Critiques de films

[Critique] La délicatesse- David Foenkinos- Critique du film

La délicatesse est un film particulier. Le genre de ceux qui ont de grandes chances de passer entre les gouttes d’une indifférence polie ou bien de toucher en plein cœur le spectateur tombant sous le charme. Jouant sur les apparences et trompeurs, le film commence comme un nombre incroyable de comédies romantiques douces-amères. On se laisse porter par ce que l’on voit, le style et le ton nous induisent en erreurs et soudain le virage pris nous pète en plein visage et l’on se met à se dire « tiens que va-t-il se passer pour la suite ? » et c’est justement l’improbable qui se déroule. La reconstruction après un drame n’est jamais simple et beaucoup se sont cassé les dents sur le sujet. Ici, les deux réalisateurs prennent le parti de mettre en image une histoire aussi réaliste que touchante, sans forcément tomber dans un pathos nauséabond. On en ressort sous le charme, car au-delà de l’impression première le film réussit son pari de charmer avec un couple aussi improbable que touchant. Francois Damiens du haut de sa bouille de monsieur tout le monde et sa maladresse naturelle donne un contrepoint à la fragilité désarmante d’une Audrey Tautou qui n’avait pas été aussi bonne depuis longtemps.

L’erreur à ne pas commettre serait de se méprendre sur le genre du film, loin des comédies romantiques hollywoodiennes, il aborde la chose sous un angle bien différent. Que reste-t-il du romantisme quand celui-ci renaît là où on l’attend le moins possible. Aimer quand on pensait ne plus en être capable, réapprendre lentement mais sûrement à faire confiance, se faire confiance à soi même. Que ce soit l’un comme l’autre, les deux personnages principaux sont des personnages que l’on pourrait croiser à plus d’une reprise dans notre existence. Le genre de ceux sur lequel on aime faire des cancans faciles, des moments  que l’on a tous vécus plus ou moins dans un sens comme dans l’autre. Là où le film est réussi, est qu’il nous emmène sans même que l’on y fasse attention de l’autre côté du miroir. On découvre avec délicatesse, la vie de ces personnes sur lequel notre regard avait arrêté l’exploration au premier abord. Les réalisateurs prennent le temps de poser les bases d’une façon certes classique, mais qui réussit à se nourrir de cet état pour asseoir le potentiel émotionnel de l’histoire.

Loin des films de ce genre donnant dans le stéréotype, la délicatesse « humanise » ces héros. Ni glamour ou incroyablement belle, Audrey Tautou est juste naturelle. Fragile et abîmé, on découvre une femme brisée perdue dans les ténèbres refaire le chemin inverse pour à nouveau s’ouvrir à la vie. Le fait qu’elle le fasse avec Francois Damien a de quoi étonner au premier abord, le couple dans l’inconscient collectif est fait pour ne pas fonctionner et pourtant c’est tout le contraire qui se produit. Cela faisait longtemps (et pourtant, je suis fan de ce genre de romance) qu’un duo d’acteurs dans ce domaine en particulier ne m’avait autant touché. Plus l’histoire se met en place plus la magie prend. On se laisse porter et l’on suit cet apprentissage mutuel sans broncher. Les deux acteurs réussissent durant tout le film à garder l’équilibre sur le fil d’équilibriste où ils sont durant toute la durée du métrage.

Film fragile et à la fois touchant, la délicatesse montre qu’au-delà du deuil tout espoir de retour à « la normale » est encore possible. Quand on a aimé une fois, on peut le faire encore et encore, même si cela prend parfois beaucoup de temps entre chaque nouvel essai. Alors oui, dans les yeux de beaucoup ce film partira avec un a priori négatif, mais s’arrêter à ce premier sentiment serait passer à côté d’un des plus jolis « petits films » de cette fin d’année. Rarement un film n’a autant mérité son nom. Fin, délicat, bien écrit et magnifiquement porté par les deux acteurs principaux, la délicatesse est une superbe surprise qui laisse sur un petit nuage en sortant de la salle. Je ne sais pas ce qu’il en sera pour vous, mais en ce qui me concerne j’ai réellement adoré au-delà de ce que j’attendais. Une belle façon de clôturer l’année cinématographique française et de passer à 2012.

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1 Comment

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    Fabiana
    décembre 29, 2015 at 9:42

    J’aimerais le voir en v.o. mais aussi en italien je l’ai vraiement adoré! Et je partage la sensation d’être sur une petite nuage après! Ce film m’a touché et m’a redonné confiance dans l’amour, le vrai!

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