Critiques de films

[Critique] Le baltringue – Cyril Sebas – Critique du film

Mr Guy aussi populaire que loufoque est un animateur à succès d’une émission de télé-achat. Et comme la nature fait quelques fois bien les choses, Mr Guy se trouve malencontreusement et pour son plus grand plaisir embarqué dans une sombre histoire mêlant les services secrets de la république à un réseau de dangereux trafiquants venus de l’Est. Sa rencontre explosive avec Sam, le mystérieux agent secret missionné pour démanteler le réseau va permettre à Mr Guy de se glisser enfin dans la peau d’un véritable héros.

Il y a des films qui même pris dans tous les sens, et ce, sans le moindre esprit cynique et passer au prisme d’une volonté analytique reste des mystères. Le baltringue pourrait directement entrer dans le top 3 d’ailleurs, et ce, sans le moindre mal. Pourquoi ? Car aussi bien au niveau du scénario, des acteurs, de la mise en scène et même de la question juste ahurissante de « pourquoi ce film existe-t-il », le Baltringue accumule un pedigree de record assez consternant quand on en vient à l’échelle du mauvais goût sur le grand écran. Mais en même temps, c’est aussi ce qui fait de ce truc une expérience assez fascinante. Oui vous savez, ce genre de petits moments de perversions que l’on a envie de découvrir pour la beauté de l’art ou juste le fait de rajouter une cartouche de plus à son panthéon des nanars. Et dans le domaine, il faut bien le reconnaître j’ai eu le droit à du caviar. Impossible de définir correctement ce sentiment étrange qui vous prend à la gorge en regardant le film. Les plus vieux d’entre vous se souviendront de Benny Hill…et bien dites vous que le Baltringue est le plus bel hommage jamais fait à l’œuvre de Benny Hill. Je ne savais pas que Lagaff en était fan à ce point.

Où commencer dans ce voyage vers l’ailleurs. Le baltringue affiche tellement de défauts que l’on s’arrêtera sur les principaux. Le scénario est le premier…inexistant, ridicule et frôlant à plus d’une reprise la notion de non-cinéma. Il affiche une sorte de nihilisme narratif qui émerveille de par la profondeur à laquelle il s’enfonce. Dotée déjà d’une durée d’à peine une heure 20, l’histoire s’enlise assez longuement avant de vouloir aller dans un sens et se rendre compte que faute de temps, l’effort sera vain. Chose impliquant donc un retour en force vers l’humour bas de plafond et continué de bafouer dans les règles les plus basiques bases de créations d’histoire. Mais en même temps, il arrive que des réalisateurs devant subir les affres d’un scénario calamiteux trouvent une aide inattendue dans les acteurs qu’ils ont sous la main…autant le dire tout de suite, il n’y aura pas de salut de ce côté-là. Pour la simple raison que Vincent Lagaf’ et Philippe Cura sont tout simplement mauvais. Le scénario n’aide pas c’est un fait, mais d’un côté comme de l’autre, le constat est sans appel. Il y a des choix de casting qui s’avère être des suicides artistiques encore plus effrayants que le vide profond du scénario. Cura refait à l’exacte mimique près son rôle de Caméra Café. Ce qui était drôle dans un format court est pénible sur la longueur. Nihiliste et totalement en dehors de l’histoire, Cura donne l’impression de souffrir en silence en attendant que cela se passe. Quant à Lagaf que dire…Benny Hill aurait été heureux de voir que son héritage a trouvé preneur en la personne de Lagaf.

Le hic est que tout le mal du film se concentre aussi dans la personnalité de Lagaf, il vampirise le film. Visiblement certains de sa drôlerie, il ne se rend pas compte, à quel point cette dernière est artificielle. On le subit, mise en abîme de ce qu’il est aux yeux des gens « Un mr Guy » et de ce qu’il voudrait être  ( un acteur) le constat ne tourne pas une seule seconde en sa faveur tant le résultat est catastrophique. Le seul point de salut le concernant reste qu’à l’unanimité les acteurs du film sont tous nuls. Du coup on se dit qu’il y a « presque » pire que lui. Mais même si l’on essaye de passer encore une fois au-delà de ce nouveau fait incriminant, il y en a un dernier qui une fois encore vous remet le nez dans la merde, la mise en scène. Et là je ne sais pas vraiment par où commencer, disons que tout simplement, on assiste à la négation complète d’une quelconque forme de cinéma, pas que le réalisateur s’évertue à singer un style ou quoi que ce soit. Non, il n’affiche que du vide, sa mise en scène est aux abonnées absentes et les moments où l’on se croit en passe d’assister à un dérushage pour réaliser aussi vite qu’on regarde la version définitive du film sont légions. Je n’ai jamais vu de ma vie ( bon ok si quelquefois…) une pareille apologie du vide.Cyril Sebas donne l’impression de ne pas y croire, de ne rien en avoir à faire et du coup à l’image Philipe Cura, il branche le pilote automatique et s’astique le manche en attendant de sortir de la case néant.

Je savais à quoi m’attendre en regardant ce film, mais je ne pensais pas que je m’enfoncerais si loin dans les terres du milieu, celle où le cinéma se fait violer l’épine narrative et où le terme jeu d’acteur est une insulte grossière. La légende était donc vraie, le Baltringue est un nanar apocalyptique. Je vais me brûler les yeux pour les désinfecter et je reviens…

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