Critiques de films Films américains Les news

[Critique] Gone Girl- David Fincher – Critique du film

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

David Fincher aime-t-il les comédies romantiques ? On peut se poser la question en découvrant Gone Girl. Oui le film tiré du roman éponyme de Gillian Flynn est le côté obscure de la comédie romantique. Une version ultra nihiliste et cynique de ce qu’est l’Amérique, des valeurs du mariage et de la romance et les travers qu’elle portent en son sein. Oui Gone Girl est sans nul doute un des films de David Fincher les plus singuliers qu’il a réalisé depuis le début de sa carrière. Rien n’est laisser au hasard et la patte du maitre se voit et se sent à tous les étages. Son œil pour le détail, son côté psychopathe du plan parfait aussi. Rien ne dépasse et cela contribue a créer une immersion encore plus grande dans cette univers qui en l’espace de plusieurs actes ne cesse de voler en éclats pour emmener le spectateur vers une situation pour le moins déstabilisante. Il est fréquent à la Tv de voir Hollywood s’amuser de ce qui se passe à l’intérieur de la maison de ces soi-disant couples parfaits. On prend plaisir à s’immiscer dans la vie des autres pour en apprendre encore plus. Mais dans le cas de Gone Girl, il y a un risque, celui de recevoir bien plus qu’on en demandait dans la gueule. David Fincher se joue de nous, de notre voyeurisme et s’en délecte jusqu’à créer une pièce d’une sournoiserie absolue.

gone-girl-poster

L’amour est une lame a double tranchant, d’un côté, elle tranche dans le gras de votre vie pour élaguer les zones troubles et embellir l’ensemble. De l’autre, elle vous saigne à petits feux en vous laissant vous vider de votre sang. Dans le cas de Gone Girl, on est en droit de dire que la chose tend vers le choix numéro 2. Personne n’est parfait, chez David Fincher et Gillian Flynn, bien au contraire. Les apparences sont trompeuses et ni Ben Affleck ni Rosamund Pike n’arriveront comme des saints au paradis, mais c’est bien dans ces détails que se joue le piquant du film et son côté délicieusement pervers et addictif. Société dopée à la news, au procès et à la mise en avant sournoise des petits détails de la vie des autres, Gone Girl déballe les travers de l’amérique sur la grande place. Ben Affleck impérial dans le film prend le rôle du martyr qui devra se repentir de ses fautes pour revenir en grâce, la peine est lourde, le châtiment qui précède la résurrection l’est encore plus. Mais ce n’est rien en comparaison de ce qui prend forme sous nos yeux. L’éclatement de la cellule « maritale » renvoie aussi aux bases de la romance dont Hollywood se drape depuis des décennies dans les films. Les contes de fées n’existent pas, car bien souvent ladite fée est tout simplement la pire des garces. Celle du genre à côté de qui la plus grande psychopathe serait une petite souris. Rosamund Pike est et ce n’est pas un euphémisme que de le dire désormais, la Glenn Close de 2014.

Gone Girl ne cherche pas à prendre de camp, au contraire, il détruit les certitudes que chacun des fameux camps peut se faire de l’amour, de la vie de couple et les noie dans un océan de jalousie. De rancœur et de peur en bout de course. Après avoir couru contre un tueur mythique dans Zodiac, pris en chasse un pervers tétanisant dans Seven, David Fincher ne lâche pas la course à la déviance humaine sous toutes ses formes. Il se contente juste de changer le lieu de la traque. La banlieue américaine et ses petites vies soi-disant parfaites. Le paradis pour lui tout comme la romance basique n’existe pas. C’est dans les turpitudes du mariage, les non-dits et ces petits coups de canifs au contrat que se cache la matière première animant ses personnages. Une volonté farouche d’abimer pour rendre au centuple le mal vécu au fil des années. David Fincher méprise-t-il autant le romantisme que la fausse perfection de la Desperate Housewives américaine ? Je me le demande encore, mais cela a aussi pour effet de donner naissance dans Gone Girl à l’une des plus belles peintures nihilistes et cyniques de ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui. Tout n’est qu’apparences et si l’on sait les manier avec talents personne n’ira jamais regarder au-delà. Laissant ainsi libre court à vos pires peurs face à celui ou celle se trouvant en face de vous ou bien à vos pires turpitudes et manipulations face a votre conjoint. Gone Girl joue sur le faux pour prêche le vrai et construit le faux pour qu’il sonne aussi dure que le vrai. On en finit lessivé et sans voix par rapport aux jeux de destructions des codes cinéma du genre et surtout de ce portrait de l’Amérique.

GONE+GIRL+Movie+HD+Trailer+Captures00023_1_1

Du haut de ses 2h30, Gone Girl n’est pas exempts de petites longueurs, mais la perfection du casting de premier plan comme de second et l’esprit retors du scénario font oublier cela. Plus terre-à-terre, car explorant un monde en apparence moins glauque que les précédents films de David Fincher, Gone Girl n’en oublie pas pour autant de faire reposer les bases de son récit sur une psychologie aussi terriblement trouble qu’addictive. C’est ce côté vénéneux et la beauté effrayante et hypnotique du personnage de Rosamund Pike qui donne à Gone Girl ce statut si particulier. Celui d’immense WTF pervers dont on ne ressort pas indemne. Très bon film !

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply