Critiques de films

[Critique] La vie d’une autre – Sylvie Testud – Critique du film

Marie, 40 ans, se réveille en pensant qu’elle en a 25. Elle a oublié 15 ans de sa vie. Elle se réveille au début d’une histoire d’amour qui en fait se termine. Elle se réveille et elle a quatre jours pour reconquérir l’homme de sa vie.

La vie d’une autre est l’archétype du film que l’on pourrait à tort, parfois à raison confondre avec un roman de Marc levy ou Guillaume Musso. Aussi léger que désuet et virevoltant d’un genre à l’autre sans pour autant jamais vraiment se décider dans lequel il doit s’arrêter, le film de Sylvie Testud affiche aussi bien des faiblesses dignes d’un premier film qu’un charme au final assez contagieux de par sa structure et son duo d’acteurs principaux qui portent le film à bout de bras du début à la fin. La mention spéciale revenant bien évidemment à Juliette Binoche assez impériale. La première erreur serait de confondre le film avec une variation pas forcément fine de « Big ». Il est vrai que le côté fantastique où un personnage se réveille dans les Basques de sa version adulte, et ce, sans que l’on sache vraiment comment est un peu usé jusqu’à l’os. Heureusement et c’est là que se joue la première surprise, le film se montre plus habile et parfois manipulateur que prévue sur le sujet. Le tout en abordant le domaine sous un angle permettant une relecture assez salvatrice du film. J’entends par là que l’on peut y revenir et voir d’un coup le film sous un angle totalement différent, passant d’une vision dite presque fantastique à un récit beaucoup plus ancré dans le réel et où la tonalité dramatique va du coup devenir beaucoup plus intense, et ce, surtout dans le final.

Bâti autour de la confrontation assez intense de ce couple dont l’amour s’est littéralement perdu e route, Binoche et Kassovitz réussissent à créer au final assez vite l’élément assez important pour crédibiliser ce genre d’histoire: l’alchimie. L’exubérance de Binoche se retrouve assez bien tempérée par la froideur ou recul qu’opère Kassovitz à son égard. Très vite la relation entre les deux finit par devenir un grand principe de vase communicant, ou les sentiments s’inversent pour laisser assez vite place à des émotions que les deux pensaient perdues. Et c’est autour de la question du fantastique ou non? Que le fond du récit prend une autre dimension, l’approche et la « dite maladie » de l’héroïne apparaît alors comme un artifice narratif plutôt malin pour rentrer dans le vif sujet, à savoir l’analyse de cet amour disparue entre ces deux personnages. Le pitch de départ à quelque chose de touchant « s’endormir au début d’un amour et se réveiller 15 ans plus tard quand celui-ci se termine ». Du coup se met en place la question du « Que faire des choix qui se proposent à nous ? ». La mise en application de cette question se fait au final de façon assez fine, on essaye de chercher désespérément une alternative fantastique pour expliquer la chose et ce qui nous arrive sous les yeux en forme de réponse est tout sauf évident.

Est-ce que l’héroïne a un soudain réveil tardif sur ce qu’elle aurait pu être et avoir ou le fantastique est vraiment de la partie ? Chacun verra l’histoire sous l’angle qu’il désire et la finalité de cette dernière obligera d’ailleurs ou non à repenser son approche de l’ensemble. Sylvie Testud loin de livrer une œuvre aussi convenue que je le craignais, se joue des attentes et fait en sorte de les maltraiter juste ce qu’il faut pour permettre aux spectateurs de se retrouver sur un terrain pas « forcément » si connu. Est-ce que l’ensemble est exempt de défauts ? Non pas forcément le côté parfois trop elliptique des relations entre les personnages  en agacera certains. D’autres comprendront que cela joue pour beaucoup dans la dynamique complètement fragmentée qu’est le reliquat de vie unissant ce couple en fin de cycle. Binoche et Kassovitz portent le film à bout de bras et forment un véritable couple de cinéma. Aussi touchant qu’exaspérant dans les forces et faiblesses qui les rapprochent, sous la houlette de Sylvie Testud les deux réussissent à donner vie à des personnages touchants. Un petit numéro d’équilibre assez fragile, mais loin d’être inintéressant. A voir ne serait-ce que pour la toujours magnifique Juliette Binoche.

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