Critiques de films

[Critique] Un jour de Chance- Alex de la Iglesias- Critique du film

C’est la fin de l’année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

Est-ce que si l’on m’avait dit que prendre pour scène de « théâtre » un bus et y mettre une avalanche de comédiens débutants quasiment dans leurs propres rôles allait donner naissance à une des études sociales les plus intéressantes que j’ai vu depuis un bail, j’aurai crier à la blague. Pourtant c’est bien le pari un peu fou que Michel Gondry fait et se paye en plus le luxe de réussir dans « The We and the I » son dernier film en date. Un bus, une vingtaine d’élèves et autant de possibilités de crises, amours, rires et larmes le tout sur le trajet d’un bus d’un bout à l’autre de la ligne. Prenant comme point de départ le moment un peu crucial de la fin de l’année Gondry ancre son film sur un point charnière pour quiconque à été ado : le dernier jour de l’année avant les grandes vacances. Quiconque à été ado sait que dans un cas comme dans l’autre, c’est à ce moment-là que les masques tombent, que l’on redevient soi-même ou que l’on reste le crétin que l’on à été depuis l’année en cours. Les secrets remontent à la surface, les émotions s’emportent et éclatent. Le tout confiné dans l’espace diablement restreint d’un bus. On doute que l’opération puisse tenir pendant plus d’une heure trente et pourtant.

Sans jamais se départir de l’inventivité et de la folie qui a fait son aura, Gondry réussit pourtant à mettre en place une œuvre intimiste ou l’humain prime toujours. Le casting tout simplement brillant des ados et la finesse d’écriture (j’aimerai connaître la part entre improvisations et textes déjà écrits…) met en place un tempo qui ne retombe jamais. Très vite l’ambiance qui se crée titille la corde sensible de notre mémoire. Les situations sont universelles, peut-être ne les a-t-on pas vécus sous cette forme, mais dans le fond, elles nous restent familières et pour ne jamais casser ce lien, Gondry réussit à se faire discret dans sa mise en scène. Il n’y a que lors d’extractions du bus par un moyen ou par un autre…que l’autre Gondry reprend le dessus. Œuvre quasi bicéphale ou la caméra est sans cesse l’objet de dispute entre Gondry adulte et Gondry enfant, The We and the I ne cesse d’osciller avec brio entre l’œil que porte un adulte sur les tourments de ses ados et la folie qui va de pair avec les émois que ressentent ces ados. Perdu au milieu le spectateur se met lui aussi à vibrer sur le même rythme, mieux encore, il s’y raccorde assez définitivement en se rendant compte que cela lui rappelle des choses. C’est la première grosse force du film, son cœur ! La seconde tient dans ses acteurs, ils sont le moteur du film et le carburant ainsi que le socle, sans eux il n’y aurait rien et quand on voit la qualité de l’ensemble, cela aurait été triste.

Définir Michel Gondry s’est prendre le risque de se casser les dents tant le monsieur est multi facettes. Que ce soit dans Dave Chapelle Bloc Party ( dont d’une certaine façon the we and the I marche dans la continuité…) ou encore une œuvre plus commerciale comme Green Hornet et j’en passe, il prend un malin plaisir à étudier la psychologie humaine parfois sérieusement, souvent pas du tout, et évidement sous le prisme de son sens du paradoxe humoristique. Dans le cas de ce film, non sans jamais se départir de son humour, il n’oublie pas de le faire mariner dans un énorme bassin de réalisme et d’émotions. Tendre et attachant à la fois, Ce We and the I marque une nouvelle étape dans la carrière bien souvent sans fautes de Gondry. Mais au-delà de toutes appréciations, cela marque surtout l’apparition à l’écran d’un film tout simplement brillant et vu qu’il n’y en pas forcément des milliers à l’écran en ce moment, il serait dommage de s’en priver. Courez prendre ce bus !

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