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[Critique] Le jour des Corneilles – Jean Reno – Critique du film

Le fils Courge vit au cœur de la forêt, élevé par son père, un colosse tyrannique qui y règne en maître et lui interdit d’en sortir. Ignorant tout de la société des hommes, le garçon grandit en sauvage, avec pour seuls compagnons les fantômes placides qui hantent la forêt. Jusqu’au jour où il sera obligé de se rendre au village le plus proche et fera la rencontre de la jeune Manon…

Le jour des Corneilles est un petit Ovni assez amusant dans la somme des défauts qu’il peut présenter à la face du monde et la réussite pourtant très vaillante qu’il affiche en bout de course. Le gros point faible du film est d’être dirigé principalement vers les très jeunes, tout en traitant pourtant dans le fond et la forme des sujets qui demandent un poil plus de maturité d’analyse que celle que le public cible risque de présenter. Pourtant est-ce que cela va réduire le potentiel du film ? Non, il a plusieurs niveaux de lecture et nul doute que le jeune public saura s’y retrouver, tout en passant pourtant à côté de bon nombre de références. C’est peut-être ici que se joue d’ailleurs la plus grosse force et faiblesse de l’ensemble. Conscient de ses inspirations et connaissant ses classiques dans le domaine de l’animation, le film n’hésite pas à digérer ses derniers pour tenter de recréer une nouvelle œuvre ayant sa propre patte. Librement adapté du roman du même nom, ce « Jour des Corneilles » m’a bizarrement souvent fait penser à des vieux Ghibli. Je sais que tout le monde ne sera pas d’accord, mais le fond du propos et le style graphique au détour de certains plans ont réussi à faire naître dans mon esprit des souvenirs d’autres films oscillant dans le même genre.

Loin d’être une faiblesse, cette filiation avec l’œuvre de grand maître du domaine, emmène le film vers une zone plus zen et parfois méditative que peu de films d’animation français abordent avec autant d’entrains. Cela ne se fait pas sans heurts et dans le dernier tiers le film entame parfois une danse un peu maladroite entre le très grand public et l’animation plus asiatique avec une façon de traiter l’émotion mélangeant pudeur et fantastique. C’est un peu acrobatique et pourtant en bout de course, on sourit et on se laisse emporter. Difficile de juger le film pleinement comme une œuvre faite pour nous adulte, mais si l’on remet la chose dans le contexte d’un public plus jeune, la prise de risque est intéressante tout autant que les portes ouvertes artistiques que le film développe. Ce qui est évident pour moi ou d’autres sera totalement abscons pour un nouveau spectateur qui développe encore sa cinéphilie. Le film apparaît alors comme une œuvre multi facettes pas forcément courantes dans l’image que l’on se fait de la production de film d’animation français. Ludo-éducative et narrativement touchant malgré un script assez prévisible dans le fond, le tout s’avère faire plus qu’un appel de phare à l’imaginaire de la nouvelle génération. Oui, nous sommes face à de la 2D classique, tout n’est pas toujours parfait et en comparaison de pleins d’autres films, les personnages vous paraîtront moches. Vous n’aurez pas tort en le disant et je le pense aussi d’ailleurs un peu en partie. Pourtant au milieu de tout cela coule une rivière avec une eau beaucoup moins trouble que la moyenne.

C’est sur ce point que l’aura du film finit par faire la différence. Jean Reno, Laurent Deutsch, Isabelle Carré ou Laurent Chabrol amène eux aussi à cette production une véritable petite plus value émotionnelle et auditive. Je n’étais pas fan de Reno dans son doublage de Porco Rosso, son empreinte vocale est ici beaucoup plus marquée et il trouve une occasion en or de mettre à profit son timbre de voix si particulier. La relation ardue qui s’établit entre ce père et ce fils isolé de la civilisation pour de mauvaises raisons forme le cœur de l’histoire. Le fait de contrebalancer les deux mondes par des approches très différentes, la guerre qui fait rage en dehors de la forêt ( du moins au loin…) et le côté fantastique et paisible du cœur de la forêt et son cortège de fantômes offre à l’ensemble un style assez particulier. C’est d’ailleurs la présence de ce style qui donne au film un passeport pour éviter la case occasion manquée. J’emploie ce mot, car le film au-delà de sa volonté de faire de l’animation magnifique et sortant coûte que coûte du lot aurait pu se prendre les pieds dans le tapis et finir en sortie de route. Ce n’est pas le cas. Quelques faiblesses persistent, mais l’ensemble s’avère dépaysant et assez intéressant. Mais la seule chose à ne pas oublier est que le film s’adresse mine de rien et principalement ( bizarrement) qu’à un public très jeune et ce malgré son fond et sa forme pas si facile d’accès que cela. Un ovni au charme particulier.

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