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[Critique] La guerre est déclarée – Valérie Donzelli – Critique du film

Rentrer dans l’univers cinématographique de Valérie Donzelli, c’est faire un saut en avant dans l’inconnue. On sort des règles classiques, on avance à vue sur un terrain en constante évolution. Oui aussi bien dans la vie que dans ses films la dame est perchée. Mais là où pour certains auteurs cela relève de la fumisterie créative, en ce qui la concerne c’est sa force principale. Elle puise dans cet univers si particulier les éléments nécessaires au fait de nous tenir en haleine du début à la fin d’un film et ce, de quelque façon que cela soit. En lisant le synopsis du film, on pourrait craindre un drama à haute densité en pathos et au final c’est tout le contraire qui se produit. Mon désir de voir ce film était animé par un événement en particulier. Lors d’une interview du duo lors de la promo de la reine des Pommes, j’avais vu l’espace d’un court instant les deux parler à leur fils. Ce dernier étant le centre de l’histoire, cette petite conversation m’était restée en tête. Puis avec le temps je l’avais archivé, jusqu’à ce qu’elle ressorte lorsque j’ai découvert le projet définitif. Qu’en est-il donc de ce second film ? Est-ce qu’en abordant un sujet propre et la touchant dans sa vie de femme, Valerie Donzelli ne s’est pas pris les pieds dans le tapis ? La réponse est un non définitif.

Analyse sans concessions de la vie de couple et de comment l’on survit à la plus cruelle des épreuves « celle de risquer de perdre son enfant » le film se profile comme une sorte de complément involontaire de Rabbit Hole. Ce dernier film couvrait l’épreuve à traverser pendant la période du deuil et l’impact que cela peut avoir sur un couple. Ici c’est presque le même chemin qu’emprunte Valerie Donzelli pour construire son histoire. Sauf que le film se passe pendant une période encore plus incertaine, celle du traitement médical de l’enfant. Moment allant de pair avec l’épée de Damoclès présente au dessus de la tête de l’enfant…comme des parents. Et le film se focalise très vite sur ce couple et la façon d’aborder ce moment terrible. Cinématographiquement parlant, c’est aussi la zone créatrice un peu trouble où l’on peut manquer d’en faire trop et rendre insupportable une histoire demandant une infinie finesse dans sa façon d’être conté. Valerie Donzelli ici garde l’énergie folle qui avait offert une fraicheur inattendue à son premier film. Elle réussit à rendre lyriques des moments graves, ou à faire passer dans le fond des scènes graves avec une touche d’humour aussi décalé que bienvenu. Ne pas prendre le spectateur en otage. Tel était l’obligation de départ et tel est le résultat.

Mais au-delà de tout ce que l’on peut y voir ou désirer y trouver « La guerre est déclarée » reste une magnifique histoire d’amour réaliste dans le fond et sublimé sur la forme de par l’imaginaire débordant de la réalisatrice. Le couple à l’écran ayant vécu cette situation en vrai, on pouvait craindre que quelque chose ne tourne pas rond et fasse déraper le récit. C’est le contraire. La connexion existant toujours aussi bien dans la vie qu’à l’écran entre Jeremie Elkaim et Valerie Donzelli prend ses racines dans ce film. On y voit une infime partie de ce qui s’est passé et cela explique qu’avec les hauts ou les bas, le lien existant restera. Parfois la vie tout court s’avère être la meilleure conteuse d’histoire d’amour. Loin des codes hollywoodiens, on navigue dans les codes Donzellien. C’est beaucoup plus surprenant et capable d’émouvoir tout en faisant rire. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Mais loin d’avoir eu peur de l’épreuve que pouvait représenter la mise en image de ce pan de sa vie de mère et de femme dans un couple, la réalisatrice accouche d’un bel hymne à la vie. À l’amour aussi d’ailleurs….

« La guerre est déclarée » confirme tout le bien que l’on pensait de Valerie Donzelli depuis son premier film. Conteuse un peu folle, saltimbanque de talent et réalisatrice avec un univers que l’on a furieusement envie de continuer d’explorer, elle continue de surprendre. Étonner le public avec des choses qu’ils attendaient. Je m’attendais à certains lieux communs dramatiques, ce fut tout sauf le cas. J’adore me faire avoir et en ressortir le sourire aux lèvres.

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