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[Critique] Le loup de Wall Street- Martin Scorsese- Critique du film

L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

Tout le monde aura un avis positif ou négatif voir hardcore sur « le loup de Wall Street » à vrai dire c’est logique tant le film ne fait rien pour brosser le spectateur dans le sens du poil. C’est vulgaire, immoral, répugnant, sexy, totalement addictif et c’est une véritable déclaration de guerre de la part Martin Scorsese envers une certaine forme de mise en scène trop classique. Car ici ce genre d’approche n’a pas le droit de cité. Le loup de Wall Street est un monstre fonçant vers ses victimes avec le couteau entre les dents et de la bave mélangée avec le sang de son dernier encas. Martin Scorsese n’a plus rien à prouver et c’est justement ce qui libère d’une façon incroyable son approche, lui et Leonardo Di Caprio se livre à une mise à mal voir même un carnage sans précédent des idées reçues sur la finance du passé…et nous rappelle que malheureusement les excès que l’on découvre ici sont loin d’être mis dans un tiroir loin de la vie civile. Reflet de notre société et retour sur un passé pas si lointain où tout le monde faisait semblant de regarder ailleurs en attendant que la crise arrive, le loup de Wall Street par l’entremet de Martin Scorsese dresse un portrait du monde qui n’a rien de joyeux. Pire encore, c’est une image de nous-mêmes et de nos possibles turpitudes face à ce démon sans nom qu’est l’argent que le film nous renvoie dans les dents.

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Leonardo di Caprio survole le film avec une aisance déconcertante. On arrive à un niveau où tout comme Martin Scorsese, il n’a plus grand-chose à prouver et c’est justement cette absence de peur qui devient littéralement libératrice dans sa façon d’aborder le personnage de Jordan Belfort. C’est aussi ce qui pour moi fait la force et la faiblesse du film. La rumeur veut que Martin Scorsese ait du amputé son film d’une heure alors qu’il en faisait 4. Et dans la montée en puissance de Di Caprio et sa chute impressionnante, il est difficile de ne pas ressentir un énorme déséquilibre. Pris dans le génie absolu qu’il développe à montrer la vie de cet homme ( Jordan Belfort) qui se pensait incroyable, alors que ce n’était qu’un minable, Leonardo Di Cprio se heurte a une ligne rouge, celle où son talent finit presque par rendre « agréable  et sympathique » le personnage et quand la chute arrive et que le masque s’effrite pour montrer la vraie personnalité de l’homme, la narration ne suit pas forcément. Pris dans une obligation de vitesse, là où les ¾ du film n’avait été que flamboyance, sa déchéance est plus convenue dans le traitement. D’ailleurs, cette partie ressemble furieusement a du Oliver Stone avec le personnage de Gordon Gekko dans Wall Street. Rien de catastrophique, mais ce déséquilibre entre les hauteurs et le fond du trou que traverse le personnage de Leonardo Di Caprio rende au final le voyage un peu trop abrupt sur la fin.

Analyse glacée et glaçante de ce que devient notre société dans son addiction aux succès, à l’argent et à tous ces petits plaisirs pour le moins facile et destructeur une fois que l’on s’y adonne, le loup de Wall Street n’épargne à vrai dire personne. L’erreur serait justement de n’y voir qu’une comédie trash où l’excès joue le rôle de cache-misère. Regard désabusé sur un pan de l’histoire économique d’un pays et au sens plus large du monde, la biographie de Jordan Belfort n’en reste pas moins éducative d’une certaine façon. Elle pointe du doigt ce mal qui nous ronge, la méthode de Martin Scorsese et Leonardo Di Caprio pour faire passer le message n’a rien de conventionnel, ce qui du coup pourra fausser la donne dans l’esprit de certains. Est-ce que « le loup de Wall Street » est un chef-d’œuvre ? Sous sa forme actuelle non, la faute a un dernier tiers mal ayant du mal à tenir la flamboyance du début et une finalité un peu creuse quant au personnage de Belfort. Tout ce qui aurait rendu le parcours encore plus fort est justement sous-exploité à la fin. Est-ce que cela verra le jour dans une future director’s cut du film ? Mystère. Pour l’instant, le loup de Wall Street reste un objet filmique non identifiable défiant une à une les attentes du public. C’est vulgaire, hardcore, brillant et pourtant cela passe à deux doigts de la perfection. Leonardo Di Caprio signe ici son rôle le plus fou (en attendant le prochain…)

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1 Comment

  • Reply
    rabusu
    janvier 4, 2014 at 1:10

    La fidèle monteuse de Martin Scorsese Thelma Schoonmaker a confirmé que la première version du film du loup de Walll Street, avait une durée de 4 heures , avec de la chance on aura le director cut

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