Critiques de films

[Critique] Le monde de Charlie- Stephen Chbosky- Critique du film

Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui.

L’adolescence est la plus belle des périodes pour un écrivain ou un cinéaste…enfin du moment qu’il en a fini avec elle et qu’il peut la retranscrire avec ses mots et son talent désormais accompli d’artiste…ou de quoi que ce soit d’ailleurs. Car quand on la vit la plupart du temps cette dernière est tout sauf fun, elle est même pénible, insupportable, horrible. On fait tout pour se faire remarquer ou au contraire jouer un rôle pour exister. On n’ose pas avouer celui qu’on est de peur d’être jugé, pas intégré et pourtant dans le fond tout ce qui nous ronge c’est ce sentiment de ne pas exister, de voir les autres vivre une vie que l’on se sent incapable de toucher autrement que du doigt et encore dans nos rêves. Qu’est-ce qu’une vie sans amis si ce n’est qu’un champ de ruines ou l’on se perd encore jour après jour. Le monde de Charlie se base sur un point de départ assez similaire pour brosser le portrait de 3 adolescents au carrefour de leur existence. Abîmé, promis à des sorties de routes plus ou moins violentes à court terme et qui au travers d’une rencontre au bon moment par le biais du destin vont réussir à tenter plus ou moins de se reconstruire. Un parcours pour le moins chaotique en apparence, mais qui en son cœur tutoie le magnifique, et ce, surtout grâce à son trio d’acteur tout simplement stellaire.

Logan Lerman, Emma Watson et Ezra Miller. 3 noms d’acteurs qui trouvent chacun les uns dans les yeux des autres le je ne sais quoi qui rend tout parfait. L’osmose, le talent, le…donner lui le nom que vous voulez, les faits sont là. Abîmé jusqu’à la moelle, chacun des personnages n’en est pas pour autant insipide, ils sont au contraire chacun à leur manière flamboyant dans leur faiblesse, touchant dans leur manière si bordélique de donner le change et surtout complètement authentique quand d’une scène à l’autre les échanges passent du rire aux larmes ou aux situations graves. On n’est pas face à des personnages clichés. Le film joue très habilement sur ces concepts, et ce, pour chacun des membres du trio avant de très vite dynamiter l’ensemble et nous montrer qu’il y a bien plus que ce que l’on ne pensait à découvrir en eux. Logan Lerman très loin de Percy Jackson livre une véritable performance mémorable. La véritable évolution que subit son personnage du début à la fin en s’affirmant le pousse à déployer une multitude d’émotions dont je ne le pensais pas le moins du monde capable. Le tout culminant dans un final profondément émouvant qu’il réussit à faire d’ailleurs vivre en y imprimant une retenue assez bluffante. Mais c’est aussi dans le jeu d’acteurs de ces deux partenaires qu’il trouve une force et inspiration aussi magnifique que puissante. Car dans le rôle du demi-frère et de sa sœur Emma Watson et Ezra Miller forment un duo qui très vite réussit la gageure de faire oublier la performance d’acteur pour ne plus que se concentrer sur ce que l’émotion nous imprime à l’intérieur. On pense en terme de personnages pour la simple et unique raison que l’on ne voit plus que cela. L’empathie émotionnelle et l’investissement dans l’histoire sont immédiats et ne vous lâchent plus.

L’exubérance et l’instinct autodestructeur de ces deux personnages jouent sur des notions familières et reconnaissables chez n’importe quels adolescents, mais la force du film est de savoir justement doser ces dernières pour ne jamais tomber dans le pathos le plus horrible et qui auraient eu pour effet de réduire à néant l’équilibre fragile, mais magnifique du film. Loin de son rôle d’Hermione, Emma Watson affiche ici une aura assez magnétique à l’écran, la simplicité voir même la fragilité qu’elle dégage le tout aller à son sourire capable de faire craquer n’importe qui m’ont beaucoup fait penser à Nathalie Portman dans Garden State. Sa performance trouve un écho aussi sensible que tout simplement humain dans le personnage de Logan Lerman.  Le cas typique des deux personnes faites l’une pour l’autre, mais que le destin, le manque de confiance et des années de mauvais choix empêchent de voir l’évidence. On se prend à sourire, verser une larme et se laisser emporter devant l’envie de vivre tout comme les fissures qui les habitent. Ce sont plus que des personnages de papier. Le fait que le romancier dont est tiré le livre, soit le scénariste et réalisateur a sûrement permis à ce dernier d’avoir la liberté de choix et de style pour que ce personnage féminin puisse épouser sans le moindre défaut les traits d’Emma Watson. Fusion parfaite entre une actrice épanouie dans un rôle et un réalisateur désireux de lui offrir les meilleures cartouches pour porter son histoire, Watson explose littéralement, irradiant l’écran de sa présence. Ce dès la moindre de ses apparitions.

Mais la véritable perle de ce film est Ezra Miller. Il avait pourtant le rôle le plus casse-gueule du lot, celui du frère gay. Les premières minutes peuvent laisser craindre que le trait soit trop fort et puis soudain l’histoire (la sienne) s’infiltre doucement dans les recoins de celle de sa sœur et Logan et il prend vie. Tout comme les deux autres personnages, le réalisateur imbrique savamment les hauts et les bas dans le moral de son personnage avec ceux de ses deux proches. Le tout finit du coup par prendre vie de façon cohérente pour dresser un portrait d’une certaine jeunesse pas si lointaine de celle que l’on côtoie ou que l’on a pu être. Au milieu de tout cela Ezra Miller réussit le tour de force d’être à première vue un second rôle dans la dynamique romantique du duo Lerman/Watson mais complètement centrale a plus d’un titre a l’histoire. Abordant le thème de l’homosexualité chez un ado mal dans sa peau et rongé par le fait de ne pouvoir vivre pleinement, Miller livre une performance flamboyante, mais qui au travers de ce glamour et de cette exagération de façade, laisse suffisamment de place aux vrais sentiments pour exister. L’interaction qu’il a alors avec Lerman et Watson et son positionnement central dans l’histoire prend une force particulière. Lorsque l’une des cartes s’écroule, les autres suivent dans la chute. Cas typique de l’ami qui préfère être celui veillant au bien-être des autres, et ce, même parfois au détriment de son bonheur propre. Miller réussit à déjouer tous les pièges dits « d’acteurs » s’attaquant à un rôle de gay. Exubérant, mais jamais trop ou du moins sans jamais oublier de contrebalancer par du fond, il donne vie à un personnage profondément touchant pour qui l’amitié et cette nouvelle famille est une des denrées les plus précieuses qui soient.

Le monde de Charlie est un film hybride à mi-chemin entre le drama abordant des thèmes très graves et le teen movie (intelligent et touchant) nouveau genre qui aborde tous ces thèmes non sans jamais se départir d’un sens de l’humour d’une finesse assez bienvenue pour éviter les pièges. Cela change de toutes ces productions ou les mêmes sujets se prennent les pieds dans les rebords d’un scénario fait à la va-vite. C’est tout le contraire ici et je dois bien reconnaître que cela faisait très longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir de spectateur en face d’un film. Une émotion pure, une véritable expérience de cinéma dans son domaine et surtout le plaisir de découvrir un trio d’acteur qui était fait pour tourner les uns avec les autres. Quand des groupes comme cela doivent arriver à l’écran, on a peur qu’ils se bouffent entre eux et quand c’est le contraire qui se produit, on se retrouve avec une véritable alchimie. Le monde de Charlie est un Ovni, un monument de finesse et d’humanité qui prennent à contre-courant les codes du teen movie pour jeter sur ses personnages un véritable regard d’auteur et tout simplement de cinéaste. C’est profondément touchant et beau et Dieu que j’aime ce film ! Une véritable réussite de la première à la dernière image.

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