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[Critique] Jeune et Jolie – Francois Ozon – Critique du film

En abordant le thème de la prostitution dans le milieu ado/féminin, on ne peut pas vraiment dire que Francois Ozon ne prenne pas le risque de se faire battre en place publique. Il y avait de quoi faire une magnifique sortie de route, le genre de celle dont on ne se relève pas sauf si le scénario est suffisamment fin pour le permettre. Mais surtout dont il ne sortira jamais rien si l’actrice principale portant le sujet sur ses épaules n’a pas la prestance nécessaire pour donner vie à ce que l’on ne voudrait pas forcément voir. Marine Vacth dépasse la plupart des attentes que l’on pouvait avoir face à ce film et ce sujet. Magnétique, dotée d’un charisme fou sublimé par un érotisme sans failles, elle illumine l’écran dans chacune de ses apparitions offrant du coup au film ce je ne sais quoi qui le fait se différencier de la chose. Ozon réussit aussi et surtout son coup en ne prenant jamais vraiment parti, pas de moral étouffante, juste un regard délicat et suffisamment distant sur le passage de l’adolescence à l’age adulte par cette femme en devenir. L’indécision qui l’habite aussi bien sur le plan sexuel que moral est assez dense, le film se nourrit de ce doute pour créer un sentiment d’incertitude quant à quoi penser de cette héroïne et l’on finit alors par se laisser emporter dans le sillage de son sourire. C’est hypnotique, on n’en ressort pas forcément indemne, mais dieu que le voyage est beau.

Marine Vacth, voilà la première chose que l’on retient du film, la seconde est que ce dernier est une véritable lettre d’amour de la part d’Ozon à son actrice. Travail d’équipe, plus que plaisir solitaire, il ne faut pas nier qu’en amenant son sourire sous forme de matière première, la jeune actrice a su trouver en Ozon, le joailler le plus attentif qui soit. Valorisant la jeune femme à chaque plan et faisant l’effort de lui laisser suffisamment d’espace pour grandir, il offre au spectateur un spectacle magnifique. La force de Marine Vacth est de réussir à sublimer la nudité. Une femme avec du charisme vous sublimera avec son regard et ses gestes avant son corps, et ce, même si elle est nue. Vacht ne tombe pas dans le piège de la nudité certes abondante du film. On en vient à oublier parfois cette dernière de par la mise en scène, mais surtout le véritable numéro d’actrice qui prend vie sous nos yeux. Belle, tête à claque, indécente, ingénue et perverse, elle passe par tous les stades et découvre la vie. Ou du moins comment tirer parti de ce corps dont elle apprend le pouvoir. De jeune fille, elle passe à femme.Le tout en brulant les étapes de la vie par les deux bouts. Ozon pose sa caméra autour de sa “muse” pour définir les points cruciaux de cette évolution aussi bien concernant le changement que ce que l’on nommera comme la ou les zones de non-retours. Perdue dans un engrenage qui la dépasse, l’héroïne se laisse volontairement prendre au jeu du pouvoir et de ce que cela offre. Les femmes sont une arme dont le mode d’emploi fascinera encore et toujours les hommes. Pourquoi? Peut-être parce que l’on ne le maitrise jamais complètement.

Jeu du chat et de la souris sexuelle, Ozon installe le rapport de force malsain qui se déroule sous nos yeux. La personne avec le contrôle n’est pas forcément celle qui paye. L’innocence de l’héroïne se fane au contact de la vie et aussi fascinante soit, elle la personne qui se révèle sous nos yeux est loin d’être forcément, celle que l’on voudrait dans sa vie. Symbole d’une jeunesse en perte de rapport avec les valeurs d’antan, Marine Vacth explose à l’écran, et ce, dès la moindre de ses apparitions. Forte d’un rôle que l’on pourrait réduire trop simplement à de la nudité gratuite, elle réussit à dépasser ce stade sans forcément donner le sentiment du moindre effort. La froideur de son regard et la flamme qui pourtant s’en dégage ne sont pas sans rappeler Charlotte rampling et la présence de cette dernière à la fin du film dans un tête à tête aussi sobre qu’incroyable avec Marine Vacth donne encore plus de force à la comparaison. Touchant, Cynique, pervers le film d’Ozon évite avec talents tous les pièges faciles où l’on craignait de le voir s’effondrer. Le tout pour au final pour créer une oeuvre aussi fragile que superbe. Le reflet de son actrice en somme. À voir.

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