres le précédent dans son pays, confirme l’insolente créativité et vitalité d’un cinéma espagnol dont le système de production  est bien moins vaillant que le nôtre. Ce qui ne les empêche pas de briller même si cela doit se faire avec trois fois rien. À quand la même chose en France ?

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