Critiques de films

[Critique] Le territoire des loups- Joe Carnahan- Critique du film

Le territoire des loups est un film paradoxal. Pourquoi ? C’est simple, j’ai rarement vu un survival être aussi nihiliste dans son fondement. Chose que le final accentue encore plus. Difficile de bien définir à quel point la dualité entre ces deux extrêmes ne cesse d’envelopper successivement le film ainsi que ses personnages. En bout de courses, cela offre au film, une saveur toute particulière. On est très vite pris à la gorge par le côté pesant et le sentiment de mort qui marche dans notre ombre. Ces loups qui poursuivent les pauvres survivants sont à la fois hypnotique et la parfaite incarnation de cette peur parfois immatérielle de la mort. Carnahan en retrouvant une nouvelle fois Liam Neesson lui offre un rôle en or que l’acteur se fait un plaisir comme un devoir de mettre en forme brillamment. Le malaise qui habite son personnage est la clé de voûte de l’histoire. Pourquoi est-il là ? Veut-il encore vraiment vivre. N’y a-t-il pas en lui une infime partie de mort qui l’habite. La confrontation méthodique qu’il a avec ses loups et la façon dont il va chercher au fond de lui une rage et une énergie inattendue donne au territoire des loups suffisamment de cartouches pour sortir du lot. Le jeu d’acteur tout comme la réalisation et l’ambiance que Carnahan a créer rendent l’ensemble tout simplement magnifique.

La base du survival est de mettre des individus que tout oppose en « équipe » et de les lancer dans un environnement hostile, où ils n’ont que peu de chances de survivre. Carnahan prend cette règle de base et la pervertit en cour de route jusqu’à laisser planer un énorme doute quand le final arrive. Quelles étaient les motivations du personnage principal . L’ombre de la mort plane sur tout le film, aussi bien de façon métaphorique au travers des états d’âme et souvenirs du héros que de ces loups rôdant sans cesse autour des survivants. Le réalisateur met en place une lente et oppressante situation de mort imminente pour le groupe de survivants. On vient à espérer le sauvetage et dès que ce feeling se fait trop fort la situation prend une tournure encore plus sombre. Que ce soit dans l’utilisation des décors, l’oppression faite via l’imaginaire…le hors champ joue pour beaucoup aussi, le réalisateur crée une tension implacable.  Le héros du film affiche sans cesse une telle montagne de faiblesses et fissures que l’on s’interroge sur le comment du pourquoi, il réussit encore à tenir debout et surtout s’il ira jusqu’au bout de sa volonté de sauver le groupe. Le voyage qu’il leur fait entreprendre pourra être vu de différentes façons. Sous l’angle du sauveur affrontant la fatalité ou bien du nihiliste conscient de sa mort certaine et désireux de partir dans un coup d’éclat. La force du film est de ne justement jamais mâcher le travail au spectateur. Ce dernier se voit offert l’occasion de réfléchir et d’interpréter par lui-même. Cela fait du bien de voir un réalisateur prendre le risque de « frustrer » le spectateur.

Porté de façon magistrale par Liam Neeson, le film prend une tournure assez particulière quand on réfléchit à l’histoire de l’acteur qui lui-même avait perdu sa femme il y a quelques années. Le parallèle entre le personnage et l’homme derrière l’acteur devient alors très ténu. Ce qui rend l’interprétation de Neeson aussi bien dans le « physique » que dans « l’émotion » assez poignante. Les deux niveaux de lecture donnent encore à ce film. A la fois spectaculaire et n’oubliant pas sur le bord de la route les fans d’actions et surtout très mélancolique et voir même pessimiste en diable, le territoire des loups est une surprise de taille. Le genre de films qui se faufile entre les gouttes en s’habillant comme un blockbuster pour tromper la vigilance des producteurs et en bout de course frôle dangereusement avec le film d’auteur. On en ressort ne sachant pas forcément comment définir correctement l’Ovni que représente ce film. Ce que l’on sait par contre est qu’une fois de plus Carnahan en compagnie de Neeson à réussit un tour de force : rendre ses lettres de noblesse au terme « badass », donner une aura monstrueuse à des loups que l’on ne voit quasiment jamais (Syndrome Jaws…) et foutre la pression aux spectateurs. Du grand et bon cinéma de genre. À voir !

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