Critiques de films

[Critique] La stratégie de la poussette – Clément Michel – Critique du film

Ces derniers temps le cinéma français revient avec parfois beaucoup de talents dans le domaine de la comédie romantique. Cela donne « 20 ans d’écarts » et c’est un véritable moment de bonheur, puis arrive le moment où il tente autre chose et cela donne « La stratégie de la poussette » film hybride a mi chemin entre la comédie romantique et la vision pré dépressive du trentenaire n’ayant pas encore fait quelque chose de sa vie. D’une certaine façon, on se retrouve presque en face d’une version film indépendant français de « About a Boy » roman de Nick Hornby. Raphaël Personnaz a beau suivre le même chemin que Hugh Grant avec un rôle un peu similaire, il se heurte malgré tout son talent et sa bonne volonté a un problème de taille : le scénario du film. Ce dernier suit toutes les règles de départ de la comédie romantique, les recopiant à la lettre…pour aussi vite ne plus les suivre. Des personnages secondaires qui se doivent d’être forts dans ce genre de films et qui ici affichent une faiblesse folle ( et surtout pas le moindre humour…paradoxe pour Julie Ferrier et Jerome Commandeur), le film semble ne pas croire une seule seconde à son postulat de départ. Il ne va jamais au bout des choses et laisse le spectateur sur un étrange sentiment de déception qui perdure. Voir même tout simplement de gâchis quand on regarde le personnage de Charlotte Lebon qui sans livrer (sur le peu qu’on lui donne…) une performance incroyable, laisse planer un doute sur l’immensité de ce qu’elle avait encore sous le coude. La base de la relation se nouant entre ses deux personnages est intéressante, mais de par un choix bizarre de scénario, l’héroïne se voit au final reléguer au rang de second rôle. C’est paradoxal et déséquilibre salement le film. Le tout laissant le spectateur plongé dans une perplexité que rien ne va aider à clarifier par la suite.

L’immense souci de « La stratégie de la poussette » tient dans son manque de force narrative pour soutenir un postulat de départ que le plus poli d’entre nous qualifiera de faible. Peupler de personnages secondaires dont la présence ne fait que mettre encore plus en avant la nullité de la vie du héros (sans jamais lui offrir de support comique pour rebondir) le film s’enfonce lentement et sûrement dans un abîme d’ennui dont il peine à ressortir. Le miracle se produit pourtant par intermittence, et ce, de façon trop courte pour que l’on puisse y croire, mais à ma grande surprise quand Charlotte lebon sourit où que le réalisateur prend le temps d’apprécier certains silence sur elle, on se dit qu’il y avait matière à tellement mieux. Il faut passer au-delà de l’appréciation miss météo Canal +, mais la demoiselle possède un petit truc qui dans ce domaine précis et avec un vrai scénario lui permettant de prendre des risques pourrait surprendre. Dans le cas présent, malheureusement ce n’est pas le cas. Raphaël Personnaz et elle forment un couple intéressant, mais le manque de croyance en leur avenir de la part du réalisateur aboutit en bout de course au bruit d’éclatement d’un vieux pétard un peu trop sec. Désireux d’aborder le thème de la paternité et ce que cela implique sur l’homme trentenaire de base, le scénario ne fait pas forcément beaucoup d’efforts pour nous épargner quelques clichés un peu trop prévisibles. À mi-chemin entre l’étude psychologique de couple et la comédie douce amère ou l’on devrait rigoler autant qu’être ému, la jonction ne se fait pas toujours aussi bien qu’on le pensait.

Prisonnier d’une mise en scène bicéphale ( un pied d’un côté dans les traditions du genre et de l’autre dans la volonté maladroite de pervertir tant bien que mal ces dites règles…) le film peine à trouver un ton juste. Le genre de celui qui lui aurait permis de passer au-delà de son statut de départ malheureusement diablement prévisible. L’ennui de ces films est que de l’un à l’autre, on sait pour le moins comment va se finir l’histoire. Happy ending de rigueur que seuls le talent d’écriture et l’univers que déploie le réalisateur aura pour force de nous aider à regarder ailleurs. On veut du rêve, du rire et la capacité à penser à autre chose en regardant ce genre de films, « La stratégie de la poussette » malheureusement a bien du mal à réussir à offrir tout cela en même temps. Bancal dans sa construction, dansant d’un pied sur l’autre et indécis en ce qui concerne le genre vers lequel il tend le plus, ce petit film se révèle aussi mignon par moments que raté par beaucoup d’autres. Un joli casting de rôles principaux pour un gros coup d’épée dans l’eau. Dommage…

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