Critiques de films

[Critique] EVA – Kike Maillo – Critique du film

Eva est un film assez inattendu. Symbole de ce cinéma espagnol qui essaye tout sans la moindre appréhension du qu’en diras t-on, le jeune réalisateur accouche ici d’une œuvre singulière s’aventurant aussi bien du côté de Pinnochio que de l’univers d’Asimov ou K-Dick concernant la vision que les humains peuvent avoir des robots. Mais le film joue aussi une grosse partie de son quotient émotionnel sur l’importance que ces derniers prennent dans la vie des humains et le pourquoi même de leur création. Des questions qu’à l’instar des humains, les androïdes peuvent être eux aussi amenés à se poser. Mais loin d’entrer dans des considérations métaphysiques ou rasoirs, le réalisateur choisit de rester à hauteur d’hommes et de placer son film sur le terrain d’une émotion aussi simple que palpable. Le jeu de miroirs qui se dressent entre ces personnages tous remplis de fêlures est au final la vraie force du film. Ce dernier se nourrit alors de ce potentiel pour mettre en place une histoire flirtant sans cesse entre réalisme et fiction, voir science-fiction. Le tout avec un sens de la mesure qui rend le voyage encore plus agréable.

La première chose qui frappe agréablement dans ce film est la façon dont le réalisateur décide de jouer sur la notion de SF. Oui les androïdes sont parmi nous. Certes pas toujours sous des formes évidentes, mais la technologie et son incorporation dans le monde réel est crédible. Mais ce n’est qu’un premier pas vers le terrain obscur où se cache le véritable cœur du film. La volonté de ces créateurs de jouer avec une vie même « numérique » n’est-elle pas un palliatif aux erreurs jonchant la leur ? Le portrait des humains de ce film laisse peu de places aux doutes. Imparfait, rongé par l’ambition, la jalousie ou la rancœur parfois contre eux même, il est parfois difficile de prime abord d’avoir de la sympathie pour eux et puis soudain le miracle s’accomplit. Une enfant arrive entre eux et l’horizon change. Parfois en bien et souvent en mal. Catalyseur d’énergie aussi négative que positive, la jeune EVA est une version féminine de Pinochio. L’insouciance de cette enfant et l’impact qu’elle a sur les héros est aussi troublants que touchants. Symbole d’une romance avortée et de la promesse d’avenir qu’elle aurait pu offrir le film prend alors tout de suite une dimension bien plus touchante que je ne pensais.

Le réalisateur joue sur le domaine de la science-fiction avec aisance. Les effets numériques ne sont jamais là pour remplir le vide ou les errances d’un script sans contenance. Bien au contraire, ils servent l’histoire et servent le propos. Ce qui permet de ne jamais sortir de la route que tracent les scénaristes devant nous. En soit EVA est un film très simple. Parfois peut-être même prévisible, mais ce n’est pas pour autant que le charme et la puissance de certaines émotions qu’il dégage doit être remis en cause. Toujours conscient des limites de son budget et de ce qu’il peut du coup explorer avec lui, le réalisateur fait reposer l’avenir du film sur ce duo touchant du scientifique et de la petite fille EVA. Dit comme cela, la chose coule comme une évidence, mais combien de réalisateurs loupent le coche et se privent d’une cartouche de choix ? Allez je vous épargne la liste, mais pas de craintes à avoir ici, l’erreur ne fait pas partie du tableau de chasse. Fusion parfaite entre la réalisation, les acteurs et le propos à mettre en valeur, EVA a plus de l’OVNI que du film de base.

La construction et le jeu de cartes aussi fragile qu’intéressant mis en place par le réalisateur peuvent sembler longs à démarrer, mais c’est une lenteur volontaire. Pour la simple et bonne raison que c’est dans la dernière ligne droite du film que toutes les pièces du puzzle se mettront en place d’un coup. Le tout amenant à nous mettre un peu KO debout face au final aussi triste que beau dans le fond. Loin de plagier bêtement les références dont il s’inspire, le réalisateur a su les digérer intelligemment pour les recracher à sa sauce. Imprégné d’une histoire remplie d’ombres célèbres, EVA n’a pas à rougir au milieu de celles dont elle détient une part d’ADN. C’est ce métissage d’influences qui la rend encore plus humaine. Un film fragile certes, mais diablement joli et réussi.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply