Critiques de films

[Critique] Le prénom – Patrick Bruel- Critique du film

Le prénom avait tout pour me laisser de glace, Patrick Bruel en tête d’affiche, un battage médiatique qui me laisse toujours dubitatif…non, cela ne partait pas forcément du meilleur pied et pourtant. C’est entre les préjugés comme les miens que le film réussit à trouver le petit truc en plus qui le fait sortir du lot. Dans le cas présent, cette chose est multiple et prend la forme de deux choses bien distinctes: un casting aux petits oignons ainsi qu’un scénario à la mécanique très classique sur le fond, mais parfaite sur la forme. Car oui autant le dire, je pensais que ce ne serait pas le cas, mais « le prénom » fonctionne très bien dans son genre. Dissection à coeur ouvert des inimitiés que l’on cache sous le tapis pendant des années, le film prend un malin plaisir à analyser les fissures de chacun de ses personnages et les interconnexions que cela peut avoir avec la vie des autres. Ce n’est pas le premier film à jouer dans cette catégorie et d’autres ont déjà pris une grande longueur d’avance dans le domaine, mais l’efficacité avec laquelle le scénario déploie ses éléments et touche un large panel d’émotions chez le spectateur finit de rendre le voyage en compagnie de cette petite troupe encore plus agréable. Et pourtant, cela ne commençait pas forcément bien. Du moins pour moi.

Peu fan de Patrick Bruel en tant qu’acteur, le monologue d’intro pourtant très drôle sur le fond, mais volontairement imbitable sur la forme de par son ton professoral m’avait inquiété. Moyen synthétique idéal de poser l’ambiance et l’univers de l’histoire, il inquiétait légèrement…Du moins jusqu’à ce les racines théâtrales de l’histoire reprennent le dessus et que le film s’enferme dans l’appartement pour ne plus le quitter. La rigidité et l’idée de théâtre filmé que l’on aurait pu craindre s’effacent assez vite de par la scolarisation aussi bien au niveau des dialogues que par la mise en scène. Les acteurs s’approprient le terrain et très vite les zones de chacun rentrent dans l’inconscient du spectateur, on mémorise les placements, on s’adapte a leur simili danse du ventre et le spectacle de leurs affrontements n’en devient que plus jouissif. Classique dans le fond cette dissection d’une amitié de 30 ans et des petits accrocs qu’il peut y a voir en cours de route ne manque pas de piquants. Les différents caractères assez bien trempés des membres de la troupe s’opposent autant qu’ils s’assemblent. La force de l’histoire est de savoir attribuer à chacun de ces personnages un type d’émotions, du beauf au romantique en passant par l’intellectuelle gentiment aveugle face à la détresse de sa femme, la galerie de portraits ne cherche pas à innover, mais plus à rester dans un certain réalisme. On s’y retrouve et étant en terrain conquis et l’on se focalise alors sur la matière première du film: le texte.

Rodé de par le succès de la pièce sur les planches, le texte est un écrin dont les acteurs de la troupe connaissent le moindre recoin. Cela coule tout seul, les blagues fines ou plus rentre dedans passent et provoquent les réactions attendues. Rire gras, sincère ou plus feutré. On en a pour son argent, mais tout en faisant l’exploit de ne jamais tomber dans la facilité et c’est là aussi où cette adaptation théâtrale surprend agréablement. Fidèle à ses racines, elle met avant la valeur du mot et de l’histoire quitte à assainir ou assécher dirons certains la mise en scène. Le résultat est pourtant là. Offrant un boulevard d’expressions comiques et scéniques à leurs comédiens, les réalisateurs réussissent plutôt bien ce pari. Aussi bien cynique que drôle dans sa destruction sans ménagements des fondations branlantes d’une amitié imparfaite, ce « prénom » dresse un portrait malgré tout touchant d’une bande d’amis aussi dramatiquement couillons dans le fond que vous et moi. Le tout bercé par un texte qui a fait ses preuves. Il n’y avait que peu de chances d’aller dans le mur et les réalisateurs évitent très bien l’écueil. J’avais tort de douter, « le prénom » réussit très bien son pari d’être une adaptation réussie, doublé d’une comédie drôle sans tomber dans la trop grande facilité. Un moment sympathique.

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