Critiques de films

[Critique] Frances Ha- Noah Baumbach- Critique du film

Frances, jeune New-Yorkaise, rêve de devenir chorégraphe. En attendant, elle s’amuse avec sa meilleure amie, danse un peu et s’égare beaucoup…

Pris au milieu de tout ce que le cinéma hollywoodien classique offre comme concepts bateau et peu novateur, il est parfois intéressant, même salvateur dirons-nous de se tourner vers le cinéma indépendant pour retrouver un peu de fraîcheur. Chose qui est définitivement le cas ici. Frances Ha de Noah Baumbach est un des plus délicieux Ovni que j’ai vu dernièrement. Combien de fois la vie de trentenaire indécis sur leur futur aura été traitée des à l’écran où en livre ? Des milliers de fois, souvent avec brio et parfois sans la moindre forme de cet ingrédient salvateur et pourtant, il arrive encore qu’au milieu de la foule des petits miracles se produisent.  Et quand je dis ce mot, je devrais m’auto corriger pour tout de suite ne prononcer en fait que Greta Gerwig. Héroïne principale du film tout comme coscénariste avec le réalisateur, Greta Gerwig amène à son personnage une fraîcheur assez folle et un second degré assez magnifique à son personnage. La comparaison peut sembler hâtive, mais il y a en elle dans ce film, une sorte de version féminine et moderne de ce que Woody Allen était à l’époque de ces débuts. Tendre, drôle, mélancolique. Le duo qu’elle forme à l’écriture avec Noah Baumbach et le tandem qu’il caractérise devant et derrière la caméra montre encore que même sans budgets, il suffit toujours d’avoir des idées pour accoucher de beau et bon film.

Que se passe-t-il dans la tête d’une trentenaire à la recherche d’un sens à sa vie ? La question fatidique de centaines de scénaristes depuis des années. Démarrant l’histoire sur une base au final classique le duo Baumbach/ Gerwig construit progressivement les contours d’un personnage que l’on imagine à tort au début du film un poil cruche. C’est en avançant avec elle autour d’un univers qui pourrait se dérouler dans n’importe quelle ville ou quelle vie que l’éclosion du personnage nous apparaît. Jack Kerouac en jupons…d’un point à l’autre de la Terre, de sa ville ou de sa vie au final, elle apprend à grandir en se frottant à une vie qui au final bien souvent la dépasse. S’assumer sans pourtant changer et aller de l’avant aussi bien au travers des yeux des autres que de son propre ressenti. Ne lâchant jamais les rênes d’un certain humour le réalisateur cajole son actrice principale pour lui laisser le champ libre pour donner vie à son personnage. À la fois touchante, incompréhensible dans certains de ses choix, agaçante dans son indécision et profondément humaine en bout de course, le personnage qu’interprète Greta Gerwig n’est pas si éloigné de personnes que l’on peut trouver dans son propre entourage ou par extensions de certains de nos doutes et défauts plombant notre quotidien. C’est dans cette humanité et ce naturel que le lien évident entre le public et cette histoire se tisse pour ne jamais vraiment s’écrouler ensuite.

Faire ressentir le poids d’angoisse plus ou moins commune est un challenge, c’est justement dans cette forme d’universalité que se tient la diversité de la chose. Oui je sais je m’enfume moi-même en disant la chose, mais la quête d’une certaine forme de normalité personnelle tout comme amoureuse que ressent le personnage qu’incarne Greta Gerwig n’est pas si différente de celle de beaucoup de gens à la recherche d’un sens à leur vie. Le tout perdu dans l’immensité d’une ville et d’une vie qui les dépasse. En choisissant de rester dans le domaine du cinéma indépendant, mais de ne jamais plomber son récit par des lieux communs ou autres lourdeurs qui lui aurait été fatal, le duo Gerwig/ Baumbach donne vie à une œuvre singulière aussi barrée que fragile. On accroche ou pas, mais l’humanité qui s’en dégage tout comme l’humour totalement rafraîchissant, car jamais lourd fait mouche. A mille lieux de ce que l’on à l’habitude de voir, ce Frances Ha se révèle être une diablement bonne surprise.

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