Critiques de films

[Critique] Le Samouraï – Jean Pierre Melville – Critique du film

Le film policier à l’ancienne, j’entends par là régit par des codes qui n’ont plus lieu d’être aujourd’hui se fait totalement anodin de nos jours. Je parle d’un temps où les gangsters à l’écran avaient autant de moral et de classe que les réalisateurs les mettant à l’image dans des polars pas courants. Aux 4 coins du monde, les ambassadeurs de ce style de films furent légions, mais en France dans ce domaine un nom revient et reste dans les esprits : Jean Pierre Melville. Artisan brillant, cinéaste de génie, le cinéma français dans ce domaine lui doit quelques perles et l’une d’elles se nomme le Samurai. Prélude du film The Killer par John Woo, Melville développe un univers aussi poisseux que particulier ou Delon ici encore habité par une aura qu’il n’a désormais plus que dans des vieux morceaux de pellicules, trouvent un de ses plus beaux rôles. Melville a tellement marqué de son empreinte une génération de réalisateurs qu’aujourd’hui encore son aura continue de se ressentir dans leurs œuvres. Chef-d’œuvre parmis tant d’autres d’une filmo sans pareil, le samurai fait partie de ces films que l’on peut revoir encore et encore sans se lasser.

Jeff Costello, dit le Samouraï est un tueur à gages. Alors qu’il sort du bureau où gît le cadavre de Martey, sa dernière cible, il croise la pianiste du club, Valérie. En dépit d’un bon alibi, il est suspecté du meurtre par le commissaire chargé de l’enquête. Lorsqu’elle est interrogée par celui-ci, la pianiste feint ne pas le reconnaître. Relâché, Jeff cherche à comprendre la raison pour laquelle la jeune femme a agi de la sorte. Histoire d’un homme pris entre deux feux, celui de sa ligne de conduite et de ses sentiments le personnage que développe Delon et Melville va servir de base à une horde d’autres personnages de tueurs mélancoliques et mystérieux et ce dans le cinéma aussi bien asiatique qu’européen ou Américain. Peut-être que le Samurai n’en est pas l’élément fondateur, mais il est évidemment une des figures emblématiques du polar et des galeries de personnages qui s’y dessinent. Melville sait naviguer sans mal entre les deux frontières majeures qui définissent ses films, celle de l’ombre et de la loi. D’un côté les voyous de l’autre la justice. Chacun disposant de codes d’honneurs à géométrie parfois variable, d’autres fois salement fixe. Costello pensait entrer dans cette dernière catégorie et c’est en détruisant méthodiquement ses repères que Melville crée le malaise propice à faire réellement exister son personnage et lui donner une nouvelle existence en dehors du cadre prédéfini où il évoluait depuis trop longtemps.

Perte de repère, destruction méthodique d’un univers, Melville est passé maître dans l’art de montrer la vie sous tous ses angles. Les héros de ses films et ce quelque soit le côté de la loi où ils évoluent sont assujettis à cette règle de l’improbabilité narrative. Il y a certes une forme de fatalités dans leurs destinés, mais aussi un passable goût de sadisme que le réalisateur s’évertue à instaurer. L’univers où ils évoluent est sans cesse fluctuant. D’une place à l’autre, ils peuvent toucher du doigt un futur ou avenir qu’ils n’auront jamais ou bien camper sur leur position statique comme des rocs et contempler le morne champ de ruine de leur existence. Le vrai point fort de Melville est dans cette symphonie de mort d’avoir réussi à rendre l’ensemble au final poétique. Le mot peut paraître déplacé face à l’ambiance pesante, minimaliste et froide à un niveau clinique, mais c’est là que réside la force d’analyse humaine et d’empathie du monsieur pour ces personnages. Car avant d’être des thrillers, polar et j’en passe ce genre de films pour assurer sa réussite se nourrit d’un point que souvent certains oublient l’analyse de l’homme, ses faiblesses, désirs inavoués et espoirs. C’est dans chacune de ses facettes que l’espèce de comédia del arte humaniste vital au bon déroulement de ce spectacle se met en route.

Que ce soit au niveau de sa réalisation ou de sa narration, ou juste de ses acteurs, le Samurai est une sorte de standard absolue dans le cinéma noir français. Un standard même d’ailleurs au sens international du cinéma dit de crime. L’image d’Alain Delon à façonné celle de dizaines d’autres tueurs par la suite sur les pellicules de tant de pays. Une image ciselée en mode orfèvre par Jean Pierre Melville. L’artiste du crime dirons certains. Audiard était doué pour faire parler les hommes, Melville dépasse ce stade et montre qu’on peut en dire beaucoup, sans dire un mot.  Un classique à voir et à revoir.

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