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[Critique] L’affaire Thomas Crown- John Mc Tiernan- Critique du film

Financier réputé, mécène généreux et collectionneur d’art, Thomas Crown a le goût du risque, du jeu et de l’aventure. Sûr de lui, il reste pourtant un solitaire invétéré qui n’a jamais entretenu que de brèves liaisons. Depuis quelques semaines, il sacrifie ses déjeuners pour visiter le plus grand musée de New York et y admirer a loisir une toile de Van Gogh. Le conservateur lui fait remarquer un Monet d’une valeur inestimable qui laisse le financier indifférent. Un jour, un commando de quatre hommes investit le musée. Crown en profite pour dissimuler le Monet dans son cartable.

John McTiernan est de la trempe de ses réalisateurs dont on ne comprend pas vraiment pourquoi le talent qui les habite n’a jamais été pleinement reconnu à la hauteur de ce qu’il méritait. Pire encore pour des raisons annexes au cinéma, il a vu sa carrière lui filé entre les doigts. Chose au final totalement injuste quand on voit ce que le monsieur est capable de faire avec une caméra dans les mains de Predator, à ce film ou encore Basic et j’en passe, il imprime au film de genre (et quelques soit ce dernier) une élégance et un style qui ont fait sa marque de fabrique. Une classe folle qui n’est plus forcément l’apanage de beaucoup de réalisateurs désormais. Et quand on en vient à la problématique de la classe, autant dire que ce remake de l’affaire Thomas Crown en déborde. Passer après l’original pouvait paraître une mission impossible et pourtant…McTiernan dissout cette possibilité dans son style impeccable. Gardant l’esprit de l’original et son cœur, ce remake l’update brillamment et l’emmène vers de nouveaux horizons.

Quand on en vient au film de cambriolage, braquage, casse en tous genres deux écoles s’affrontent : la vieille et la nouvelle. On pourrait dire que Michael Mann se trouve à cheval entre les deux en livrant un film comme Heat, hybride digérant parfaitement les deux tendances de chacun des deux mondes. Mais le coin géographique le plus intéressant reste sans la moindre hésitation ce lieu où l’on découvrait des braquages et des cambrioleurs s’appuyant sur leur intelligence, flegme et classe pour accomplir l’impossible, plutôt que sur la vulgarité, l’action outrancière et la surabondance idiote d’armes à feu. Un film comme le premier Ocean Eleven avant de tomber dans l’auto parodie avec les suites, avait touché du doigt de moment de grâce. Mise en avant de personnage emblématique, d’actions intelligentes, d’une finesse se faisant désormais rare. Tout était là et surtout en bout de course le plaisir était complet. McTiernan au travers de ce remake, prend les différents éléments dits plus haut et y rajoute deux petits derniers de poids, mais qui font toutes la différence : la romance et la sensualité. Car avant d’être un film de cambriolage, l’affaire Thomas Crown est avant tout une sorte de Love Story haut de gamme berçant dans une sensualité aussi palpable que classe. Oui un peu comme à l’image du Mr and Mrs Smith avec Pitt et Jolie à l’époque le duo Russo/ Brosnan d’une certaine façon pue le sexe, mais sans jamais tomber dans la moindre vulgarité. Chose qui aurait fait voler d’ailleurs en éclat la balance si fragile que le film arrive à maintenir du début à la fin.

L’intelligence absolue du scénario et de la réalisation tient donc dans la balance parfaite que McTiernan réussit à faire tenir entre chacun des éléments. Les deux rôles principaux amenant justement l’élément nécessaire à l’accomplissement de cette si fragile danse qui s’établit entre eux : le charisme ! On a beau penser que George Clooney est l’empereur du cool à l’écran, il n’en est rien en comparaison de Pierce Brosnan dans ce film. Tiernan update le personnage de ce « gosse de riches » lassé de tout et à la recherche du rush d’adrénaline suprême qui donnera un nouveau sens à sa vie. À la fois espiègle, tête à claque et profondément attachant dans sa façon de défier le système ( toujours dans les règles de l’art et sans la moindre violence), Brosnan hérite ici d’un rôle à la mesure de son talent. Ce dernier d’ailleurs trouve une forte compétition et à la fois une complémentarité salvatrice dans la personnalité de Rénee Russo. Le principe du jeu du chat et de la souris amoureux entre le criminel et la femme flic le pourchassant est vieux comme le monde. Pourtant, cela n’empêche en rien des réalisateurs d’avoir souvent assez de recul pour en reprendre la moelle substantifique et réussir à partir de ce noyau d’énergie à justement en créer une nouvelle source. Cas d’école et preuve absolue du talent de McTiernan quand il jongle avec les styles, ce remake est une sorte d’ode délicate a un cinéma aujourd’hui bien lointain. Preuve aussi que dans un braquage les deux plus efficaces armes existant sur Terre sont l’intelligence et le charme. Pierce Brosnan dans le rôle de Crowne en déborde, il y rajoute un culot monstre. Tout comme son réalisateur d’ailleurs, car pour venir marcher sur les plates bandes d’un classique, le refaire et aboutir à quasiment mieux que l’original, cela demande des cojones de la taille du Texas.

Dire que Thomas Crowne fut une source d’inspiration indirecte pour le personnage de Danny Ocean par Clooney serait un peu tirer par les cheveux, mais les deux naviguent dans la même stratosphère. Si vous aimez le cinéma différent, classe, poétique et sexy en diable, alors John McTiernan et son Thomas Crowne vous feront la plus belle déclaration d’amour qui soit. Un classique supplantant le classique. Chapeau bas !

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