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[Critique] Interstellar- Christopher Nolan- Critique du film

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Est-ce qu’Interstellar est un clone de 2001, un ersatz mal branlé de Gravity? Non, non et encore non. Cela n’a dans le fond rien n’a voir. Christopher Nolan avec ce film signe l’une de ses réalisations la plus humaniste et éloigné des canons commerciaux dans lequel il a pu tomber ces dernières années. Après avoir fait les heures glorieuses du cinéma de genre avec la trilogie Batman et d’une certaine façon Inception, Interstellar revient plus au niveau du plancher des vaches en mettant en avant l’humain quoiqu’il arrive. Est-ce que Interstellar est sur la conquête de l’espace? Oui, mais pas que. C’est avant tout une histoire entre un père et sa fille et les liens qui unissent les deux au-delà du temps et de l’espace justement. Le film est avant tout sur l’histoire d’un père qui cherche surtout à revenir sur Terre pour sauver l’humanité, mais avant tout sa fille. La conquête spatiale et l’espace au sens large sont des choses un poil annexes ne prenant vraiment de “l’importance” que dans les derniers instants du film. Avant cela, Nolan lorgne beaucoup du côté de l’étoffe des héros dont le film est une continuation presque logique.

En prenant l’archétype du héros américain que représente Matthew McConaughey dans son rôle d’américain standard, le fermier héros du peuple, Christopher Nolan jette les bases de son histoire avec calme. L’homme est né sur Terre, mais il n’était pas destiné à y mourir revient comme leitmotiv dans le film, mais toujours contrebalancé par le lien filial qui unit les personnages. Le thème de la famille est central et c’est ici que certains détails agaceront peut-être les uns. Christopher Nolan, loin de sa vision des choses parfois très sombre, dépeint la relation père fille Matthew McConaughey/ Jessica Chastain au fil des années…sous un angle culminant dans l’ombre du cinéma de Spielberg. Cela détonne peut-être d’avec le côté scientifique sérieux du début, mais offre au film une respiration inattendue lui permettant de rebondir vers son vrai point de départ ensuite. Interstellar n’est pas 2001, le comparer à l’oeuvre de Kubrick serait une erreur, les deux films ne se font pas de compétitions, ils sont deux visions pas forcément identiques d’une même question, celle de savoir ce qu’il y a au-delà des étoiles. Un questionnement qui dure depuis des lustres et n’est pas prêt de s’arrêter. Mais là où Kubrick jouait la carte presque métaphysique qui en déroute encore aujourd’hui plus d’un, Christopher Nolan ne se sépare jamais de l’idée de globalité.L’amour qui lie ses personnages est la clé de tout. Cela fait secte en disant cela, voir un peu niais, mais c’est agréable de voir Christopher Nolan explorer un univers plus humain, plus simple dans le fond. Car, même si Interstellar baigne dans la science, il n’en est jamais véritablement obtus.

L’espace qui jouait un rôle majeur dans Gravity est ici un observateur silencieux qui ne vole jamais vraiment la vedette aux aventuriers qui le traverse. L’action au sens propre du terme n’est jamais non plus mise en avant de façon à faire oublier que le vrai coeur de l’histoire réside dans cette notion de survie primale qui traverse l’homme. Sauver le plus grand nombre ou égoïstement sauver ceux qui comptent et sont tout pour nous. Mixant ce postulat de départ au placement de l’homme et son infini microsité devant l’étendue de ce qu’il lui reste à découvrir, Christopher Nolan donne naissance à quelque chose de singulier. Car au travers d’Interstellar s’affrontent des dizaines de points de vues, l’un des non moins importants est le sous texte écologique. Vers quoi tend l’homme, explorateur et destructeur de monde. La menace que nous sommes est-elle destinée à rester sur Terre où s’étendre au reste de la galaxie? La solution est en nous. Le bon sens de se remettre en question, aller de l’avant, prendre des risques et accepter de tout perdre pour permettre à ceux que l’on aime d’avoir un espoir de vie. Interstellar est certes une épopée sur l’homme et la conquête de Nouveaux Mondes, mais c’est avant tout cela un véritable voyage humain, une quête où Matthew McConaughey explose une fois de plus, mais cette fois-ci sous les traits d’un monsieur tout le monde.

Rêver, assumer ses peurs et aller de l’avant pour mieux comprendre sa propre nature et ce vers quoi cette découverte peut nous amener: un renouveau salutaire. Voilà ce vers quoi tend Interstellar. Spielberg n’aurait pas renié un tel film, Nolan s’approprie cet héritage pour ouvrir une autre facette de son historique. Plus calme, plus humain, plus réaliste et les pieds sur Terre malgré son postulat. Et moins pessimiste que d’habitude, Interstellar de Christopher Nolan est une belle expérience de cinéma, le genre de celle où il vaut mieux aller l’esprit sain des spoilers et prendre le temps de se laisser emporter par l’histoire. Massif à digérer, complexe en apparence, mais pourtant fluide dans sa direction artistique et narrative, Interstellar donne envie de garder la tête dans les étoiles pour ne plus trop redescendre.

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