Critiques de films

[Critique] Gravity – Alfonso Cuaron – Critique du film

D’un point de vue humain et non technique ou analytique, j’aime à penser que ce qui définit un grand film réside dans deux choses : l’exaltation que l’on ressent encore en quittant la salle et les jours qui suivent et le plaisir même des années après de continuer à partager cesdites émotions avec de nouvelles générations. Un vrai grand film est ce qui vous marque dans la tête, le cœur et les sens en allant chercher au fond de vos émotions les plus folles, les plus intenses et qui les retournent pour mieux vous les projeter à nouveau au visage sous une forme inattendue. Gravity est typiquement ce genre de films, Cuaron reprend l’humain comme moteur pour mieux le perdre dans l’infinité de l’espace et le confronter face à sa propre mortalité et infinitésimale microscopie. Certes nous ne sommes rien dans l’histoire du grand tout, mais est-ce une raison pour se laisser abattre et sombrer ? L’histoire de Gravity est un survival et sans jamais tomber dans les clichés inhérents à ce genre particulier, Alfonso Cuaron et son fils, mettent en place, l’une des aventures humaines les plus folles que le public aura la chance de voir avant bien longtemps. Oui le film est en 3D, mais ici Cuaron joue sur les 3 dimensions de la narration en utilisant à bon escient et avec une intelligence, l’image, le cœur et le son. Combinaison s’apparentant à la mise en place d’une synergie assez folle entre les effets spéciaux, la narration et le mixage son. Des éléments qui ne se trouvent qu’encore plus mises en avant brillamment par la présence charismatique de George Clooney et la prestation magnifique de Sandra Bullock qui trouve dans ce film l’un de ses plus beaux rôles.

Terrifier le spectateur est une chose, le scotcher à son siège pendant 90 minutes de la façon la plus viscérale qui soit en est une autre. Je suis ici un privilégié, car malheureusement tout le monde ne verra pas le film dans les conditions qui ont été les miennes. La projection en Atmos et son nombre incroyable d’enceintes dans la salle englobe le spectateur. Magnifiant au-delà du réel l’expérience vécue durant le film. Plus d’une fois, j’ai cru que des personnes de la sécurité avait leur talkie d’allumer…alors qu’en fait, il s’agissait bien de retour son radio…provenant de la terre entendue via le cockpit de la navette. Le travail accompli par l’équipe son défie de très loin ce que l’on a l’habitude de voir, mais ce n’est rien en comparaison de la mise en scène. Enter the Void, trip hallucinant de Gaspard Noé, utilisait la technologie à un niveau impressionnant pour sublimer les idées de narrations et faire avancer l’histoire de façon fluide. Cuaron marche une nouvelle fois dans cette direction en montrant qu’il est un de ces rares réalisateurs n’utilisant pas la 3D comme un gadget. Il fait d’ailleurs un véritable tour de force en utilisant à plus d’une reprise et bien souvent dans des cas d’une complexité hallucinante, l’utilisation de cet outil sans que jamais à aucun instant l’esprit du spectateur ne s’arrête dessus. Privilégiant le spectaculaire au lieu de l’histoire, non, ce genre de fautes n’arrive jamais et cela tient du miracle. Car et même si je trouve bien souvent le mot quelque peu exagéré, on peut sans mal dire que le film et son actrice principale sont touchée par la grâce. Et l’empathie que le spectateur ressent pour Sandra Bullock n’est pas vaine. Prise au milieu d’une tourmente sans nom, c’est la finesse de son jeu d’actrice qui renforce encore plus l’amour que l’on peut lui porter.

En capitalisant sur le personnage le moins préparé à subir ce genre de périples, le film offre une tension incroyable au spectateur. On affronte à niveau d’homme l’immensité de la tâche. Basant son histoire sur des détails technologiques et scénarios catastrophes réels Cuaron applique des électrodes le long de la colonne vertébrale du spectateur. Épreuve après épreuve, le film se plait à briser les barrières des challenges technologiques qu’Hollywood lui jette à la figure tout comme la veine résistance psychologique que l’on peut vouloir appliquer devant ce récit. Toute résistance est inutile, Gravity flotte trop haut au-dessus de la compétition pour tenter quoi que ce soit en fait. Il y a quelques années Cameron avait ouvert la boite de Pandore de la 3D lâchant sur Hollywood un monstre que peu d’hommes ont eu le talent de contrôler. En 2013 tout comme avec Avatar en son époque, Cuaron vole la couronne de Cameron en montrant qu’il a domestiqué la bête pour en faire désormais sa chose. Il y a dans Gravity plus de séquences où l’utilisation de la 3D défie les lois de la logique et vous laissera sans voix (véritablement et je pèse mes mots) que dans quasiment toute la production 3D d’Hollywood à quelques rares exceptions près depuis dix ans. Mais ce qui fait la véritable force de ces séquences et que dès la première minute du film, de par la finesse de sa mise en scène et sa narration, Cuaron père et fils ont créer un véritable monument du cinéma où l’émotion va de pair avec le spectaculaire. Gravity n’est pas qu’un film, c’est une des plus belles expériences de cinéma que j’ai pu voir depuis des années, le genre de celle qui marque une étape dans votre vie de cinéphile. Le cinéma d’un point de vue technologique évolue avec vous sur la forme, mais sur le fond le cœur d’un homme reste le même, il suffit juste au compteur de l’histoire de savoir faire en sorte de tirer la bonne corde pour le faire rêver et dieu que vous m’avez fait rêver Monsieur Cuaron. Un véritable chef-d’œuvre dans son genre.

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