Critiques de films

[Critique] In Your Eyes- Brin Hill- Critique du film

Émanant de l’esprit de Joss Whedon, le film « In Your Eyes » souffre en partie de l’ombre envahissante du monsieur. Au point même que l’on puisse finir par oublier que le réalisateur du film se nomme en fait Brin Hill et non pas Joss. Cela formate du coup un peu les attentes du spectateur et entraine un sentiment bizarre. On s’attend à du surprenant, de la nouveauté…et au final, on a du très classique. In your eyes est une bluette très sympathique qui ne doit sa survie qu’a ses deux acteurs principaux dont le charme réussit à porter à bout de bras le récit du début à la fin. Au-delà de ce point précis, il faut malheureusement bien reconnaître que In Your Eyes est très prévisible. Bâti comme une sorte de version alternative de « Si c’était vrai » de Marc Levy et possédant le rythme narratif d’un Guillaume Musso, le film ne cherche pas à mentir sur sa profondeur. Vous aurez toujours pied quoiqu’il arrive. Inutile d’avoir peur.

Mais malgré ce début de jugement plutôt critique, il faut reconnaître que le film possède deux atouts énormes Zoe Kazan et Michael Stahl-David. L’élément clé d’une romance consiste à ce que le public s’attache et se retrouve dans les personnages féminins ou masculins de l’histoire et c’est le cas ici. Zoe Kazan tout en finesse rayonne face à Michael Stahl-David, les deux sont complémentaires jusqu’au bout des ongles et même si à plus d’une reprise la réalisation de Brin Hill donne un ton soap opéra à cette romance, l’alchimie des deux colmate les fuites. In Your Eyes est un micro budget, la chose a-t-elle eu un impact néfaste sur le temps de tournage et la complexité permise pour la narration ? Peut-être, nous ne le saurons jamais vraiment, condamnés à rester à contempler le résultat. Dépiction de la création d’une romance, via une rencontre improbable, le film réussit son coup sur ce point. Créer un point de départ propice au rêve, mais surtout à l’évasion. Le monde dans lequel évolue les deux héros est tout ce qu’il y a de plus réel, mais c’est dans l’énergie qu’il déploie pour s’en évader et s’en recréer un nouveau que l’histoire fini par être en partie touchante. Zoe Kazan et son côté girl next door donne au film un je ne sais quoi capable de donner envie de tout pardonner. Le vrai pouvoir de cette femme est dans son sourire, ce genre de petits moments désarmant qu’elle utilise pour charmer aussi bien Michael Stahl-David que le public au travers de quelques séquences aussi simplistes que poétiques.

Mais cela n’enlève pas forcément en bout de course une certaine frustration. Au-delà des deux héros, le film n’offre pas forcément aux spectateurs de quoi se raccrocher sur quelque chose de véritablement solide. Les personnages secondaires n’ont jamais autant mérité d’avoir ce nom marchant dans leurs ombres. Le fait est que dès la romance commence entre les deux héros, le monde qui les entoure devient pour le moins accessoire, tout comme ce qui le compose. Force et faiblesse du film, cette attitude justifie la romance et le besoin que les deux héros ont de courir l’un vers l’autre pour se « reconstruire », mais en terme de plaisir de cinéphile, cela enlève une grande partie du potentiel de retournement de l’histoire. Il n’y a pas véritablement d’enjeux ( que l’on n’aura pas vu venir). La surprise n’étant plus de mise, on suit paisiblement le train de l’histoire le long de la voie sans se poser véritablement de questions, vu que l’on connaît son point de chute. Petit exercice de style qui aurait fait un très sympathique téléfilm, cette création de Joss Whedon mise en scène par Brin Hill souffre de l’ombre de son créateur. Pesante, elle cache celle du réalisateur et rend son travail pour le moins transparent. In Your Eyes possède un cœur gros comme cela…mais pas forcément la bonne carapace pour le protéger des intempéries narratives. Ce qui du coup ne lui permet jamais de dépasser le stade de simple bluette. Mignonne, mais pas forcément mémorable.

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