Critiques de films

[Critique] Informant – Jamie Meltzer- Critique du film

Le point le plus intéressant avec les documentaires, reste que bons ou mauvais, ils ont ce petit pouvoir de nous ouvrirent les yeux sur des sujets que bien souvent on laisse de côté, où que l’on ne connaisse pas. Dans le cas présent, si je dis le nom de Brandon Darby, beaucoup d’entre vous auront le même moment de surprise que celui que j’ai eu en lisant le synopsis du film : qui est-il ? Je n’en savais rien et d’une certaine façon c’est ce qui était triste, car même si le film n’est pas forcément réussi sur tous les aspects et j’y reviendrais ensuite, il a ce pouvoir de démontrer combien le système sur lequel repose les États-Unis aujourd’hui est de plus en plus vacillant. Ouvrant sa narration sur les actions de Darby dans l’ombre de Katrina et de la reconstruction de la Nouvelle Orleans, le documentaire montre un autre visage de ce qui s’est passé à la Nouvelle Orleans. L’avènement de milices racistes chassant les noirs sous prétexte du danger qu’ils représentent et tout cela en ayant parfois recours aux meurtres. Pris dans les contours d’un tel univers, l’apparition de Brandon Darby jeune activiste voulant changer le monde et redonner une dignité à ses citoyens à l’abandon, laisse présager d’un portrait flatteur du personnage. C’est ce que le début de ce docu presque fiction laisse à croire. Puis soudain, la machine s’enraye. Les visages l’entourant s’avèrent moins lisses que prévu, que ce soit des activistes surveillés depuis des années par le FBI ou des anciens Black Panthers, l’entourage de Darby est trouble. Mais pourtant pas autant que le personnage.

Condamné à avoir une épée de Damocles au dessus de la tête depuis qu’il a fait mettre en prison deux jeunes activistes voulant envoyer des Molotov sur la police, le personnage a perdu de sa splendeur auprès des siens. Le héros n’est plus qu’une « balance » et c’est alors que l’on découvre un personnage dont on n’arrive jamais véritablement à définir les contours, héros ou manipulateur sociopathe ? D’un point de vue à l’autre, la perception que l’on peut avoir de lui devient fluctuante, mais c’est surtout l’état des lieux d’un pays que l’on imaginait pas forcément aussi mal en point de l’intérieur qui se dessine. Comment maitriser les activistes modérés ou extrémistes qui pullulent dans le pays ? La tâche a de quoi faire frémir et quand on voit l’immensité du territoire on se demande si l’oncle Sam est capable de le faire ? C’est donc ici qu’entre en jeu «  Brandon Darby », pion dans une partie d’échec qui le dépasse on pourrait croire que le personnage est manipulé, mais c’est en regardant de plus près que l’on se reprend en cours de route. Qui manipule qui ? Le FBI ou l’activiste infiltrant la bête de l’intérieur et en faisant tomber certains des siens pour le bien d’une idéologie que seul son cerveau assimile et partage. Renier par les siens, adorer par les gens de la rue qu’il a pris sous l’aile du Tea Party comme une bête médiatique, ils naviguent d’un univers à l’autre sans jamais s’arrêter ou donner le temps d’être clairement classifié. Dubitatif sur ses intentions, voilà l’état dans lequel on se trouve en fin de parcours quand on devient le témoin passif de la récupération politique de ses actions et du personnage qu’il a tout fait pour devenir.

Le documentaire en oscillant du point de vue factuel ( images d’archive) vers une reconstitution des faits ouvre la porte à l’interprétation sans jamais clairement tracer une ligne de pensée claire. Brandon Darby surtout dans la dernière partie du documentaire et surtout dans la mise en avant de son argumentaire, montre que conscient du jeu des caméras en public, il adapte son histoire et la rend parfois plus mélodramatiques d’une conférence à l’autre. La simplicité des débuts, laisse place à une certaine forme de froideur calculatrice qui enlève toutes formes de sympathie à l’homme que l’on pensait vaguement pure. Erreur de jugement que le réalisateur s’amuse à détruire d’un bout à l’autre du film. Et si en bout de course la volonté de Brandon Darby était au lieu de faire la révolution au grand jour avait été de pervertir les outils de communication à grandes échelles pour mieux changer de camp et continuer son « œuvre » en sous-main à la vue de tous, mais à plus grande échelle en rejoignant un parti politique conscient de sa valeur en terme de communication. C’est ce qui laisse un goût bizarre en fin de parcours. Celui de se retrouver face à un homme à mi-chemin entre l’utopiste des grandes heures et le manipulateur beaucoup moins sympathique. Une plongée en eaux troubles dans les coulisses d’une nouvelle génération d’activistes peuplant le pays de l’oncle Sam et de l’administration parfois dépassé qui se dresse devant eux. Pas forcément totalement rassurant non plus…

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