Critiques de films

[Critique] Holy Motors – Leos Carax- Critique du film

Il y a des films qui vous agacent par l’apparente nonchalance dans l’art de l’écriture. Il y a des réalisateurs capables de passer outre et de sauver l’ensemble grâce à la patte de réalisateur qui les caractérise, ils voyagent avec un univers dans leurs bagages et n’hésitent pas si nécessaire à le faire partager. Du moment que l’on respecte cette part du contrat et que l’on me fait rêver que l’on me vend un ailleurs dans les contrées de l’imaginaire d’autrui je suis heureux. Je ne suis pas compliqué comme spectateur. Mais quand par contre, je me retrouve face à quelque chose qui à mes yeux se cache derrière la soi-disant expérience pour au final me vendre un foutoir sans queues (enfin presque) ni têtes…je deviens dubitatif. Holy Motors rentre donc malheureusement pour moi dans la catégorie des films à problèmes, le genre de ceux où même en essayant de faire des efforts surhumains, je ne rêve, pas, ne m’évade pas et n’adhère pas. Pourtant l’idée de base en soi, sur ces similis anges gardiens et ses pastilles de vies montrant la façon dont ils interviennent dans les notres est intéressante. Il y avait même la possibilité de faire une belle histoire, voir plusieurs belles histoires…hors le problème majeur est que noyé sous ses clins d’oeils, ses références et son côté pompeux ce Holy Motors de Carax noie son sujet dans le jus brumeux de son moteur justement. Ce qui fait que le voyage ressemble à une longue plainte incessante d’une mécanique qui patine,patine pour au final s’user dans le vide.

Le point le plus agaçant et paradoxalement le meilleur du film est son acteur principal. Carax se repose très paresseusement sur lui. La dynamique du duo donne l’impression que le réalisateur conscient du potentiel assez fou de son acteur principal décide justement de lui faire faire n’importe quoi…Son parcours dans Paris, au travers des différents personnages qu’il incarne n’a au fond que peu d’importances, la cohérence indiffère tout le monde. C’est la sacro-sainte expérience qui prime. Le gros hic est que très vite ces moments qui ont pour but de nous faire battre le palpitant, mettre en émois la boite à sentiments provoque des soupirs gênes, des rires un peu crispés devant le ridicule absolu de la scène…palme d’or à Eva Mendes, madonne en BURKA berçant un Denis Lavant nu comme un ver, l’érection en avant et allongée sur ses genoux…Une scène parmi tant d’autres, passons sur le clin d’œil a Demy avec cette séquence soit disante pleine d’émotions ou Kylie Minogue chante le passé de son personnage et celui de Lavant…c’est creux, mal mise en scène et ne véhicule aucune émotion. La clôture de la scène et le hurlement de Lavant renvoient presque à une scène identique dans Punch Drunk Love avec Adam Sandler ou le même équivalent comique était mis en place sur là aussi un fond un peu dramatique. Chez Anderson la chose fonctionne a 200% ici, elle s’écroule mollement condamnant encore plus le film à errer dans les méandres du grand n’importe quoi.

Que le scénario ne soit pas bon est une chose, ce n’est pas le premier mauvais film que je vois. Ce que je trouve au final assez catastrophique c’est l’anti mise en scène de Carax. Je ne connaissais jusque-là pas forcément bien son cinéma, mais le rangeait peut-être à tort dans la même case que Gaspard Noé. Des cinéastes pour lequel je n’avais pas de passions particulières. Puis un jour j’ai rattrapé mon retard et mis mes a priori de côté sur Noé en voyant Enter The Void. Le film a dans sa colonne vertébrale une grosse similitude avec le film de Carax. Celui d’être une expérience. Le scénario est une base, la porte ouverte sur son imaginaire, ressenti, et tout le barnum en est une autre et justement c’est ici que la scission sur le fond aussi bien que la forme se fait entre les deux réalisateurs. Noé sublime la simplicité apparente de son script et solidifie l’histoire en y imprimant partout son ADN de réalisateur. Les références, le vécu, le message qu’il veut faire passer…tout se fond en un tout compact, dantesque et brillant qui laisse la concurrence loin derrière. Chose qui au final nous ramène vers Carax qui suit en partie le même chemin et se prend les pieds dans le tapis image après image. Sa mise en scène est impersonnelle, artificielle, ni belle ni moche, juste transparente. Il ne fait qu’ouvrir des scènes avec comme seule idée maîtresse de mettre en avant sa Rolls, son Denis Lavant. Je comprends la démarche et la trouve logique quand on a sous le coude un acteur de ce calibre. Ce qui l’est moins est de ne jamais lui donner suffisamment de matières concrètes et de backup pour éviter que l’ensemble ne ressemble à un gigantesque foutoir au mieux ou au pire à un gros foutage de gueule.

Car en bout de course c’est ce qui énerve le plus, à se perdre dans tous les sens, à gratter dans tous les territoires sans jamais vouloir vraiment unifier concrètement, Carax crée un kaléidoscope de sentiments. Des émotions qu’ils nous lancent à la gueule comme un feu d’artifice parfait ou un numéro d’acteurs qu’il s’imagine inébranlable. Malheureusement, ce n’est pas le cas et il semble bien être le seul à ne pas s’en rendre compte. Holy Motors empile le grand n’importe quoi avec une régularité inquiétante et un timing parfait dans le désintérêt profond de son public. Trip d’auteur et volonté de faire une œuvre pour sa famille d’acteurs, le film de Carax est un objet filmique non identifiable. On le regarde et quand le moment de faire le bilan arrive on s’interroge sur le sens profond de la chose. Qu’on ne réponde pas que c’est une expérience artistique, cela n’est dans le fond qu’un argument marketing fait pour masquer la vacuité absolue du produit final. Le cinéma se base sur les émotions, la mise en scène et l’histoire où reposent les fondations des deux éléments dits en amonts. Holy Motors ne dispose que d’un très grand acteur en roue libre concrète et sans aucune assistance pour le reste. La voiture ne pouvait donc que faire une sortie de route, ce qui m’oblige du coup à citer une phrase du film dans une scène similaire « Pigeon suivez ce taxi »…cela doit sûrement être celui du réalisateur foutant le camp au loin…et le pigeon qui le suit du regard c’est bien entendu le spectateur au final. Je ne vois pas d’autres explications…

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