Critiques de films

[Critique] La marche- Nabil Ben Yadir – Critique du film

En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King.Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, et donneront à la France son nouveau visage.

Loin de toutes appréciations cinématographiques, il est évident que « La marche » n’aura pas forcément un destin facile vu la période actuelle. J’entends par là, une certaine remontée larvée d’un esprit bleu marine. La France est-elle un pays tangeant ? L’histoire entre les lignes sur les dernières décennies laisse planer des doutes que l’on aura contrebalancés par d’autres beaux moments de retour en grâce d’une certaine idée d’égalité. Mais si je prends l’exemple de la période où se déroule le film (83) et de la certaine proximité que cela laisse encore avec notre époque, on est en droit d’avoir une certaine forme de petite coulée de sueurs dans le coin du dos. C’était presque hier et d’une certaine façon est-ce que les choses ont si profondément changer ? La forme est moins agressive, le fond n’est pas pour autant disparu. Plus en pause, en sous-main, en évolution constante pour une volonté de respectabilité. J’avais 5 ans à l’époque et la vision d’un enfant sur un monde que je ne comprenais pas. C’est du coup avec une insouciance complète que j’ai vécu cette époque. La découvrir plus tard au travers de ce film et avec le recul de l’expérience, laisse un goût amer. On a au début quelque peu du mal à se dire que ce pays décrit dans ce film est le même que celui où l’on vit aujourd’hui. Une certaine forme d’obscurantisme nageant dans une bêtise crasse le souillait tellement qu’il n’apparaît pas comme possible qu’il puisse avoir existé en dehors du spectre du théorique et pourtant…

Sans trop tomber dans une sorte de côté demonstratif plombant, le film de Nabil Ben Yadir réussit à faire vivre au spectateur un morceau d’histoire qui le renvoie à celui qu’il vit actuellement. Je ne dis pas que la France d’hier est la même que celle d’aujourd’hui. Elle est peut-être en quelque sorte pire de par son attitude de ne pas y toucher quand on parle de ce genre de problème. L’extrême droite du film et les comportements qui y sont décrits existent toujours, on fait juste en sorte de les rendre moins visibles et nocifs pour les relations publiques. De brutal en 83 et populaire dans le pire sens du terme, l’idéologie nationaliste à migrer sous le seuil de respectabilité en se nourrissant de la crise et de la peur. Le film montre bien que l’espoir et la volonté d’aller vers l’avant pour faire évoluer les choses existeront d’une époque à l’autre et d’une certaine façon tant mieux, mais que l’implantation du mal à une longueur d’avance énorme quand on en vient au droit du sol. Construisant sa narration autour de ce groupe d’idéalistes, le film paraîtra bien en adéquation avec ses personnages pour certains, ouvrants la porte à une volée de bois vert. Mais d’un simple point de vue logique, il suffit de regarder l’univers dans lequel ils évoluent pour comprendre la nécessité de ce contre point.

Ouvrir l’avenir sur un espoir où se contenter de narrer le passé sous l’angle du factuel ? La marche n’est pas un documentaire, c’est une fiction. Le genre de celle qui ont pour but de faire un minimum réfléchir et pourquoi pas ouvrir les yeux, les oreilles et tout ce qui va avec sur le passé de son pays, l’histoire de ce dernier et les répercussions que l’on peut encore y trouver de nos jours. De ce point de vue, le film remplit sa tâche et même si la perfection n’est pas de ce monde, il affiche une telle sincérité dans la mise en œuvre de sa mission que l’on ne peut qu’une fois le film fini être en parti pris par la force rétroactive du récit. L’époque change, mais certains maux restent, ils ne disparaissent pas et se contente bien souvent d’évoluer. La question est de savoir maintenant si des gens comme ceux de ladite « marche » de cette époque existeraient encore pour des bonnes causes. C’est malheureusement ici que le doute demeure…A voir pour sa culture propre.

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