Critiques de films

[Critique] Horror Stories- Critique du film

synopsis: Une jeune femme séquestrée par un psychopathe va jouer sa survie en lui racontant des histoires terrifiantes…

Le cinéma coréen est parfois aussi horripilant que passionnant dans sa schizophrénie de style. Comme un enfant illégitime de Tarantino, il se nourrit de toutes les influences possibles et les malaxe parfois avec talents, d’autres fois de façons boiteuses pour offrir aux spectateurs une ambiance et expérience pour le moins déstabilisante ou au mieux nouvelles. Dans le cadre de Horror Stories, c’est vers comme son nom l’indique l’horreur et le film à sketches que les réalisateurs et producteurs se tournent. Le tout avec plus ou moins de succès en fonction des sketchs. L’ennui majeur des anthologies est l’évident déséquilibre pouvant régner d’un film à l’autre. Parfois cela passe tout seul, mais dans certains cas, le fossé est tellement grand qu’il s’avère difficile pour le spectateur de raccrocher au Wagon. Horror Stories n’échappe pas à la règle, alternant le moins bon avec des échappés plus ou moins réussis qui n’auraient pas eu de mal à trouver le chemin du long métrage. Jonglant de l’horreur graphique vers une tension plus psychologique ou clairement d’inspiration japonaise avec ses fantômes très statiques, le film sonne comme un gigantesque exercice de style plus ou moins réussi, mais pas forcément mémorable malgré tout.

Désireux d’encrer la peur dans le réel, les segments tournent autour de peurs classiques, l’invasion de son logis, les réflexes de défense d’une mère face à des personnes voulant s’en prendre à sa fille et bien entendu d’ignoble serial killer et quelques fantômes. Hétéroclites dans son style et foutrarque dans ses idées, Horror Stories réussit néanmoins à faire en sorte de créer quelques beaux moments ( pas forcément aboutis certes…). Le reproche majeur pourrait tenir dans l’alchimie des styles et le crescendo qualitatif qui s’enchaîne plus ou moins bien dans le film. Commençant sur un premier film à la finalité assez incompréhensible et abusant de ralentis pas souvent très utile, le film réussit assez vite à reprendre une certaine forme. Aidé en cela par sa structure en deux temps, celui où l’on retrouve la victime racontant les histoires au tueur pour l’aider à dormir…et l’autre « réalité » où justement ces histoires prennent vie sous nos yeux le film réussit malgré des hauts et des bas à dégager une énergie aussi communicative qu’imparfaite. Mais même si celle-ci est touchante on ne peut s’empêcher de voir le fossé qui se dresse entre les histoires dont le style s’inspire de gros succès hollywoodiens et autres (l’attaque des zombies en mode 28 jours plus tard, bien souvent illisible) et ces moments où l’horreur se fait plus ironique et atmosphérique (l’histoire des deux sœurs et le mari…) La force assez magistrale et la faiblesse du cinéma de genre coréen est de bien trop souvent vouloir jouer la carte de l’international, se bridant et formatant quelque peu son propos pour parler au plus grand nombre. Chose qu’ils font rarement quand on aborde le thème de la comédie ou du drame. Des genres plus nationaux allons nous dire.

Horror Stories ne se prive pas de jouer en sous-main avec ces thèmes, mais la volonté de faire du genre aboutit parfois à un entre deux bâtard. Mais au milieu de tout cela fleurit aussi parfois des films dont on se dit que le potentiel a passé du court au long est assez énorme. En témoigne ce segment dans un avion où un prisonnier en plein transfert massacre ses gardiens et qu’une hôtesse de l’air se retrouve seul contre lui dans un avion à la dérive. Un voyage sans fin, mais un plaisir aussi coupable que prenant. La réalisation loin des quelques excès des autres films prend alors le temps de créer une ambiance et de jouer sur le moindre espace et recoin que présentent ce huit clos dans les airs. Maniant les genres avec parfois beaucoup de talents, parfois moins, Horror Stories amène malgré tout un regard intéressant sur la façon de transmettre la peur dans le cinéma étranger. La base de départ reste la même d’un pays à l’autre, mais la méthode pour y arriver diffère. L’autre défaut anecdotique et à la fois cruellement ironique est qu’en bout de course, on finit par se désintéresser assez fortement de la trame principale laissant cette pauvre femme prise au piège de ce sérial killer au sommeil trouble s’évanouir dans une indifférence assez polie. Amusant, frustrant et à la fois délicieusement pervers dans certains cas, Horror Stories est une expérience assez dépaysante, imparfaite, mais qui remplit en grande partie sa mission…faire rire malicieusement du malheur d’autrui.

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