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[Critique] Le Hobbit: la désolation de Smaug- Peter Jackson- Critique du film

Marchant dans l’ombre du seigneur des anneaux, la mise en chantier de la saga du Hobbit avait tout d’une mauvaise idée. J’entends par là qu’il allait être difficile de faire mieux en termes d’intensité que les précédents films, surtout quand la matière organique du récit alimentant le hobbit est au final très fine et plus dirigée vers un public jeune. Du coup entre répétitions et durée de vie un poil artificielle, le premier volet avait eu du mal à me convaincre. Le problème est que même s’il est plus rythmé, le 2e film butte sur les mêmes problèmes. La construction, l’intérêt de l’histoire et surtout les fondations de cette dernière nappée dans l’horrible impression de voir une version coupé dans l’attente de la sortie d’une director’s cut en rajoutant encore un peu plus (inutilement) est assez désagréable. La désolation de Smaug est brillante au niveau technique, mais assez profondément prévisible en terme d’histoire. Le film qui dure 2h40 a de quoi faire au mieux 90 minutes d’histoire. Le surplus de gras narratif reposant du coup sur ses épaules l’alourdit et souvent le fait frôler le ridicule. Objet bâtard, ni horrible, ni génial, le dernier film de Peter Jackson donne aux fans exactement ce qu’ils attendent. La désolation de Smaug n’est malheureusement que cela…un gigantesque « fan service »

Ce qui étonne assez vite est la fragilité du socle sur lequel repose le scénario. Trop de personnages, le tout naviguant à vue dans un dosage assez maladroit des multiples intrigues posent très vite problème. La tension se perd parfois en route pour ne revenir que trop tard une fois sur deux. On est dans la beauté des paysages, mais l’on marche loin derrière la quête des personnages. Oui le film possède des grands moments d’actions, une scène de fuite dans un fleuve entre les nains et les orcs ainsi que les elfes et l’apparition de Smaug, mais entre ces points, Jackson enquille les couches et surcouches d’intrigues et de personnages existants ou non dans le livre pour au final créer l’indigestion. Pourquoi ? Tout simplement, car la répartition des tâches ne joue pas forcément en leur faveur. Legolas ne sert à rien hormis une fois de plus donner aux fans ce qu’ils attendent de lui…de l’action. La romance avec Killi et l’elfe femme flirte doucement avec le ridicule et peu crédible de par la vitesse à laquelle les éléments nous sont donner en pâture. Avec plus de temps et de finesse, il y avait la matière à voir naitre quelque chose d’intéressant. On reste au final sur sa faim avec les bribes de quelques choses qui avait tout pour être bien. Je dis cela pour la présence d’Evangeline Lilly qui au-delà d’hériter d’un personnage à la Legolas en femme insuffle à son personnage une certaine fragilité intéressante, mais que le scénario ne fait qu’effleurer.

smaug

Reste l’aspect technique, Jackson et ses équipes ne cessant de perfectionner la chose offrent des séquences d’une virtuosité impressionnante quand l’action débute. Il est parfois difficile voir impossible de se rendre compte d’où commence et finit la limite entre réel et numérique. Il en va de même avec les personnages 3D, Smaug en tête dont sous le masque de la MOCAP se cache « Benedict Cumberbatch » (Sherlock). Vivant, diabolique, monstrueux et doté d’une voix à faire frémir les morts, l’entrée en scène de Smaug et l’immense séquence dans la mine le concernant est un spectacle excellent, mais la encore quelque peu plombée par un déroulement scénaristique prévisible. Le genre de ceux aboutissant sur un cliffhanger menant au dernier film que l’on aura vu venir des kilomètres à l’avance. D’ailleurs, ce dernier arrive dans l’histoire pour bien appuyer un point précis…tout cela pour ça. Oui, même sans avoir lu le livre, pas besoin d’être savant pour voir comment cela va se terminer, la chose cimente encore plus le côté artificiel des longueurs narratives. Le film se cherche et part dans tous les sens et n’arrive jamais à se canaliser. À s’unifier. En résulte un produit magnifique sur la forme, mais complètement bâtard sur le fond. Dommage.

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