Critiques de films

[Critique] Insensibles- Juan Carlos Medina – Critique du film

Synopsis : À la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées.De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

Où s’arrête le drame et où commence l’horreur ? Beaucoup de réalisateurs en mettant en place ce genre de films se cassent les dents sur cette problématique sans vraiment arriver à trouver la solution du problème. Puis au milieu de la foule, il arrive que l’un d’entre eux décide de tenter une formule à contre-courant pour réussir à offrir aux spectateurs une expérience nouvelle. Du moins fondamentalement de la forme jusqu’au cœur, voir même la moelle épinière de la peur différente de ce que l’on avait jusqu’ici l’habitude de voir. La grosse réussite du film est de trouver les racines de cette peur dans celle de son propre pays. Là où beaucoup de films dits d’horreurs ou fantastiques sont tous bâtis sur le même moule, Juan Carlos Medina prend lui le temps de creuser dans les origines de l’Espagne, ses zones d’ombres ou comme le monstre de ce film se cache des choses que l’on voudrait voir enfoui à jamais. Les secrets les plus horribles prennent souvent racines dans les agissements les plus bas d’hommes comme vous et moi. Le genre de ceux qui sous couvert de l’histoire ont laissé libre court à des envies aussi basses que primaires. Des choix qui entre adultes s’avèrent déjà destructeurs, mais qu’en est-il quand au milieu de tout cela naviguent des enfants et que ces derniers déjà abimés dans leurs propres entrailles subissent de plein fouet le choc de la confrontation avec ses adultes tous plus tordues les uns que les autres ?

Juan Carlos Medina construit un film d’horreur atmosphérique. Parfois sanglant et graphique, le film est horrible de par le malaise qu’il provoque. Tout comme Berkhano fouillant les chairs pour comprendre les mécanismes de son corps, ce film s’attaque au système sensitif du spectateur en le challengant sur des thèmes épidermiques pour n’importe qui de normal. La torture à l’égard des enfants étant l’un d’eux, on comprend vite l’imposante gène qui se traduit dans les yeux de ceux qui regardent. Un sentiment qui très vite oscille de l’empathie au dégout en passant par une presque forme de compassion. Jugé comme des monstres par un pays vacillant, ces enfants avaient pourtant quelque part dans un coin, un mince espoir de devenir « normaux ». L’attachement que l’on peut éprouver face à eux est réel. L’amour que ces derniers se portent offre à l’histoire un côté véridique que le monde des adultes s’empressent de balayer d’un revers de main. L’hôpital prison dans lequel se déroule l’histoire agissant comme un accélérateur sur l’ignominie des adultes on s’enfonce lentement, mais surement dans une descente aux enfers où l’apparente pureté de l’enfance ne peut ressortir que ternie et c’est bel et bien le cas.

Bâti sur un modèle d’une enquête en deux temps au travers des ages avec la quête et le voyage dans le temps pour appuyer les différentes étapes de celle-ci, le film n’épargne rien sur son passage. Aussi bien sur les zones d’ombres d’un pays auxquelles dans les mêmes circonstances, la France n’a rien à envier que dans la façon dont Juan Carlos Medina, fait et défait les rouages de l’âme humaine. L’enfance, la paternité les liens du sang et ce sang qui unit le héros à l’histoire de son pays. Ce sang si proéminent chez l’autre héros…Berkhano. Insensible, incapable en surface d’empathie et psychopathe, il avait tout pour déplaire et pourtant Medina en fait un héros qui est aussi en même temps un soi-disant méchant ( pour de vrai quand même), mais cette folie ne se nourrit que des mauvais traitements que l’on ont infligés les hommes l’entourant. Au-delà de sa maîtrise du script, de son histoire, mais surtout de sa réalisation, Juan Carlos Medina pour un premier film réussit un petit exploit en soi. Celui de créer un véritable film d’horreur « psychologique et atmosphérique » brillant et doté d’un univers le rapprochant assez facilement de Guillermo Del Toro. Il ne fait aucun doute que Medina est une des personnes sur qui il faudra avoir l’œil dans les prochaines années. La nouvelle vague du cinéma de genre vient d’Espagne et grâce à des films comme celui-ci, il ne fait pas le moindre doute qu’elle a de très beaux atouts dans sa manche. Vivement la suite de la carrière du monsieur désormais !

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