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[Critique] Event Horizon – Paul Ws Anderson – Critique du film

2047. Le vaisseau spatial « Lewis & Clark » s’apprête à regagner sa base quand l’équipage reçoit l’ordre de gagner la station Daylight pour embarquer le physicien William Weir, avec lequel il doit repartir en direction de Neptune. Quelques années plus tôt, Weir avait conçu un engin spatial révolutionnaire capable de se déplacer plus vite que la lumière mais qui disparut corps et biens aux abords de Neptune. La mission du « Lewis & Clark » consiste à repérer l’épave de l' »Event Horizon », à déceler les causes de sa mystérieuse avarie et à récupérer les éventuels survivants.

Paul Ws Anderson est un cinéaste paradoxal, le type de ceux qui comme beaucoup de soi-disant Yes Man en surface possède malgré tout en lui des qualités d’ « entertainer » évidente. On aime ou pas, mais quand on vient à la case du divertissement parfois bas de plafond, mais consommable sans laisser de lésions internes sur votre cerveau, son œuvre est un peu le burger king de la restauration cinéphilique rapide. Tout comme Zack Snyder avec « L’armée des morts » Anderson avait au début de sa carrière réussit l’exploit de faire un film certes un chouilla bâtard, mais contenant suffisamment de potentiels et de moments glauques au possible pour que l’on puisse croire en son avenir. De quoi suis-je en train de parler ? D’Event Horizon. Film qui pourrait être résumé comme étant « la maison du diable dans l’espace… » Oui là encore indirectement l’empreinte du film de Robert Wise ressurgit des années après sur le travail d’un autre réalisateur, mais c’est vrai que le cœur même de l’action de ces deux films est au final profondément similaire. La grosse différence tient dans un élément au final assez classique…le talent beaucoup plus mineur d’Anderson quand il s’agit de créer une œuvre dite indémodable. Mais est-ce que cela fut une seule fois son intention ? Je ne crois pas. Chose qui du coup replace immédiatement ce Event Horizon dans une autre dimension et permet de l’apprécier de façon bien plus légère et agréable.

La véritable horreur se nourrit de ce qui rôde dans notre esprit. Nos peurs, nos phobies. Combien d’auteurs de fantastiques ou d’horreurs aussi bien au cinéma que dans le domaine de la littérature ont pris ce postulat de départ pour créer une entité démoniaque n’ayant qu’une intention, en finir avec nous de la façon la plus sournoise possible. Event Horizon touche ce postulat de départ du doigt et s’en éloigne au final pour créer quelque chose de nouveau. Qu’est-ce que le mal à l’état pur et quelle influence peut-il avoir sur nous quand on se retrouve dans un huit clos sans issue. Anderson est un amoureux du cinéma de genre, c’est une donnée indéniable chez lui. Mais être un amoureux d’un domaine n’ouvre pas forcément toujours les clés de la case réalisateur. Pour arriver à maîtriser cette équation, il faut du temps ou un talent inné, chose qui n’est pas forcément encore aujourd’hui dans les mains d’Anderson. Mais malgré tout, il se montre capable de tirer le meilleur parti de son script, de son budget, casting et surtout de sa matière grise. Car effectivement même si le film reste la plupart du temps cloisonné dans le cadre du blockbuster de genre, Anderson à la différence des films qu’il réalisera par la suite instaure ici une sorte de second degré de lecture qui est assez jouissif. La lente descente en enfer de l’équipage et ce cheminement inéluctable vers l’enfer se fait en respectant aussi bien les codes de l’horreur que celui du jeu des références du réalisateur.

Le film se nourrit d’un nombre assez incalculable de références pour réussir à régurgiter ces dernières de façons crédibles et palpables quand on en vient à la perception de la peur ou du simple malaise précurseur de ce sentiment. Il est vrai que lorsque pour cela on se retrouve avec Sam Neil et Laurence Fishburne en tête d’affiche, la tâche en est simplifiée à l’extrême. Le duo amène une intensité peu commune à ce face à face en huit clos. Les deux acteurs ayant l’habitude de titiller du doigt la folie dans les rôles jalonnant leurs carrières se retrouvent du coup comme des poissons dans l’eau. Et c’est au travers des scènes qu’ils habitent que le film trouve une certaine puissance. Car même si le scénario peut parfois paraître classique et ne pas toujours toucher au but, le travail de duettistes entre les acteurs et le réalisateur réussit à supplanter plus d’une fois ce problème. Malaise, doute et angoisse profonde, Event Horizon joue sur toutes les cordes de la gamme du registre de la peur pour toucher au sens large et les acteurs de premiers ou seconds rôles amènent beaucoup du poids de la réussite globale dans leur bagage. Très premier degré dans sa façon de mettre en place l’horreur, le film affiche un sérieux que le réalisateur ne retrouvera plus jamais par la suite. Galop d’essai transformé assez vite en chant du cygne de son potentiel de réalisateur, Event Horizon est aussi bon que triste d’une certaine façon.

Définir les contours de l’horreur dans le cadre d’un blockbuster faussement grand public était une gageure et dans l’ensemble malgré le côté un peu casse-gueule de l’ensemble Anderson s’en sort admirablement bien. La question que l’on peut se voir se dessiner en bout de course est à l’image d’un Zack Snyder avec l’armée des morts : « pourquoi n’a-t-il pas continué » dans cette voie… De potentiellement intéressant son cinéma a sauté pour ne plus en bouger dans la case bêtement divertissante. Relique d’un talent prometteur dont on a désormais plus de nouvelles, Event Horizon reste une sorte de petits moments jouissif de glauque et de malsain balancée en plein milieu de la carrière toute lisse et sans poils qui dépasse. Celle d’un ancien réalisateur devenu désormais un businessman un poil paresseux. Dommage.

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