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[Critique] Le secret – Pascal Laugier – Critique du film

Chaque année 750 000 enfants disparaissent aux États-Unis. La plupart d’entre eux sont retrouvés dans l’heure ou les jours qui suivent. En revanche, 0.3% d’entre eux disparaissent à jamais sans laisser de trace.A Cold Rock, petite ville minière isolée, plusieurs disparitions suspectes ont été répertoriées ces dernières années. Chaque habitant semble avoir sa théorie sur le sujet, mais pour Julia, qui fait office de médecin dans cette ville sinistrée, ce ne sont que des légendes urbaines. Une nuit, son fils de 5 ans est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. Elle se lance à sa poursuite sachant que si elle le perd de vue, elle ne reverra jamais son enfant.

Ma première rencontre avec le cinéma de Pascal Laugier s’était faite au travers de Saint Ange, un film assez esthétisant et possédant un univers assez intéressant, mais dont le cœur narratif peinait à convaincre sur la longueur. Entre temps, Martyrs a réussi à s’attirer les louanges de pas mal de monde, mais j’étais pour je ne sais quelle raison passer entre les mailles du filet. Puis arriva ce secret…un trailer intriguant, une affiche attisant ma curiosité. Voilà qu’il n’en fallait pas plus pour que je saute le pas et me retrouve à nouveau dans l’univers de Pascal Laugier. Malheureusement une fois de plus comme pour Saint-Ange même si la forme et le talent de mise en scène demeure, c’est toujours sur la narration que monsieur Laugier trouve un problème de taille. Le secret se divise presque en 3 genres bien distincts. Chacun allant de pair avec une partie du film, chacun fonctionnant dans son genre, mais jamais les uns avec les autres… Le manque de lien solide entre chacune de ces parties est ce qui tue dans l’œuf le potentiel du film et en fait en bout de course un objet aussi intrigant que bâtard.

Le mot peut avoir une connotation péjorative, mais je pense qu’elle a prendre avec des pincettes ici. Non Le secret n’est pas un ratage en soi, c’est un film souffrant d’une narration maladroite. Le genre de celle à qui il manque une main de fer pour contrôler la direction dans laquelle elle nous dirige. Jamais certain a 100% du ton à donner à l’histoire, Laugier joue le jeu de la fausse piste, brouille les cartes, tente d’emmener son spectateur vers un genre en particulier, se rendre compte de son erreur, rebondir dans un autre, voir que cela ne marche toujours pas et finir a plusieurs kilomètres de son point de départ à force de détours. Quelle est la base sur laquelle repose ce secret ? Une notion, un cœur assez similaire à Saint Ange d’une certaine façon. Le réalisateur tente d’élargir le champ d’impact en changeant les points de vues, là où Saint Ange était plus sous l’angle de la mère, Le secret oppose ce point de vue avec celui de l’enfant. Le tout dans un chaos parfois assez incompréhensible ou juste mal développé et c’est justement là que le bât blesse. Pourquoi ? Car même si le film n’est pas forcément solide en soi, les bonnes idées abondent et l’on se lamente assez vite que plus d’attentions n’est pas été mis dans les finitions. Un constat qui ne fait qu’appuyer le bordel narratif que devient le film. Un peu à l’image du remake de Solaris par Soderbergh, Laugier se perd en conjectures pour au final exprimer quelque chose de simple et presque beau. Du moins, qui aurait pu l’être si à force de tourner autour du pot, le réalisateur n’avait pas perdu ses spectateurs en route depuis la moitié du film.

Laugier aime les femmes et les maltraite autant qu’il les magnifie à l’écran.Mère ou tortionnaire… Dernière victime consentante en date Jessica Biel. Rôle majeur du film, son personnage souffre du déséquilibre mis en avant plus haut. Actrice de talents malgré tout son interprétation donne l’impression d’être issue de 3 versions différentes du film mises bout à bout. C’est à chaque fois parfaite et une humanité particulière se dégage de ces parties, mais cela n’empêche qu’elles ne vont pas ensemble et l’on se demande du coup où voulait vraiment en venir le spectateur en clôturant son film sur un parti pris assez « radical » en terme d’éthique. La chose est amenée avec tellement peu de préparations ou juste d’ossature qu’elle perd de sa force de frappe à l’impact. Abordant un thème grave et intéressant pour en tirer un film de « genre » avec un fond, Pascal Laugier rate son coup et dégaine un objet atmosphérique et froid qui malheureusement manque de cœur ou juste de fond. Ce qui finit du coup par rendre l’entreprise terriblement vaine et mal construite. Dommage.

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