Critiques de films

[Critique] L’amour dure 3 ans- Frédéric Beigbeder- Critique du film

L’amour dure 3 ans, un titre, un succès et beaucoup d’attentes derrière. Du genre de celles qui peuvent coller la trouille à un réalisateur débutant et geler la source de sa créativité. C’est ce que l’on pouvait craindre pour le premier film de frederic beigbeider cinéaste et fort heureusement, le monsieur réussit assez bien à déjouer les pièges se dressant devant lui. Reprenant ce qui à fait le coeur de son film, l’essence même, il réussit à en mettre en scène une subtile variation des plus agréables. Adapter c’est savoir trahir, une maxime d’autant plus « facile » à mettre en oeuvre quand le réalisateur est aussi l’auteur du livre. Là où l’on s’attendait à du sans âmes et à de la facilité, Beigbeider réussit à surprendre agréablement en mettant en place une alternance assez intéressante entre humour et émotions, le tout porté par une troupe d’acteurs, Gaspard Proust en tête, diaboliquement jouissive. L’amour dure-t-il trois ans? Je ne sais pas, mais le temps d’une séance en tout cas, il y a suffisamment de matières pour tomber amoureux des personnages et de l’histoire plus d’une fois.

Beigbeider ne partait pas gagnant sur ce coup. Difficile d’aller au feu quand on sait que l’on va se faire aligner à la moindre bourde. Jouissant de l’image d’homme à la critique cinglante et parfois facile dans son émission ciné sur canal plus,il allait sans nul doute avoir droit à une belle exécution. Au vu du film, il est bon de reconnaître que Beigbeider réussit assez brillamment à éviter la majorité des pièges que l’on attendait de le voir se prendre dans les dents. Certes la construction du film est classique et s’assimile à une Rom Com un poil plus cynique et désabusée. Oui c’est un fait, mais à aucun moment, cela n’entrave le plaisir que prend le spectateur à découvrir les aventures de ce Beigbeider dépressif à l’écran. D’une part un peu comme le fait Woody Allen, Beigbeider réalisateur met en scène Beigbeider écrivain. Ce en découvrant un acteur tout simplement brillant que je n’attendais pas. Au-delà de la ressemblance avec le réalisateur et la simplicité désarmante avec laquelle il se glisse dans sa peau, il est assez excellent de voir un acteur donner aussi bien vie aux tirades cyniques et têtes à claques de Beigbeider.

L’adaptation de ce film montre sa principale force et faiblesse de façon encore plus éclatantes. Le coeur du livre, la rupture et ce qui s’en suit et surtout comment on y « survit » est d’une certaine façon universelle. C’est donc en prenant un postulat de base que certains trouveront éculés que Beigbeider tisse une toile digne d’une étude sociale vue au travers de l’oeil d’un cynique maladivement à côté de ses pompes et romantique old school. Cela donne naissance à des lieux communs de la comédie romantique qui une fois de plus déplairont, mais qui si l’on s’y attarde un peu démontrent que Beigbeider en y injectant sa patte a su intelligemment pervertir le système. Fort d’une galerie de seconds rôles, dont JoeyStarr (dans une partition inattendue ), le film ne déroge pas à la sacro-sainte règle de l’équité. Dans n’importe quelle bonne comédie romantique, les personnages secondaires se doivent d’être aussi importants que ceux de premier plan. Beigbeider l’a compris et utilise à merveille ces derniers pour appuyer le propos ou les contradictions de son clone cinématographique. Piqure de rappel perpétuel ces différents caractères se croisent, explosent en vol et se rabibochent avec une authenticité qui ne fait que renforcer l’empathie que l’on avait pour eux.

Passer le cap du 1er film et doubler le challenge en adaptant soi-même une de ses oeuvres avait tout de suicidaire. Plus d’un s’y sont bruler les ailes avant lui et Beigbeider réussit à surprendre agréablement. On regrettera peut-être le côté élève appliqué et la prise de risque minime, mais cela ne doit à aucun moment occulter tout le reste du boulot assez excellent mis en place par ce jeune réalisateur, que ce soit dans le tempo, le style et le casting aux petits oignons, Beigbeider laisse pointer à l’horizon une nouvelle corde à son arc. Celle d’un réalisateur plus humble que l’écrivain,mais non moins talentueux. Bien que toujours sympathiquement tête à claques. Mais c’est ce qui fait son charme aussi. Une bonne surprise dans l’ensemble.

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