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[Critique] Kingsman: services secrets- Matthew Vaughn

Matthew Vaughn et Mark Millar, le duo sur le papier semble improbable et pourtant… Kingsman : services secrets est la preuve que cette équation dite maudite est tout sauf aussi simple que prévue dans son débouché. Oui Kingsman : services secrets sous la direction de Matthew Vaughn est tout simplement un des films d’espions les plus jouissifs faits depuis pas mal de temps. Le choix est simple, dès le départ Matthew Vaughn choisit de reprendre la bible des films d’espions et de la pervertir avec plaisir. Les organisations secrètes, les gentils, les gardes du corps badass, le flegme british. Tous les codes des James Bond de la grande époque sont passés à la moulinette pour n’en garder que la base et la reformater à l’époque qui est la nôtre. Et c’est au travers de ce coup de génie narratif que le film de Matthew Vaughn Kingsman : services secret prend son envol.

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Rythmé, barré, drôle totalement fou et monstrueusement « badass » dans la folie de certaines de ses séquences, Matthew Vaughn ne se refuse pas le moindre plaisir. Mais là où par exemple ce qu’il avait fait sur Kick-ass avait du mal à survivre à l’épreuve du temps, de par une vulgarité faussement cool et un parti pris comic books l’empêchant de toucher tous les publics, Kingsman développe l’effet contraire. Certes lui aussi vient d’un comics et de surcroit du même auteur, mais en touchant à un postulat de départ ( James Bond…) qui parle à toutes les époques, Kingsman : services secrets joue d’emblée dans une autre ligue. Comme je le disais plus haut, la remise au goût du jour des codes se fait avec intelligence. C’est un vrai faux second degré qui se met en place sous nos yeux. Le film est drôle, très drôle par moment, Colin Firth et Samuel L Jackson chacun dans leurs camps respectifs s’en donnent à cœur joie. L’un dans le rôle du mentor, l’autre dans celui du méchant absolu à mi-chemin justement entre le moderne et l’ancien. Matthew Vaughn s’amuse à brouiller les cartes. Là où l’on n’aurait jamais imaginé Colin Firth être encore plus terriblement badass qu’un Daniel Craig et surtout crédible en le faisant, Matthew Vaughn nous montre que cela est pourtant possible le tout dans une séquence ( parmi d’autres) d’une folie et d’une violence absolue ou justement Colin Firth dézingue en quelques minutes plus de mondes que Daniel Craig en 3 James Bond. Mais ce n’est qu’un des aspects jouissifs du film.

L’autre vient dans le casting de la jeune génération présente dans le film et surtout 2 acteurs en particulier Taron Egerton ( le héros du film) et Sofia Boutella ( la garde du corps si particulière de Samuel L Jackson). Dans le cas du premier nous sommes presque en face d’une origin story à la Marvel. Celle d’un héros prenant conscience de son destin et l’assumant tout en restant dans le fond et heureusement un jeune connard un peu arrogant sur certains aspects. À la fois charmeur en diable et très drôle tout comme brillant dans l’action Taron Egerton est une des très bonnes surprises du film. L’une des meilleures scènes le concernant ( à part le final…) tient dans une séquence de saut en parachute assez folle ou Matthew Vaughn de par sa réalisation réussit à coller le spectateur à son siège. Simple sur le fond, c’est alors pourtant que l’on se rend compte que le héros tout comme le spectateur à fait du chemin et que l’histoire tient debout : on tient à ce crétin et il commence enfin à montrer son potentiel comme Kingsman. Et c’est justement de ce fameux potentiel qu’il aura besoin pour lutter contre Sofia Boutella. La révélation du film. La moindre de ses apparitions est une joie visuelle ou une ode à la sauvagerie théâtrale. Danseuse Hip-Hop au talent mondialement reconnue, elle met toute son élégance au service de son personnage et de ses jambes épées. Elle combat comme si un Dj venait juste de lancer le beat le plus monstrueux de l’année. Si la Capoeira rencontrait le hip-hop version MMA elle en serait l’ambassadrice.

En bout de course Kingsman s’avère être pour le film d’espion l’équivalent de ce que Matthew Vaughn a fait pour la saga X-Men avec First Class. Il insuffle dans le genre une énergie et une forme de dérision qui manquait jusque-là. Le héros sombre et portant sur son dos le poids d’un passé trop lourd et sombre à vécue. Il faut faire place à une nouvelle génération. Une qui reste fidèle aux « bases » des anciens, mais s’amuse à les remodeler et les adapter à notre époque. Kingsman n’a pas la volonté d’être le film étalon des films d’espions. Mais c’est une alternative de luxe à un genre qui avec le temps ( et même si j’aime beaucoup la nouvelle direction des James bond…) a tendance à tourner en rond. Alchimie parfaite entre grand guignol, action badass ( l’église !!!) et humour bien dosé, Matthew Vaughn signe ici la meilleure adaptation d’une œuvre de Mark Millar. Croisons les doigts pour une suite avec la même équipe et surtout que le duo MatthewVaughn et Mark Millar continue sur d’autres projets. Le gap de qualité entre Kick-ass et Kingsman est tellement grand que l’on en vient à saliver en se demandant ce que nous réserve l’avenir. En attendant chapeau bas, Kingsman est une petite tuerie déviante et totalement jouissive.

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